Publié par Dreuz Info le 15 novembre 2020

Bat Ye’or est une romancière, essayiste et conférencière britannique. Pionnière, elle a analysé la dhimmitude, statut cruel et déshumanisant des non-musulmans, spoliés de leur terre, sous domination islamique après avoir été vaincus par le djihad, et Eurabia, alliance euro-arabe visant à « fondre l’Europe dans un ensemble méditerranéen euro-arabe où le multiculturalisme et la fusion des populations et des langues, grâce à l’immigration, imposeraient la destruction des frontières, des identités nationales et religieuses, gages de la paix en Méditerranée ».

Elle répond à nos questions sur le djihad, ses fondements, ses modalités et ses conséquences pour les peuples vaincus, ainsi que sur des enjeux contemporains. Cet article vise à informer et espère susciter des études dans diverses disciplines – histoire, droit, diplomatie, « art de la guerre », polémologie, etc. – sur le djihad.

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Qu’est-ce que le djihad ?

Le djihad est un concept à la fois de conquête et de transformation du monde. Il concrétise une obligation incombant à l’oumma (l’ensemble de la communauté musulmane), incluse dans sa foi.

Selon le Coran, l’oumma, dans sa totalité, a conclu un pacte avec Allah : elle s’engage à combattre la mécréance pour imposer sur terre la loi d’Allah, chacun selon ses moyens, et, en contrepartie, Allah permet exclusivement aux musulmans d’accéder au Paradis éternel (IX : 112, Dieu a acheté des croyants leurs biens et leur personne pour qu’il leur donnât en retour le paradis ; ils combattront dans le sentier de Dieu, ils tueront et serons tués.) 

Le djihad est donc censé concrétiser l’ordonnancement du monde selon une volonté divine qui ne peut être transgressée. Ses paramètres et ses catégories ne sont pas modifiables par l’esprit humain.

Quel en est le fondement ?

La conceptualisation du djihad, ses paramètres et son mode de raisonnement sont essentiellement religieux. 

Ils se fondent sur le Coran, les bibliographies du Prophète Mahomet et la Sunna, recueil des comportements ainsi que des paroles attribués à Mahomet et qui ont tous valeur et obligation normatives.

On peut donc dire que le djihad est non seulement une catégorie essentielle de la théologie islamique, mais aussi de sa jurisprudence. 

A la fois théologie, loi et politique, le djihad constitue le fondement structurel obligatoire des relations de la communauté islamique avec les non-musulmans.

Aujourd’hui cependant, ces propos méritent d’être nuancés. Il y a une différence entre une doctrine inscrite dans des textes millénaires et les opinions individuelles des membres d’une communauté s’élevant à plus d’un milliard et demie de personnes.

Les contextes aussi ont évolué.

On pourrait donc parler de droit ou de jurisprudence islamique du djihad…

Le djihad est structuré par le droit religieux et la source de sa jurisprudence est Mahomet. 

C’est précisément cette armature théologique et juridique très minutieuse qui différencie le djihad des autres guerres.

Dans Chrétientés d’Orient entre jihâd et dhimmitude (Ed. Jean-Cyrille Godefroy, 2007), vous écrivez : « Si, sur le plan des tactiques, le jihâd ne se différencie guère des batailles ordinaires, en revanche, au plan idéologique, le jihâd est une guerre exceptionnelle, voire unique. C’est, en effet, la seule guerre de caractère offensif éternel et universel attachée à un système religieux… L’ensemble des stratégies qui constituent le djihad représente le moyen de contraindre par la force des populations ciblées à entrer dans la dhimmitude  » (p. 262). Peut-on comparer le djihad à la guerre sainte occidentale chrétienne, par exemple au Moyen-âge ?

Ce sont des guerres très différentes. 

Le djihad est une guerre menée selon des préceptes coraniques, obéissant à sa propre logique théologique qui n’est pas celle du christianisme. La doctrine chrétienne n’a pas en son cœur un code de guerre obligatoire permanent contre les non-chrétiens. C’est pourquoi les déclarations de journalistes qui affirment benoîtement que l’islam évoluera parce que le judaïsme et le christianisme ayant pratiqué les mêmes excès que l’islam, ont évolué, n’ont aucun fondement. Tout d’abord le judaïsme n’a jamais pratiqué de guerres de conversions contre ses voisins païens et la doctrine du jihad lui est totalement étrangère. Ces religions sont différentes et l’évolution des mentalités et des valeurs implique des modifications spécifiques à chacune. 

Qu’elles aient été aussi féroces et cruelles de part et d’autre, je vous l’accorde volontiers.

Certes, mais l’Eglise, par exemple, a initié au Moyen-âge un mouvement visant à pacifier l’Occident chrétien, à moraliser le comportement des chevaliers – Trêve de Dieu qui suspendait la guerre pendant certaines périodes de l’année (Noël, Carême) -, à contrôler le recours à la violence par des féodaux – définition de la « guerre juste » -, etc. Dans le djihad, la hudna est-elle une trêve particulière ? Est-ce différent de la muhâdana (trêve provisoire liée à la conjoncture politique » ? (Les chrétientés d’Orient entre jihad et dhimmitude, p. 28)

La hudna est la trêve, mais celle-ci introduit des modalités spécifiques aux différentes situations : certaines exigeaient un tribut, d’autres des livraisons régulières d’esclaves africains ou la contribution de soldats chrétiens aux guerres djihadistes contre d’autres royaumes chrétiens. 

En 1095, le pape Urbain II a initié la Première Croisade, ou « pèlerinage en armes », afin de restaurer l’accès aux lieux de pèlerinages chrétiens en Terre sainte, interdit par les Turcs Seldjoukides dès 1071, et afin de répondre à la demande de l’empereur d’Orient. Le djihad au Moyen-âge est présenté par certains islamologues comme une réaction défensive du « monde musulman », essentiellement de l’empire seldjoukide, contre les Croisades. Est-ce conforme à l’Histoire ou bien est-ce une version islamique, une inversion de la réalité historique ?

Cette fable ne repose sur rien d’autre que la volonté de représenter l’agressé comme l’agresseur pour souligner le caractère maléfique de la mécréance.

Le djihad a commencé avec Mahomet par ses guerres contre les tribus païennes et les Juifs d’Arabie. Elles servirent de fondement structurel à la théorie et à la pratique du djihad.

Les croisades débutèrent à la fin du XIe siècle (1095), après quatre siècles de djihad permanent contre des royaumes chrétiens. 

Existe-t-il un « grand djihad » et un « petit djihad » ?

Il existe une conception militaire combative théologique très structurée et détaillée du djihad guerrier, et une autre invitant le croyant à un effort personnel de perfectionnement moral et spirituel pour une plus grande justice envers les musulmans. 

