Publié par Abbé Alain Arbez le 19 novembre 2020

Conquérants, les Arabes appelaient l’Afrique du Nord « Djezirat-el-Maghreb », « l’Île de l’Occident ». On n’imagine mal aujourd’hui à quel point cette région a commencé par être christianisée dès les premiers siècles.

Carthage était devenue la capitale rayonnante d’un espace de chrétienté prospère. Au 3ème siècle un concile parvenait à réunir une centaine d’évêques. Trois noms célèbres rendent témoignage de cette gloire du passé : Tertullien, Cyprien et Augustin.

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Tertullien est né en 155, mort en 225. Son nom est Quintus Septimus Florens Tertullianus. Il naît dans une famille romaine et païenne, avec un père militaire qui lui donne une formation intellectuelle de pointe, en particulier dans le droit.

Sa jeunesse est agitée, il fréquente des lieux de plaisir mais se pose des questions sur le sens de son existence. Son niveau d’éducation et sa curiosité intellectuelle font contrepoids à ses passions. Parfaitement bilingue, il écrit le grec et le latin, et il rencontre des chrétiens dont la sérénité au milieu des épreuves lui donne sérieusement à réfléchir. Il prend connaissance des saintes Ecritures, et au fil de sa recherche se sent appelé au baptême. La morale de l’évangile et le mystère de la foi chrétienne l’attirent vers une vie nouvelle.

Il entre dans la jeune Eglise, très bien organisée autour de sa hiérarchie, solidement implantée et dispensatrice d’une culture attractive. Face aux persécutions de chrétiens par le pouvoir impérial, le juriste qu’il est s’adresse courageusement aux autorités. Provocateur, il écrit l’Apologeticum, qui est dans l’esprit de l’Apocalypse une sorte de « j’accuse » dénonçant la brutalité de Rome. « Allez, bons gouverneurs, encore plus estimés des foules lorsque vous leur immolez des chrétiens, allez-y, tourmentez-nous, torturez-nous, condamnez-nous, écrasez-nous ! votre iniquité est la preuve de votre inconscience. Le sang des chrétiens est une semence ! »

Tertullien a forgé tout un vocabulaire pour exprimer les vérités libératrices de la foi. Polémiste déterminé, il utilise toutes les ressources de la rhétorique. A une période de croissance de l’Eglise, les assauts sectaires ont lieu de toutes parts. C’est ainsi que Tertullien se lance dans la bagarre et s’attaque à des courants hérétiques, en particulier celui de Marcion qui prétend scinder la Bible en deux, en rejetant les Ecritures du Premier Testament au nom d’un antijudaïsme primaire. Pour cette posture inacceptable, le puissant hérésiarque sera vite excommunié par l’Eglise.

La dialectique du sage Tertullien confine parfois à l’outrance, mais son style passionné a pour objectif de défendre la justice et la tolérance, la noblesse de la foi judéo-chrétienne. Il démonte minutieusement les prétentions infondées des chefs de communauté autoproclamés.

Comme prêtre, Tertullien est chargé de la préparation au baptême des nombreux catéchumènes issus comme lui du paganisme gréco-romain. Il est particulièrement sensible aux séductions insidieuses du mode de vie païen et idolâtre. Dans une réaction vigoureuse, il se fait porteur d’une austérité stricte : il interdit les spectacles, le cirque, le théâtre et le stade. Son rigorisme le pousse vers le courant montaniste, ce qui l’amène à condamner toute carrière militaire qu’il juge incompatible avec la vie chrétienne. Il recommande aux jeunes filles de porter un voile dans les assemblées liturgiques et de se vêtir avec modestie.

Il semble prescrire à tous le chemin du Royaume par la porte étroite. Conscient de son caractère exigeant, il écrit : « malheureux, je suis toujours dominé par la fièvre de l’impatience ». C’est avec ferveur qu’il rend hommage à deux femmes martyres de Carthage, Félicité et Perpétue.

On sait que Tertullien eut une vieillesse solitaire. Mais il faut relever le fait que ses options rigoristes et protestataires eurent une influence décisive sur Augustin, évêque d’Hippone, qui  exprima son admiration envers ce maître spirituel qui l’avait pour une grande part inspiré.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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