Publié par H16 le 23 novembre 2020

Cela va sans dire, mais toujours mieux en le disant : les problèmes modernes requièrent des solutions modernes et quoi, mieux que la République Française du Bisounoursland, peut offrir des solutions modernes et classieuses à des problèmes actuels ? C’est ce que démontre récemment avec brio Elisabeth Borne, l’actuelle occupante des pantoufles de Ministre du Travail, qui vient tout juste de lancer un nouveau site pour l’emploi des jeunes. Musique !

Et la puissance de la plateforme commence dès son nom.

Les pouvoirs publics, dont on sent au vu du résultat qu’ils ont lourdement charbonné sur le sujet, ont longtemps hésité pour ce nom de plateforme tant l’enjeu était grand : destinée à aider les jeunes qui cherchent actuellement un emploi, une formation ou une mission de service civique en cette lourde période covideuse et de l’autre les entreprises, la fine équipe qui s’est attelée à trouver un nom à ce nouveau produit a très probablement hésité entre LeBonCouin et PaulEmploy avant de se fixer sur 1jeune1solution.

« Le plan 1 jeune 1 solution, lancé le 23 juillet 2020, vise à offrir une solution à chaque jeune » s’égosille gaiement la réclame gouvernementale. Le contrat est clair : à chaque jeune, on fournit UNE solution. Pas Deux. Si le jeune n’est pas content, il n’a qu’à aller à Pôle Emploi, pardi.

Décidément, que voilà un groupe nominal ô combien percutant puisqu’il fait irrémédiablement penser à « un problème, une solution » et indique implicitement que, pour notre Grande et Belle Administration, un jeune est bien plus sûrement un problème qu’autre chose. Il est vrai que si l’on s’en tient à la presse et son vocable alternatif, le jeune est trop souvent celui qui, déçu, a bouté le feu à quelques voitures ou évacué son stress en tabassant quelques grand-mères.

On comprend dès lors qu’avec l’augmentation vigoureuse du nombre de jeunes au chômage suite aux crises sanitaires et économiques que le pays subit actuellement, sa Grande et Belle Administration se soit dit « oh zut, nous avons un problème de jeunes, il nous faudrait une solution ! » qui aboutit naturellement à ce nom grotesque.

Et au-delà du nom, il faut se rendre à l’évidence : cette magnifique nouvelle plateforme (qui, au passage, injurie le visiteur parce que ses certificats de sécurité ne sont pas à jour) n’est pas exactement l’outil idéal pour enfin résoudre le chômage des jeunes. Bien plus pragmatiquement, c’est un outil essentiellement destiné à dédouaner la ministricule de toute action supplémentaire.

Conformiste jusqu’au bout du brushing poivre et sel, Elisabeth Borne est, pour ainsi dire, entièrement conçue pour conserver son poste. Pour cela, elle veut bien faire et ses capacités de politicienne moyenne, très moyenne, font « tilt » lorsqu’on lui parle de 1Jeune1SolutionFinale : c’est une bonne idée, car ça rentre confortablement et sans racler sur les bords dans le petit tiroir étriqué de ce qu’on lui a appris à l’École d’Administration. Mieux : ça n’a aucun impact sur le reste de l’agitation gouvernementale. Certes, le décalage avec la réalité de terrain est abyssal mais administrativement, tout ça a du sens : le gouvernement fournit un service pour aider des gens, des choses se passent, des actions sont menées, il y a un truc, donc c’est idéal !

La suite, à savoir mettre en place une pompeuse conférence de presse et une communication ministérielle pour lancer le bidule, est d’une logique implacable : elle montre ainsi qu’elle n’est pas l’élève qui rendrait un devoir d’une seule feuille, torché, froissé, avec une trace de godasse et une tache de café dessus, non ! Elle est cette élève propre sur elle qui rend un très propre devoir d’une feuille, avec trois ligne écrites proprement, bien écartées sur la feuille pour prendre toute la place. Elle a mis la date et son nom et c’est tout mais, soulagée, elle pense avoir fini, et elle est vraiment convaincue de tenir un truc qui va marcher.

C’est si mignon ! C’est un peu comme son « plan Vélo » de mai 2020, celui qui vit naître un réseau de réparateurs de vélos « agrées » à 50 boules la réparation entièrement subventionnée par l’État ! Du vélo au chomdu, du boyau au boulot, c’est Zabou Les Bons Tuyaux !

Bons tuyaux pour la Boborne, mais percés pour tous les autres : ce gouvernement (comme les précédents) persiste à créer des commissions, autorités et autres agences sous forme de site web ou d’app-mobile fluorescentes mais n’ont toujours pas compris que les gens qui veulent travailler se passent (heureusement) déjà d’eux : LeBonCoin ou LinkedIn ont fait plus pour l’emploi en France sur la dernière année que Pôle Emploi en 10 ans et ces ministricules coûteux en 50.

Au passage, on pourrait voir de la propagande dans cet énième site gouvernementable et destiné à une mort lente et molle. Ce serait presque mieux que la réalité, cantonnée à un petit accès de zèle : quelqu’un de haut placé a probablement voulu que quelque chose, n’importe quoi, soit fait, et les petits cafards bureaucratiques se sont agités. Un appel d’offre a du être lancé, des sous gratuits des autres dépensés, et une réponse totalement institutionnelle, scolaire, inutile et molle a été apportée accolée à un problème chronique. Plouf.

Bon, on rigole on s’amuse, mais malgré tout et comme le soulignent humidement d’autres canards en verve, « ce sont déjà plus de 20.000 offres d’emploi qui sont déjà recensées, précisent Le Parisien et France Info. » ! Fouyaya, 850.000 jeunes, 20.000 offres, voilà qui couvre déjà plus de 2% de la demande !

Et ça tombe bien car, comme nous l’apprend un autre article concomitant, ça embauche à tour de bras. Ou presque : « les temps vont être durs, et trouver un emploi sera compliqué » semble pourtant indiquer le président du Medef, dès la quatrième ligne de l’article.

Manifestement, ce n’est pas tout à fait gagné pour la nouvelle plateformichette gouvernementale payée avec votre argent pour faire un travail qui est déjà réalisé par d’autres plateformes, un peu mieux dans le privé et n’importe comment dans le public.

Mais au moins Zabou pourra dormir tranquille, et, à mesure que le reste du gouvernement, pour de sombres prétextes sanitaires, détruit consciencieusement l’artisanat, les petits commerces et le job des indépendants, les bidulotrons étatico-insignifiants pourront alors s’exprimer à leur pleine mesure : le pays n’étant plus qu’un vaste champ d’expérimentations collectivistes miteuses, les seules entreprises à pouvoir encore embaucher seront les grosse compagnies bien vues par Bercy, avec tout le personnel nécessaire pour faire face à la cataracte de paperasse délirante que tous ces stages plus ou moins subventionnés génèrent.

Et petit à petit, la France deviendra le pays où la transition vers le zéro indépendants sera la plus facile.

Le Monde d’Après va être facilement centralisé, planifié et délicieusement crony-corporate.

corporations in bed with government

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © H16. Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur (son site)

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