Le djihad spirituel prescrit l’imitation de Mahomet, prophète de l’islam, afin de marcher dans la voie d’Allah. Il prône les valeurs de la charia et du Coran où le combat contre la mécréance représente le stade le plus achevé du mérite. 

Perfectionnement moral et spirituel dans l’esprit coranique – application des peines corporelles, statut de la femme, soumission aux préceptes de la charia, lois de la dhimmitude, etc. – et djihad militaire contre la mécréance, se rejoignent. 

Dans la conception biblique, le perfectionnement moral s’oppose à la violence contre le prochain et la guerre qui implique des tueries concrétise le mal. Dans l’islam, la guerre contre les mécréants pour imposer la loi d’Allah est le plus haut degré moral.

Ainsi petit et grand djihads ne se contredisent pas, mais sont complémentaires.

Quel est le but du djihad ?

Le djihad vise à supprimer toute loi et tout gouvernement non islamiques afin d’établir la charia, le gouvernement d’Allah, sur l’ensemble de l’humanité. 

La terre appartenant à Allah, celui-ci en a attribué la propriété à sa communauté pour qu’elle y fasse régner sa loi. Le djihad est l’instrument par lequel les musulmans se réapproprient les pays qu’Allah leur a donnés, mais que les mécréants détiennent illégalement. 

Au regard du droit islamique, le djihad de conquête n’est jamais offensif mais défensif, car il rétrocède à la communauté d’Allah un bien lui appartenant déjà et qu’il est de son devoir de reprendre aux infidèles afin d’y établir la loi d’Allah. 

Le djihad est justifié par la prééminence de l’islam sur toutes les autres religions (Coran IX : 33). Gratifiée d’une religion parfaite, l’oumma est élue pour faire triompher l’islam. 

Comment le djihad a-t-il marqué l’histoire de l’islam ? 

Sans le djihad, l’islam serait resté à la Mecque. C’est le djihad qui permit l’expansion et la construction d’immenses empires islamiques enjambant trois continents.

Quelles sont les modalités du djihad ?

Les modalités du djihad sont nombreuses, car les juristes théologiens ont prévu toutes les éventualités des hasards de la guerre. 

Le djihad peut être mené par des moyens militaires comme à l’époque de la grande expansion arabe (VII-VIIIe siècle), relayé plus tard en Europe par les Turcs islamisés. La tactique de guerre prévoit le harcèlement des frontières du dar al-harb (domaine de la guerre) par des bandes armées de pilleurs, qui incendient les villages, s’emparent d’otages et d’esclaves, massacrent pour chasser les indigènes et faciliter la progression des armées par des empiètements progressifs territoriaux.

L’activité conquérante ne doit jamais se relâcher, que ce soit par la da’wa ou prosélytisme de la parole, par l’achat des cœurs ou corruption, par le harcèlement de la razzia : destruction des villes et des villages et implantation de la loi islamique dans tout territoire conquis, ou par la piraterie maritime et le grignotage territorial selon les opportunités de l’immigration sur les terres des infidèles comme dans le cas de l’islamisation de l’empire byzantin en Anatolie et dans les Balkans, par le terrorisme contre les mécréants, l’enlèvement de leurs femmes et la prééminence islamique consécutive à l’implantation en territoire mécréant des lois de la charia. 

Ces formes « douces » d’avancées djihadistes préparent les victoires des grandes expéditions militaires dont les étapes, le sort des territoires conquis et celui des vaincus, des prisonniers, des femmes, des enfants, ainsi que les répartitions du butin sont déterminés par le droit islamique.  

Quand une portion du dar al-harb (domaine de la guerre) est incorporée dans le dar al-islam (domaine de l’islam), ses habitants (harbis) constituent des prisonniers de guerre. L’imam peut, selon les circonstances de la conquête et en choisissant toujours l’intérêt de l’islam, les condamner au massacre, à l’esclavage, à l’exil ou traiter avec leurs représentants, généralement leurs chefs religieux. Il peut accorder à ceux qui possèdent un livre révélé un pacte de protection (dhimma) qui les soumet à la capitation et à un statut d’humiliation. Ils deviennent des dhimmis, des protégés contre les déportations, les conversions forcées, l’esclavage ou la mort prescrits par les lois du djihad contre les mécréants. La dhimma octroyée par Mahomet aux Juifs quand il les assiégea (628) dans leur oasis de Khaibar (Arabie), servit de modèle aux traités ultérieurement accordés par les conquérants musulmans aux indigènes vaincus qui peuplaient les territoires hors d’Arabie (Le Dhimmi, p. 35).

Dans « Un silence religieux. La gauche face au djihadisme », Jean Birnbaum (Seuil, 2016), rédacteur en chef du Monde des livres, analysait à la fois la double communication politique du FLN (Front de libération nationale) et la cécité de la gauche envers l’imprégnation islamique des moudjahidine algériens. En 1966, le “pied rouge” Pierre Maillot soulignait dans un article refusé par la revue Esprit que le FLN avait une face “internationaliste et laïque” à usage externe et une autre, à usage interne, “nationaliste et religieuse” : “Dans cette guerre, il n’était pas question de combattre pour le socialisme […] ou les libertés démocratiques. […] Il s’agissait de djihad. Je comprenais […] que le FLN n’aurait jamais eu le soutien des masses populaires avec les thèmes de démocratie, révolution, laïcité, modernité, bref avec les thèmes occidentaux qu’il gardait pour sa politique extérieure . »

Dans son livre « Le Voyage interdit. Alger-Jérusalem » (Ed. Les Provinciales, 2020), le réalisateur né en Algérie Jean-Pierre Lledo, auteur du documentaire éponyme, évoque la projection de son film « Algérie, histoires à ne pas dire » en 2007 lors du Festival de Toronto : des universitaires spectateurs « n’avaient pas été préparés à entendre de la bouche même des moudjahidine que ladite « guerre de libération » avait été aussi une guerre d’épuration des non-musulmans… Que la guerre d’indépendance avait été pratiquée et vécu d’abord comme un djihad ». Le réalisateur définit ainsi les moudjahidine : « Dans le monde musulman, sont ainsi nommés tous les combattants, quelles que soient leurs causes. On peut y reconnaître la racine djihad… La guerre « fi sabil Illah » pour la cause d’Allah ».Y a-t-il d’autres « guerres d’indépendance » imprégnées par le djihad ou dont le caractère religieux a été ou demeure occulté ? 

Jusqu’à présent aucune autorité islamique n’a récusé le djihad, et, dans la conception islamique, toute guerre contre les mécréants est un djihad.

