Publié par Gaia - Dreuz le 11 novembre 2020

Source : Valeursactuelles

La normalisation des relations entre certains Etats arabes et Israël souligne l’abandon de la cause palestinienne par les premiers et sa récupération par deux pays en quête de pouvoir, explique le journaliste et essayiste Yves Mamou, auteur du livre “Le grand abandon. Les élites françaises et l’islamisme” (L’Artilleur).

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Petit à petit, les Etats arabes signent la paix avec Israel. Les Emirats arabes unis et Bahreïn d’abord, puis le Soudan, rejoints bientôt par Oman. L’Arabie Saoudite suivra peut-être, même si la chose aurait été plus simple si Donald Trump avait été réélu. Ce tournant fait l’objet de biens des commentaires, désobligeants le plus souvent. Les Emirats et Israël ? Un simple accord commercial peut-on lire dans The Guardian. La paix entre le Soudan et Israël ? Un « chantage », affirme un journal marocain.

La vérité, celle dont personne ne parle, est que l’un après l’autre, les Etats arabes du Moyen-Orient font sauter le verrou de la « cause palestinienne ». Ils se détournent du « droit au retour » de six millions de Palestiniens, un « droit » qu’ils ont promu et financé cinquante ans durant. La « Palestine » a soudain cessé d’être un préalable à la normalisation avec Israël.

Ce renversement copernicien est la conséquence d’une défaite politique majeure : le monde arabe a perdu le contrôle de la bombe politique, juridique, morale et démographique qu’est la cause palestinienne. Ce « peuple palestinien » présenté comme consubstantiel au monde arabe a été volé aux pays arabes. Et les auteurs de ce cambriolage sont deux Etats musulmans non-arabes, l’Iran et la Turquie.

L’Iran le premier a compris que la Palestine – et la haine d’Israël – représentaient le meilleur moyen d’unifier le monde arabe (sous sa coupe), de faire sauter les préventions des sunnites contre les chiites et d’abolir les craintes traditionnelles des Arabes contre les Perses. Dès 1982, les Gardiens de la Révolution ont débarqué au sud Liban pour formater les chiites libanais à la lutte contre l’ennemi sioniste. Ainsi est né le Hezbollah. Après quarante ans d’existence, le mouvement à aujourd’hui la taille d’une authentique armée.  Le Hamas et le Jihad islamique à Gaza, sont aussi progressivement tombés sous la coupe de l’Iran qui les forme et les arme. Les trois forces armées « palestiniennes » les plus conséquentes, sont aujourd’hui aux ordres de Téhéran.

La Turquie islamiste d’Erdogan pianote depuis la fin des années 2000, la même partition palestinienne que l’Iran. En 2009, au Forum économique mondial de Davos. Recep Tayip Erdogan s’en est pris publiquement à Shimon Peres, président d’Israël, qu’il a accusé de tuer des enfants à Gaza. En 2010, Erdogan a laissé l’ONG islamiste IHH monter une flottille pour casser l’embargo maritime israélien autour de Gaza. Le conflit avec la marine israélienne a fait neuf morts et a déclenché un scandale mondial. Le fossé entre la Turquie et Israël n’a depuis cessé de se creuser. En 2019, Erdogan a accordé la nationalité turque aux chefs du Hamas ; en 2020, il a critiqué la décision du Kosovo d’installer son ambassade à Jérusalem et a réaffirmé publiquement que Jérusalem était une capitale islamique.

A travers le Hezbollah et le Hamas, à travers les flottilles pour Gaza et les déclarations incendiaires sur Jérusalem, l’Iran et la Turquie font passer aux populations arabes un message subliminal identique : « Nous (Perses et Chiites) ou nous (Sunnites et Turcs) allons régler le cas du petit Satan (Israël) que vos dirigeants corrompus et veules (arabes et sunnites) ont été incapables de régler. » Entre les mains de l’Iran et de la Turquie, la cause palestinienne est devenue un outil de déstabilisation des régimes arabes, une arme pour cliver les populations arabes loin de leurs dirigeants. Non seulement l’Iran prend progressivement le contrôle d’Etats arabes comme l’Irak, le Liban ou la Syrie, non seulement la Turquie intervient en Syrie et en Libye, mais en sus, le Turc et le Perse instrumentalisent la « cause palestinienne » pour mieux déstabiliser les régimes arabes.

En 2006, quand le Hezbollah a tenu tête trois semaines durant aux forces israéliennes 6 plus qu’aucune armée arabe depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948 -, la liesse a été générale dans le monde arabe. L’humiliation des guerres perdues de 1948, 1967 et 1973 était lavée. La photo d’Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, a orné toutes les boutiques du Caire à Samarcande. C’est à cette date que les dirigeants arabes ont commencé à avoir peur de l’ombre iranienne qui se profilait derrière la « cause » de la Palestine. Aujourd’hui, les dirigeants arabes font le constat que l’Iran et la Turquie utilisent la cause de la Palestine pour unifier le monde arabe… contre eux. Ils réalisent que l’Iran et la Turquie tirent les ficelles du jeu palestinien.  Terrifiés, ils voient que ces deux pays cherchent à unifier le monde arabe (sous leur coupe) dans le djihad pour la Palestine.

En signant la paix avec Israël, les Emirats et le Bahreïn ont tenté de briser ce cercle mortifère. Ils opèrent également une difficile mutation. Le Moyen-Orient va-t-il se dépêtrer de la haine anti-israélienne dans laquelle il s’est lui-même engoncé ? Les peuples arabes vont-ils suivre leurs dirigeants et se désolidariser de la « cause palestinienne » ? Tel est le challenge des prochaines années.

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