Publié par Gaia - Dreuz le 22 novembre 2020

Source : Valeursactuelles

Face à l’empilement des risques et des crises, l’ancien chef d’état-major des armées craint une explosion de la situation. Islam radical, terrorisme, mondialisation déséquilibrée, migrations démultipliées, État de droit dépassé, société postmoderne aux valeurs inversées : Pierre de Villiers livre ses préconisations pour éviter que la France sombre.

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Les derniers attentats ont provoqué un émoi considérable. Vous-même avez évoqué la possibilité d’une guerre civile. Pourquoi ?
Une guerre civile, c’est une guerre entre Français. Or, ces dernières années des Français ont assassiné d’autres Français. Nous sommes en guerre contre l’islam radical, qui est un terrorisme idéologique. Ce n’est pas nouveau ; je me souviens d’un livre paru sur Internet, en 2004, écrit par l’islamiste Abou Bakr Naji, qui s’intitulait Gestion de la barbarie ; il théorisait l’utilisation de la barbarie non comme un moyen mais comme une fin, pour imposer un modèle sociétal articulé autour de la charia en lieu et place de nos modèles occidentaux. Aujourd’hui, à la crise sécuritaire s’ajoute la pandémie, le tout sur fond de crise économique, sociale et politique avec une confiance qui n’existe plus dans les dirigeants. Quand on additionne ces menaces, il y a tout lieu d’être inquiet à court terme. Je crains que ces colères rentrées explosent en même temps…

La situation dramatique d’aujourd’hui transforme-t-elle notre époque en point de bascule ?
Oui, nous vivons une séquence de bascule historique. Pas uniquement en France, mais dans le monde entier. Pour s’en convaincre, il suffit d’additionner le terrorisme islamiste radical, le retour des États puissances, les migrations massives et le dérèglement climatique : vous obtenez un monde dangereux. Un livre du Britannique Malcolm Gladwell, publié en février 2016, le prophétisait, il s’intitulait justement Le Point de bascule (Flammarion). Le principe d’un point de bascule, c’est que cela peut durer un certain temps. Je pense que les changements auxquels nous sommes confrontés font que nous allons vers des évolutions profondes. Il faut penser l’impensable.

Je crains que les colères rentrées explosent en même temps…

Qu’entendez-vous par là ?
Être capable de bousculer les cadres normalement immuables de l’organisation de la société. L’État de droit est évidemment respectable, mais à un moment, il faut aussi élaborer une réflexion stratégique. J’ai eu la chance de passer dix ans de ma carrière au plus haut niveau de l’État. Il est organisé en tuyaux d’orgue, avec trop peu de cohésion interministérielle. On le voit dans la crise sanitaire aujourd’hui, où il n’y a pas d’approche suffisamment globale. Après avoir constaté des ruptures territoriales entre les campagnes, les villes et les cités, les différents déséquilibres mondiaux géostratégiques, technologiques, économiques, sociétaux et politiques, j’affirme que si l’on veut reconstruire notre pays, il faut recommencer par le début de l’histoire. Cela commence par l’éducation, la jeunesse. Il faut réconcilier cette dernière avec notre pays. Cela veut dire réapprendre à nos petits Français à aimer la France. Cela repose sur le triptyque famille, élève et professeur. Cela passe aussi par de forts liens intergénérationnels. Chaque génération reçoit un héritage, le fait vivre, puis le transmet à la génération suivante. Il faut accepter cette modestie. Dans l’armée, cette transmission est culturelle : on respecte nos anciens. Lors des cérémonies militaires, le drapeau passe devant nous avec les trois couleurs, symbolisant l’âme de la France et celles de tous ceux qui sont morts pour que nous demeurions libres, puis on le remet aux plus jeunes. Quand on prend un commandement pour deux ou trois ans, nous savons que c’est pour une durée déterminée et que nous sommes l’un des maillons de la chaîne.

Dans quelle mesure se pose la question du pouvoir trop important des juges ?
La gravité de la situation nécessite des réactions rapides. Dans l’entreprise, on appelle ça l’agilité. Il y a un raccourcissement de l’espace avec la mondialisation, auquel s’ajoute un rétrécissement du temps. L’armée a fait cette révolution opérationnelle. Notre société doit faire cette révolution juridique. Cela ne veut pas dire changer fondamentalement l’État de droit, mais il faut être capable de réagir rapidement. On nous impose un confinement du jour au lendemain, mais il faut six mois pour fermer une mosquée radicale. C’est incompréhensible. Tout cela parce qu’il y a la Cour de justice de l’Union européenne, la Cour européenne des droits de l’homme, le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, des juristes et des avocats. Les terroristes islamistes le savent bien. La bureaucratie est le pire ennemi de la guerre contre les islamistes.

Qu’avez-vous remarqué, lorsque vous êtes allé, pour votre dernier livre, en banlieue ?
Il y a, phénomène nouveau, une multiplicité de contacts entre les caïds qui tiennent l’économie de ces cités par les trafics de drogue, d’armes ou la prostitution, et le salafisme, qui s’implante solidement au contact de ces caïds. L’un apporte une espérance aux autres, lesquels lui fournissent des moyens financiers.

Contrairement à l’idée répandue, vous affirmez que les jeunes de banlieue respectent l’autorité…
Dans l’armée, nous recrutons dans la nation tout entière. J’ai rencontré des jeunes de banlieue dont on a fait des héros en quelques mois. Dans mon livre, je raconte une anecdote qui s’est déroulée alors que je décorais un jeune caporal de la croix de la Valeur militaire. Il avait accompli un acte héroïque en ramenant, sous le feu, un de ses camarades blessé. Je lui ai dit : « Vous êtes un héros. » Il m’a répondu : « Non, mon général, je ne suis pas un héros. » C’était bien la première fois qu’on me répondait ainsi. Il a poursuivi : « Je ne suis pas un héros, j’ai voulu rendre à la France ce qu’elle avait donné à mon grand-père, l’accueil. » Ce n’est donc pas uniquement par la sécurité, par le cadre régalien, que l’on retrouvera cet équilibre. Il faudra trouver l’humanité nécessaire, la considération et le respect, comme celui qu’il y a dans l’armée, pour éviter que les jeunes de banlieue basculent du mauvais côté et qu’ils choisissent, au contraire, le creuset national.

Il y a dans les banlieues une multiplicité des contacts entre les caïds et le salafisme

Que répondez-vous aux accusations d’illibéralisme ?
Combien faudra-t-il de Français décapités avant de comprendre en France qu’il faut fermer rapidement les mosquées radicales ? Le code de la défense et le droit des conflits armés établissent une architecture juridique parfois contraignante, mais cela nous permet de faire la guerre, de riposter quand on nous tire dessus à l’extérieur du territoire. Il faut que l’État puisse riposter à l’intérieur de notre pays, prendre des mesures conservatoires, anticipatoires par rapport aux islamistes radicaux. La peur doit changer de camp.

Quel genre de mesures ?
Quand un imam connu et reconnu prononce des prêches antifrançais à répétition, il doit être interdit. Notre système de renseignement a beaucoup progressé depuis les attentats de 2015, mais en France, nous avons aussi des difficultés à prendre des décisions fortes dans la durée. Elles le sont souvent de manière symbolique et événementielle. Le combat va être long.

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