L’OLP (Organisation de libération de la Palestine) est une organisation djihadiste terroriste bien que des chrétiens y aient occupé de hautes fonctions. La représentation de l’OLP comme une organisation de « résistants contre l’occupation » est une construction européenne délibérément fallacieuse destinée à maquiller dans un vocabulaire occidental acceptable mais aberrant les relations de domination djihadiste avec les dhimmis, dans ce cas les Juifs. Que ce truquage ait été fait après 1967 par des collaborateurs nazis et des antisémites n’est pas étonnant compte tenu des liens étroits d’Européens, ayant adhéré au nazisme, avec des musulmans et chrétiens Arabes dans les années 1930-40, notamment ceux de Palestine mandataire. 

Les guerres de reconquête islamique sont des djihads. Dans la guerre d’Algérie, le combat contre les musulmans considérés comme « traîtres » fut excessivement cruel, conformément aux stipulations djihadistes qui les condamnent bien plus sévèrement que les mécréants.

Quelle est la vision de l’humanité selon le djihad ?

Le djihad divise l’humanité en deux parties irréconciliables : le domaine de l’islam (Dar al-Islam) régi par la loi islamique et où règnent la paix et la justice émanant du gouvernement de la charia, et le domaine de la guerre (Dar al-Harb) destiné à être conquis. Ses habitants, les harbis, les mécréants, doivent être éternellement combattus jusqu’à leur soumission et l’incorporation de leur pays dans le domaine de l’islam. 

Entre ces deux extrêmes, la loi reconnaît deux autres catégories qui permettent de suspendre provisoirement la guerre contre les pays non-musulmans : les pays de la trêve (dar al-Sulh), pays qui obtiennent un armistice moyennant le paiement d’un tribut, et les pays du Pacte (dar al-‘Ahd) dont les chefs mécréants offrent des compensations à l’oumma en échange de l’absence d’hostilités. Ces compensations peuvent être d’ordre militaire comme la mise à dis-position du calife de contingents chrétiens dans les armées djihadistes ; les empereurs byzantins y furent parfois contraints. L’aide peut prendre la forme de constructions de mosquées en territoire chrétien et d’autres compromis ou à notre époque, de soutiens diplomatiques. 

On pourrait dire que depuis 1974, après la grande vague de terrorisme djihadiste palestinien amorcée en 1969 par la piraterie aérienne, suivi en 1973 du djihad économique par l’arme pétrolière utilisée dans le boycott  visant des pays amis d’Israël – pétrole dont le prix avait quadruplé d’octobre 1973 à mars 1974 – l’Europe est devenue dar al-Ahd après avoir accepté les exigences de la Ligue arabe : reconnaissance d’un « peuple palestinien  », de son leader Yasser Arafat, recul d’Israël sur les lignes d’armistices de 1949 et soutien indéfectible à l’OLP. Cette décision fut prise à Bruxelles le 6 novembre 1973 dans une Résolution conjointe des neuf pays de la Communauté économique européenne (CEE).

Elle devint le fondement de la politique méditerranéenne de l’Union européenne (UE) qui adopta envers Israël l’interprétation djihadiste de la guerre. Cette interprétation intervertit l’agresseur et l’agressé, Israël, comme tout mécréant, étant toujours coupable. L’UE, de par son adhésion au djihad palestinien, légitima le terrorisme anti-israélien en le désignant « résistance » contre les « colons » juifs qui défendaient leur pays  dont le nom antique, la Judée, fut remplacé dans les textes officiels par « Rive Ouest » (« West Bank ») [du Jourdain, Ndlr] ou Cisjordanie. On peut dire que l’Europe, ne serait-ce qu’en supprimant de son propre chef et unilatéralement le nom géographique et l’histoire d’un territoire ne lui appartenant pas, a agi en puissance coloniale et agressive.

Une fois le territoire conquis par le djihad, que se passe-t-il pour les terres et les habitants ? A quoi servent les butins des razzias ? Qui administre ces territoires conquis ?

Si les territoires sont conquis par la guerre et avec des traités donnés aux infidèles (dhimma), leurs stipulations doivent être respectées. 
S’ils le sont par la guerre, ce qui fut la majorité des cas, ces pays deviennent la propriété (fay) de l’Etat musulman représenté par le calife. Ils sont incorporés au dar al-islam où s’applique la loi islamique privilégiant les musulmans. 
Concernant les vaincus, le calife est libre de choisir entre plusieurs options dans l’intérêt des musulmans. Il peut les passer au fil de l’épée, les réduire à l’esclavage ou en otages pour les échanger contre des musulmans prisonniers ou obtenir des rançons, les déporter hors de leur pays, garder les femmes et les enfants esclaves ou les remettre en liberté. 

Les dispositions légales envers les vaincus et envers les populations dhimmies varient en fonction des différentes écoles de droit, mais ces différences ne sont pas très grandes. L’école hanbalite appliquée en Syrie et l’école mâlikite adoptée au Maghreb et en Andalousie dès le VIIe siècle furent les plus sévères et intolérantes.  

La population païenne a le choix entre l’épée ou la conversion. Les peuples détenteurs d’une révélation écrite (juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, nestoriens) peuvent se convertir ou garder leur religion à condition de se soumettre à un système d’exploitation fiscale, d’abaissement et d’humiliation qui seul garantit leur vie. Mais ils peuvent garder leur religion, leurs lieux de culte, et s’administrer selon leur propres lois. C’est la dhimmitude que j’ai largement décrite dans mes livres. Ces peuples indigènes deviennent des dhimmis, c’est-à-dire des vaincus qui échappent à la mort ou à l’esclavage auxquels les condamnent les lois du djihad par un pacte de protection qui les maintient obligatoirement dans une sorte de sous-humanité. 

Dans l’ensemble, les peuples indigènes sont dépossédés de leurs terres et désarmés, la majorité de leurs lieux saints islamisés. Ils ne peuvent posséder ni terre, ni armes. La paysannerie dhimmi se maintient dans les campagnes comme métayers soumis à de nombreuses contributions, impôts, rançons, extorsions et corvées souvent extorquées sous la torture. Dans de nombreuses circonstances les populations dhimmies furent chassées ou déportées notamment dans le contexte de peuplement musulman remplaçant les indigènes. Cette politique pratiquée à toutes les époques, se répéta au XXe siècle dans l’empire ottoman avant et pendant la Première Guerre mondiale au cours des massacres et du génocide des Arméniens remplacés par les muhagirs (émigrés musulmans) venus du Caucase et des Balkans. La politique de peuplement des muhagirs se développa aussi en Judée pour neutraliser le sionisme. La terre comme butin de guerre demeurait la propriété exclusive du calife. Ce n’est que vers le milieu du XIXe siècle à la suite de réformes exigées par les Puissances occidentales que musulmans et non-musulmans purent accéder à la propriété foncière dans certaines provinces de l’Empire ottoman.

Le djihad et les razzias procurent le butin des pillages ainsi que des esclaves juifs, et surtout chrétiens, hommes, femmes et enfants des côtes et des îles méditerranéennes, des Balkans, dans les pays slaves plus au nord, mais aussi dans l’Afrique païenne et chrétienne. Butin et esclaves sont partagés selon les lois coraniques prescrites par Mahomet, le quint, ou cinquième, étant réservé au calife. Toutes les communautés juives des pays islamisés prévoyaient dans leur modeste trésorerie une somme d’argent destinée aux rachats de leurs coreligionnaires. 

Menacé par la Russie tsariste, le sultan ottoman Abdul-Majid proclame en février 1856, l’égalité de tous ses sujets et un train de réformes en échange de la garantie franco-britannique de l’intégrité territoriale de son empire. C’est l’acte officiel d’abolition du statut du dhimmi dans l’empire, mais l’instauration des réformes nécessaires fut combattue par les instances religieuses musulmanes au prétexte qu’elles étaient contraires à la charia. 

Quid de la guerre de Mahomet en Arabie – tribus juives, païens – et dans la conquête islamique ?

Les guerres menées par Mahomet en Arabie, à partir de 622 jusqu’à sa mort, contre les tribus païennes et juives servirent de modèles pour tracer les grandes lignes du djihad et les lois relatives aux vaincus, au butin et aux biens fonciers et mobiles. 

On doit noter cependant que les traités sur le djihad, les biographies du Prophète et les livres de droit n’apparaissent qu’à l’époque abbaside, deux siècles après les grandes conquêtes arabes. 

Les conquérants musulmans surent admirablement profiter des circonstances géostratégiques et politiques en Orient au VIIe siècle et de l’épuisement des puissances ennemies, la Perse sassanide et l’Empire byzantin. Le ralliement de certaines tribus Arabes chrétiennes chargées de protéger les frontières de ces deux empires, et leur collaboration à l’offensive militaire de tribus musulmanes, facilitèrent la conquête musulmane. 

L’appareil théologique doctrinaire et la jurisprudence furent élaborés sous les Abbassides [califat abbasside de 750 à 1258, Ndlr] et jusqu’au XIe siècle.

Les victoires militaires furent partout suivies de l’ébranlement de tribus entières d’Arabie avec femmes et enfants, immigrant vers les pays conquis et auxquelles le calife octroyait à titre temporaire et à certaines conditions les terres et les villages des populations vaincues. Ce fut une colonisation démographique, culturelle, politique et religieuse organisée et implantée par la corrélation du djihad et de la dhimmitude sur trois continents : Europe, Afrique et Asie. 

Quelles sont les périodes d’activités du djihad contre l’Europe ? Et contre l’Asie ?Les attaques djihadistes se développèrent dans l’empire byzantin du Proche et Moyen Orient, le bassin méditerranéen oriental contre les îles grecques dès le VIIe siècle. Les populations de Cos, Chypre (649), Rhodes (672), Crète (674), Paros, furent massacrées ou réduites en esclavage et déportées en Arabie. 

Puis du IXe au XIe siècles, les razzias dévastèrent les côtes européennes, la Sardaigne, la Sicile, les côtes de France et d’Italie, les Cyclades et les côtes grecques. Les incursions arabes remontèrent la botte italienne jusqu’à Ostie (840) et Rome dont tous les alentours furent dévastés, les églises pillées et incendiées (846). 

A l’ouest les Arabes passèrent en Espagne (712), de là à Narbonne (720), Poitiers (732), Marseille (838), Toulouse et jusque dans les Alpes suisses. Toutes ces régions furent saccagées, les populations massacrées ou réduites en esclavage et déportées d’après les textes contemporains arabes, grecs et chrétiens. 

Dans l’Anatolie byzantine, les Arabes parvinrent deux fois jusqu’à Constantinople, firent des esclaves, détruisirent le royaume d’Arménie et déportèrent les populations. 

En Asie, les Arabes parvinrent au-delà du Syr-Daria (751) .

On doit toutefois replacer la cruauté de ces guerres dans le contexte de l’époque où toutes les armées se montraient aussi féroces. 

Ce fut la première vague djihadiste d’islamisation (632-750) menée d’abord par les tribus arabes de l’Arabie (Tanukh, Kalb, Tamim, Qays, etc.). Elle provoqua un ébranlement de toutes les tribus vers les terres conquises, Egypte, Judée (ou Judea Capta, comme le mentionne une monnaie romaine représentant la Judée captive par une femme pleurant sous un dattier), Syrie, Mésopotamie, Perse, Afrique du Nord et Espagne pour ne citer que le pourtour méditerranéen. Les contemporains, dont le clergé, parlent de grands massacres, et d’esclavage

La deuxième vague fut la vague turque (1071-1683). Elle détruisit l’empire byzantin en Anatolie et établit la domination turque dans les Balkans – Grèce, Serbie, Albanie, Bosnie, Hongrie, Moldavie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie – arrivant aux portes de Vienne (1529, 1683) et de Venise

Les deux vagues d’islamisation furent différentes. La vague arabe fut semblable à un tsunami par le déferlement des tribus sur les terres chrétiennes conquises du sud Méditerranéen, en Europe et vers l’Asie bouddhiste. Par contre, la vague turque procéda par une lente pénétration migratoire au cœur des territoires chrétiens, soutenue par des raids, des destructions, une insécurité généralisée isolant les villes et les villages et faisant fuir les indigènes. Une pléthore de sources très diversifiées – grecques, latines, serbes, bulgares, hongroises, arabes, turques – fournit des renseignements sur la turkification de l’Anatolie, de la Grèce et de l’Europe centrale. Ces deux vagues d’islamisation procédèrent par étapes dans tous les secteurs : démographique, appropriation des terres, culturels (interdiction des langues indigènes), économique, social, dhimmitude. Elles profitèrent des guerres interchrétiennes : catholiques romains contre Grecs orthodoxes et Eglises orientales dissidentes. Etalée sur cinq siècles (XI-XVIIe siècles), la phase turque fut minutieusement décrite par les contemporains. 

La supériorité militaire européenne mit un terme à l’expansion turque après 1683, et au XIXe siècle, avec l’aide de l’Amérique, à la piraterie maritime en Méditerranée. Cette avancée fut propice à la colonisation du Maghreb (France), en Asie (Grande-Bretagne) et en Afrique. La colonisation européenne, quels que furent ses crimes (massacres, racisme, etc.), fut d’une toute autre nature que l’impérialisme religieux djihadiste. 

Contenu par la puissance des Etats européens, le djihad se manifesta néanmoins durant tout le XIXe siècle à l’intérieur de l’empire ottoman contre les mouvements d’indépendance des peuples chrétiens des Balkans et donna lieu à de véritables génocides de Grecs, de Serbes, de Bulgares et à la fin du siècle d’Arméniens. 

Comment s’est déroulé le djihad au XXe siècle ?

Dès le début de la Première Guerre mondiale, le calife-sultan ottoman allié à l’Allemagne impériale et à l’empire d’Autriche-Hongrie, proclama un djihad contre les pays de l’Entente. Le parti des Jeunes Turcs au pouvoir procéda durant la guerre au génocide des Arméniens, des Assyro-Chaldéens et des Grecs pontiques

Après la Déclaration Balfour (1917) et le morcellement de l’Empire ottoman consécutif à sa défaite (1918), le djihad, soutenu par des mouvements européens antisémites, combattit le sionisme sous le drapeau de l’Arabisme. C’est le début de l’alliance djihadiste euro-arabe qui culmina sous le fascisme et le nazisme, notamment durant le génocide des Juifs dans la Deuxième Guerre mondiale, la Shoah. Alliance dont Mohammed Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem, Frère musulman palestinien, représentant du mouvement arabe antisioniste islamo-chrétien en est l’emblème. Al-Husseini fut le chef spirituel des régiments musulmans SS et eut un rôle prééminent dans l’enrôlement des musulmans des Balkans, d’Eurasie, d’Afrique et des Arabes dans les forces de l’Axe et dans la diffusion d’une propagande haineuse antijuive dans le monde musulman. 

La participation européenne au djihadisme antisioniste parcourt tout le XXe siècle sous des formes diverses : diffusion de l’antisémitisme européen dans les pays arabes, Dialogue Euro-Arabe, pro-palestinisme, soutien inconditionnel à l’OLP, délégitimation d’Israël, BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) réclamé par les co-présidents de l’Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe. Ce militantisme euro-djihadiste contre Israël s’évertue à créer depuis 1974 un « peuple palestinien », modelé à l’image du peuple Juif dans le but de remplacer l’Etat souverain d’Israël par la Palestine arabe et islamique.

Ailleurs, le djihad reprit sous forme de guerres de décolonisation contre les Etats européens, et se poursuivit dans le terrorisme en Europe et contre Israël ainsi que dans une politique concertée d’immigration en Occident et de non-intégration. 

En Afrique, le djihad ne s’est jamais arrêté.

En 2006, l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi  a prononcé un discours diffusé par Al-Jazeera : « Il y a 50 millions de musulmans en Europe. Des signes montrent qu’Allah accordera à l’islam la victoire en Europe – sans épées, sans fusils, sans conquêtes. Les cinquante millions de musulmans d’Europe en feront un continent musulman en l’espace de quelques décennies. » (Source : MEMRI)

On pourrait citer aussi Recep Tayyip Erdogan, président (Parti de la justice et du développement) de la Turquie depuis 2014, déclarant en 1997  : « Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes, les croyants nos soldats… »

Mais, lors d’une session du Forum mondial de la jeunesse à Charm el-Cheikh, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a été interrogé sur le sujet des pays occidentaux qui ferment leurs portes aux immigrants des pays sous-industrialisés. Il a répondu : « Vous [migrants, Ndlr] exigez d’entrer chez eux avec votre culture, que vous considérez comme non négociable. Vous dites : « Nous sommes ainsi et vous devez nous accepter [par respect] des droits de l’homme. » Non. D’ailleurs, si vous vous rendez dans un autre pays en tant qu’invité, vous devez respecter scrupuleusement ses lois, ses coutumes, ses traditions et sa culture. Vous devez les respecter pleinement ! Si cela ne vous convient pas, ne partez pas. Ne vous attendez pas à ce qu’ils vous ouvrent leurs portes, pour que vous entriez dans leur pays et leur causiez des problèmes. Non. […] Vous vous livrez bataille depuis 40 ans, et vous attendez [de l’Occident] qu’il vous ouvre ses portes ? Non ». (Source : MEMRI)

Quid de l’Occident face au djihad ?

L’industrie pétrolière, la dépendance de l’Europe envers le pétrole, les liens de gouvernements européens fascistes et collaborationnistes avec les leaders arabes, la crainte du communisme, l’attrait des grands marchés et de la mondialisation, les rivalités politiques incitèrent des Etats européens et les Etats Unis à collaborer avec le djihadisme, par exemple, dans l’alliance de l’Europe avec l’OLP et la Ligue Arabe contre Israël (Dialogue euro-arabe), ou celle des Etats Unis avec les Talibans, favorisant l’expansion des madrasas coraniques contre l’Union soviétique.

Le djihad continue-t-il ?

En fait, conformément au commandement religieux qui prohibe l’arrêt du djihad tant que la mécréance n’a pas été entièrement éliminée, le djihad ne s’est jamais arrêté et se poursuit jusqu’à aujourd’hui sur toute la planète. 

Cependant il est combattu par beaucoup d’Etats musulmans et d’intellectuels qui récusent ses principes et ses procédés. 

Aujourd’hui le djihad est une source de divisions et de fortes répressions au sein du monde musulman.

Quid du Califat ?

Le calife qui réunit les pouvoirs religieux et temporels (politique) doit appliquer sur terre les lois d’Allah prescrites par les textes sacrés musulmans. 

Le califat fut aboli en 1924 par Moustapha Kemal (Ataturk) qui s’efforça de moderniser la Turquie.  

Le 29 juin 2014, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) a annoncé le rétablissement du califat, et est dénommé ensuite « Etat islamique » (EI). Il s’est étendu en Iraq et en Syrie, a fomenté des attentats terroristes islamistes notamment en Europe, etc. Dirigée par les Etats-Unis, une coalition anti-ISIS est parvenue à réduire son territoire et à éliminer ses chefs. Quel est le rôle du fort dans le djihad comme Raqqa en Syrie ?

Le développement de la situation à Raqqa est typique du processus de conquête djihadiste qui construisait des cités forteresses (ribât) sur les confins du dar al-harb

Les soldats de la guerre sainte, les ghazi, accourraient avec femmes et enfants pour piller et harceler les populations non-musulmanes frontalières. Ces forteresses drainaient de l’hinterland musulman des aventuriers avides de butin et de gloire. Les cadis, instruits dans les prescriptions du djihad y affluaient pour les stimuler à la guerre sainte et les encadrer. Fanatisés par les théologiens ces bandes de ghazi suivaient les armées de guerre. Leurs harcèlements et leurs coups de main sur les villages limitrophes vidaient ces territoires de leurs populations indigènes et facilitaient la progression djihadiste. 

Ces tactiques furent appliquées contre Israël de 1949 à 1967, et même jusqu’à aujourd’hui avec le Hamas. La guerre civile libanaise offre aussi un exemple de l’enrôlement de ghazi étrangers dans les milices terroristes de l’OLP où opéraient aussi des chrétiens arabes et des Européens contre Israël. 

L’édification récente d’un califat ou Etat islamique en Syrie et en Irak a reproduit exactement la mentalité et les lois politiques et sociales des Etats musulmans qui appliquaient la charia, décrits en détail dans toutes les chroniques et les recueils de droit. Aussi, peut-on s’étonner de la surprise des populations européennes devant la résurgence d’évènements issus de guerres et de souffrances sans fin de leur propre histoire. 

Cette histoire du djihad est occultée jusqu’à nos jours par certains. Ainsi, parmi les commémorations en 2019, figurait la prise de Narbonne par les musulmans en 719. Dans Les Chrétientés d’Orient entre jihad et dhimmitude (p. 40, 328), vous avez publié le témoignage d’Ibn al-Athîr sur le jihad par l’armée envoyée par Hichâm, prince d’Espagne. Cette page a disparu du site Internet des Célébrations nationales et aucun événement ne s’est déroulé en 2019 pour rappeler cet évènement historique… 

Dans le contexte du multiculturalisme, du « vivre ensemble » et de la mixité de populations hétérogènes, le gouvernement a jugé sans doute inutile de rappeler cet épisode historique.

Quid de la taqyia ?

La taqyia ou tromperie et ruse envers l’ennemi est une tactique de guerre utilisée depuis l’aube des temps. 

Dans le contexte djihadiste, c’est-à-dire religieux, elle est légitimée et même recommandée envers les mécréants, les harbis puisque ceux-ci sont des ennemis dans une guerre permanente qui exclut le concept de paix.

Cependant tromper et ruser avec l’ennemi fait partie des guerres et des batailles de tous les peuples.

Dans Le Dhimmi (Ed. Les Provinciales, 2017), vous soulignez l’exploitation économique des dhimmis : « Les peuples infidèles pouvaient en effet être de précieux auxiliaires pour les conquérants. Formant toute l’infrastructure économique, experts dans des professions inconnues des Arabes, ils subventionnèrent par leurs taxes en nature (fournitures à l’armée) et en argent l’appareil militaire arabe, qui put ainsi se consacrer uniquement au djihad… Expropriation et oppression fiscale résultant de la conquête décimèrent les paysanneries dhimmi ». (p. 41-42)Qui mène et finance ces djihads en ce début du XXIe siècle ? 

Les organisations les plus connues sont l’Etat Islamique (ISIS ou OSIL) en Syrie et en Irak, soutenu par la Turquie, le Hamas financé par l’Iran, Boko Haram en Afrique, Aqmi dans le Sahel, et les mouvements terroristes qui opèrent au Mali et sur d’autres territoires adjacents. En Afghanistan et au Pakistan, les Talibans. Aux Philippines et en Indonésie, les mouvements djihadistes s’attaquent aux chrétiens et aux bouddhistes. Le géopoliticien Alexandre Del Valle est le meilleur spécialiste sur ce sujet.

Par ailleurs il y a plusieurs djihads en Occident : militaires, terroristes, culturels, économiques, propagandes, corruptions, judiciaires, immigrationniste… 

Outre des pays pétroliers et l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) qui financent le djihad culturel dans des universités et certains médias, par l’achat des cœurs de politiciens influents et d’élites, ainsi que tout « le business juteux de l’immigration clandestine » en Occident, on peut citer la Turquie, le Qatar et l’Iran pour le djihad militaire au Levant.

Le plus ancien des mouvements djihadistes à l’époque contemporaine et qui servit de modèle aux autres fut le djihadisme arabo-palestinien auquel l’UE a grandement contribué de multiples façons. Le Président Donald Trump a supprimé les financements américains. 

En général, une partie de la gauche européenne collabore au djihad depuis son alliance avec Yasser Arafat survenue en 1979 sous le leadership du chancelier autrichien Bruno Kreisky et du chancelier allemand Willy Brand

Comme déjà dit, le djihad pour ne parler que de l’ère moderne, fut manipulé par des Etats non-musulmans qui menaient leur propre guerre dissimulée dans le drapeau islamique. Le conflit israélo-arabe en est le prototype : nous y voyons des chrétiens dhimmis participer activement contre les Juifs aux actions terroristes djihadistes de l’OLP et à sa propagande. 

On peut dater de 1840 avec l’affaire de Damas, [un blood libel, Ndlr] entièrement concoctée  par le consul français, le début d’une association islamo-chrétienne, patronnée par la France sous le gouvernement de Thiers, où les chrétiens s’affichent comme les protecteurs des musulmans contre « la malfaisance diabolique » des juifs. Un thème appelé à un grand succès en Algérie avec Edouard Drumont. 

Aujourd’hui le dépit de l’UE à l’annonce des « accords d’Abraham » entre Israël et les Emirats arabes unis (E.A.U.) et le Bahreïn, le quasi-silence réprobateur qui l’accueillit et la démonisation médiatique intensifiée du Président Donald Trump qui les parraina, illustrent l’engagement de l’Europe dans le djihad des Arabes de « Palestine » visant à l’éradication de l’Etat hébreu. 

Cette attitude hostile évoque son rejet glacial du traité de paix israélo-égyptien en 1979 et son émission, pour contrebalancer cette paix exécrée, de la Déclaration de Venise en 1980, le texte le plus sévère contre l’Etat hébreu et qui demeure encore un dogme sacro-saint. 

Dans un document d’archive interne, l’Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe se vante d’en être l’inspiratrice. 

Cette alliance euro-djihadiste contre Israël se manifeste par l’acquiescement enthousiaste de l’UE à l’islamisation des lieux saints juifs (JérusalemHébron), l’effacement de son histoire et de son identité par la suppression de ses désignations territoriales (Judée, Samarie). Ces procédés constituent l’essence même des lois de la dhimmitude qui dépouillent les vaincus de leur territoire, civilisation, identité et culture. 

Nous voyons ainsi que derrière le djihad se cachent aussi des guerres inavouables européennes.

Certes, mais après samedi, dimanche : l’Autorité palestinienne détruit maintenant des vestiges chrétiens… Dans l’indifférence générale.

Cette situation résulte des priorités que s’est fixée la CEE depuis les accords du Dialogue Euro-Arabe (1974) et la Déclaration de Barcelone (1995) qui a officialisé les accords antérieurs Euro-Arabes  et y a intégré Israël après les Accords d’Oslo (1993) avec exceptionnellement pour l’Etat hébreu une condition menaçante. Les objectifs primordiaux de l’UE furent le fusionnement des deux rives de la Méditerranée avec la mixité culturelle et civilisationnelle par l’immigration, et le remplacement du judéo-christianisme par l’islamo-christianisme avec éventuellement l’enracinement du christianisme dans le Jésus musulman  (« Îsâ » du Co-ran), bien que le Coran n’indique pas qu’« Îsâ » ait vécu en Judée ni son époque spécifiquement.

Dès l’époque nazie, les Arabes de la Palestine mandataire furent une carte privilégiée de la politique antisioniste d’Etats européens pour détruire Israël puisqu’ils étaient sur place. Le führer Adolf Hitler avait laissé carte blanche à leur représentant, le mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, oncle d’Arafat, pour les exterminer comme lui-même le faisait. C’était une demande d’al-Husseini durant son entrevue avec Hitler le 28 novembre 1941, à Berlin.

A l’époque de la guerre civile libanaise (1975-90), l’UE sacrifia le courageux peuple libanais à la « Palestine ».  

Alors, maintenant que l’avenir semble si problématique en Europe-même, qui voulez-vous qui ait le courage de réprimander le peuple-idole ? 

Peut-on parler de djihad entre musulmans, par exemple entre sunnites et chiites, ou entre sunnites et alaouites ?

Le djihad contre des musulmans implique des pénalités plus sévères que celles contre le dar al-harb car les notions de trahison et d’apostasie y sont associées. 

Ces conflits, qui apparaissent dès le décès de Mahomet et continuent jusqu’à aujourd’hui, sont motivés par la contestation de la légitimité de la faction au pouvoir (à l’origine des guerres entre shi’ites et sunnites), des divergences d’interprétation des textes sacrés, des accusations de collaborer avec l’ennemi, d’apostasie, de déviation par rapport à l’orthodoxie, de rébellions tribales contre le calife.

Le droit international public enseigné en France ignore le djihad. Est-ce une particularité française ? Le djihad a-t-il été analysé et enseigné par des professeurs, historiens ou juristes ?

Le djihad était certainement enseigné dans les disciplines d’islamologie en Europe. 

La France, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Hongrie, les Pays-Bas et l’Allemagne ont donné de grands érudits dans les domaines du droit, des langues, de l’histoire et des civilisations islamiques. 

Après tout, Arabes et Berbères occupèrent durant plus d’un millénaire des pays européens aux portes des grands royaumes chrétiens. L’empire ottoman a progressé durant des siècles sur des terres chrétiennes européennes au cri du djihad parvenant jusqu’aux portes de Vienne. 

Les bibliothèques occidentales recèlent des kilomètres d’étages et d’étagères contenant des analyses et des traités sur l’islam dès le VIIe siècle, auxquels s’ajoutent le courrier diplomatique pluri-centenaire d’ambassadeurs et de consuls européens en poste dans les pays musulmans et plus tard dans les colonies. 

Ce que le public découvre aujourd’hui avec sidération était connaissance courante du menu fretin jusque dans les années 1960. 

Vers le milieu de cette décennie et surtout après la victoire d’Israël contre l’agression tripartite de l’Egypte, la Syrie, et la Jordanie, le Président Charles de Gaulle révulsé annonça dans une grande conférence de presse, le 27 novembre 1967, sa décision de faire de sa collaboration avec le monde Arabe la base fondamentale de sa politique étrangère. C’est l’amorce des grandes transformations exécutées sous ses successeurs. 

Entre autres conséquences, elles induisirent l’adoption par l’Europe de la vision islamique du djihad qui culpabilise les mécréants et réhabilite la guerre de conquête. 

Le chantre de cette inversion historique culpabilisant les agressés fut un dhimmi chrétien égyptien, Edward Saïd, membre de l’OLP. Acclamé partout, adoré et mythifié, il fit une brillante carrière en Europe et aux Etats Unis dans les milieux universitaires avides de recevoir son message de haine raciste, antioccidental et antisémite, conforme au concept essentialiste du Mal caractéristique du dar al-harb.

Que représentent des Etats juif ou chrétien pour l’islam ?

On ne peut parler d’islam de façon générale car les mentalités, les lois, les mœurs évoluent. 

Par rapport à la théorie classique du djihad, valable encore aujourd’hui pour des courants traditionnels, les Etats juif ou chrétien font partie de la mécréance destinée à être éliminée indépendamment des traités de non-belligérance imposés par des conjonctures défavorables aux conquêtes et non par l’abolition de la théorie du djihad. 

Mais ces théories sont inacceptables pour d’autres courants qui les rejettent totalement et les combattent.  

Quid du djihad judiciaire et musical avec le rap ?

Le djihad judiciaire relève de la notion de blasphème qui est une notion beaucoup plus complexe en islam que dans le judéo-christianisme. 

Le jihadmusical dans le rap diffuse la haine et le mépris de la mécréance. 

Quid du « djihad de proximité » prôné par l’Etat islamique ?

Il se réfère à des versets du Coran dont IX : 124 « O croyants ! Combattez les infidèles qui vous avoisinent ; qu’ils vous trouvent toujours sévères à leur égard. Sachez que Dieu est avec ceux qui le craignent ».

Ce que l’on appelle des « incivilités », des violences inouïes ou barbares, constituent-elles des éléments de djihad ? L’effroi fait-il partie de ce que veut produire le djihad pour faciliter sa conquête ?

C’est un comportement prescrit par les lois de la dhimmitude envers les dhimmis, qui ne l’oublions pas, sont des mécréants vaincus. Il vise à leur imposer, comme cela est inscrit dans de très nombreux recueils répétitifs de droit musulman, la peur, l’humilité craintive et le respect envers le musulman. Ce comportement fut subi par les juifs et les chrétiens des pays musulmans dans le passé ; il a en partie motivé leur départ, un exil causé aussi par les spoliations des biens et les discriminations professionnelles, religieuses et sociales. Leur importation en Europe révèle la primauté des lois de la charia et de la dhimmitude sur celles des pays d’accueil. A cela s’ajoutent les tactiques djihadistes consistant à incendier et détruire les biens des infidèles, à les terroriser pour les faire fuir afin d’accaparer leur territoire.

Il importe toutefois d’affirmer haut et fort que tous les musulmans ne partagent pas ces opinions. Un grand nombre les combattent et s’évertuent à les dénoncer. Les gouvernements aussi, comme en Egypte et d’autres pays, les réprouvent et les punissent.

Ces comportements n’obéissent pas à un ordre social obligatoire comme autrefois, mais émanent d’individus endoctrinés appartenant à de puissants courants théologiques.

La propagation de ces comportements en Europe résulte du déni idéologique abyssal de la réalité par les autorités politiques européennes seules responsables d’un laxisme de plusieurs décennies. 

Soulignons tout de suite que la théorie du djihad n’est pas acceptée ni même connue par l’unanimité des Etats musulmans et de l’oumma. Les musulmans qui s’y opposent sont trop nombreux pour être cités ici. 

Par ailleurs, la majorité des pays musulmans vivent en paix avec des Etats non-musulmans. 

Les « accords d’Abraham » ont révélé la fin du « veto palestinien » (Caroline Glick) et correspondent à une « nouvelle donne » au Moyen-Orient née du pragmatisme et du réalisme du Président Donald Trump ainsi que de la menace iranienne…

Aujourd’hui, le traité de paix entre les E.A.U. et Israël confirme cette ouverture moderniste. L’accueil glacial de l’UE à cette paix révèle son implication dans la guerre djihadiste visant à isoler Israël du reste du monde et à l’enfermer par la campagne BDS dans une catégorie démoniaque dont le contact serait une souillure.

Vatican II avait définitivement aboli le principe du peuple déicide obligé d’errer en exil, selon St Augustin et la théologie de la substitution, fondements du refus de la souveraineté d’Israël dans sa patrie historique. 

Or aujourd’hui le combat de délégitimation d’Israël peut toujours recourir aux notions djihadistes détruisant l’identité des peuples indigènes préislamique et les spoliant de leur patrimoine historique – le cas de la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul en Turquie, transformée aujourd’hui en mosquée en est l’exemple – et prétendre que les Israéliens ne sont pas le peuple indigène qui a libéré son pays des lois du djihad et de la dhimmitude les ayant condamnés à l’exil, mais un ramassis de « colons » s’emparant du patrimoine arabe. 

Ces liens euro-islamiques antisionistes, renforcés sous les régimes fasciste et nazi des années 1930-40, se ressoudèrent dans les accords d’Eurabia dès 1973-74 par l’alliance avec Arafat et l’OLP contre Israël. C’est cette politique que l’UE défend aujourd’hui contre celle du Président Donald Trump et qui motive sa campagne internationale de démonisation de ce chef d’Etat, à un degré qui empoisonne la planète. Rien que l’épaisseur de cette lèpre démontre la force de l’engagement de l’UE dans le djihadisme anti-israélien. C’est cette participation occidentale qui occulta toute l’histoire du djihad jusqu’à en bannir même le nom dans le langage courant encore récemment.

Il importe cependant de connaître l’histoire du djihad et de la dhimmitude car elle détermine jusqu’à aujourd’hui les destinées du monde. En cas de résurgence du djihad comme on le voit maintenant, et si les circonstances s’y prêtent, notre ignorance nous condamnerait à la dhimmitude dont l’ombre terroriste et totalitaire s’étend déjà en Occident au grand effroi de réfugiés musulmans qui ne cessent de nous en avertir.

Le combat mené avec les musulmans pour sauvegarder la dignité et les libertés de l’homme devrait réclamer de l’oumma une renonciation officielle au djihad. 

L’acceptation et la normalisation avec l’Etat d’Israël comme le souhaitent de nombreux Etats et peuples musulmans pourraient en être les prémices et amorcer enfin des relations de paix et de bon voisinage entre les peuples. 

Cette paix parrainée par le Président Donald Trump, révolutionnant les esprits et les mentalités, n’a été possible, que parce qu’Israël a été libéré du carcan haineux de l’euro-djihadisme qui lui imposait des conditions de paix suicidaires pour maintenir l’état de guerre.

GLOSSAIRE(Extrait de « Les Chrétientés d’Orient entre jihad et dhimmitude » de Bat Ye’or.Jean-Cyrille Godefroy, 2007)

« Amân : sauvegarde accordée au harbî en territoire musulman, sans laquelle sa vie et ses biens sont à la merci de n’importe quel agresseur.

Ata : solde militaire.

Awarid : taxes exceptionnelles, rançons ou extorsions, en français : avanies, traitement humi-liant et extorsion d’argent.Dâr al-harb : pays de guerre où ne rège pas la loi de l’islam.

Dâr al-islâm : pays gouverné par la loi islamique.

Devshirme : système de recrutement d’enfants chrétiens parmi les populations dhimmî dans les Balkans, en vue de l’esclavage, de l’affectation à l’armée, au service du palais et aux charges administratives de l’Etat ottoman.

Dhimma : à l’origine, protection, pacte, traité, accordé par le Prophète aux populations juives et chrétiennes qu’il avait soumises.

Dhimmî (zimmi, raya) : indigène juif, chrétien ou zoroastrien, soumis par la conquête arabe ou turque à la loi islamique, et bénéficiant de la dhimma.

Fatwa : avis légal émis par un jurisconsulte fondé sur le Coran et la Sunna.

Fay : butin de guerre enlevé aux Infidèles, appartenant à l’umma et administré par le calife.

Fedayyins : héros de l’islam, « combattants de la foi ».

Furûsiyya : « culture de guerre » islamique des cavaliers d’élite musulmans.

« Ghazwa : raid (razzia) des tribus bédouines.

Hadîth : tradition attribuée au Prophète.

Harbî : habitant du Dâr al-harb, pays de guerre.

Jâhiliyya : destruction des civilisations jugées barbares.

Janissaires :  enfants chrétiens en bas âge enlevés lors de razzias, contingentés dans le quint du butin de guerre ou du devshirme. Ils étaient réduits en esclavage et convertis à l’islam. Soumis à une éducation militaire et religieuse intense, ils constituaient les troupes d’élite de la puissance musulmane.

Jihâd : guerre sainte contre les non-musulmans, dont les buts, la stratégie et les tactiques constituent une doctrine théologico-juridique.

Jizya : capitation payée par les dhimmî à l’Etat musulman.

Kharaj : impôt foncier. 

Mamlouk : esclave affecté au service militaire.

Millet : « nation », collectivité ethno-religieuse.Ribât : couvent-forteresse établi sur les frontières de l’ennemi.

Sharî’a : recueil juridique fondé sur le Coran et la Sunna.

Sunna : actes et paroles attribués au prophète Muhammad.

Sürgün (exil) : déportations de population. »

Taqîya (taqiyya, takia) : dissimulation ou tromperie, obligatoire ou autorisée dans certaines circonstances, envers des sunnites ou à l’égard des non-musulmans.

« Umma : communauté des musulmans.

Waqf : biens religieux de mainmorte.

Zakât : aumône légale », souvent versée lors du mois du Ramadan.

Source : Veronique Chemla

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