Publié par Dreuz Info le 25 novembre 2020

Il est désormais coutumier d’accuser les « réseaux sociaux » de « complotisme ».

Définissons le complotisme comme le fait d’accréditer et faire circuler des thèses fantaisistes qui « devinent » une réalité qui n’existe que dans le fantasme de ceux qui la colportent (complotisme au sens large), souvent sur le mode d’une entente non avouée entre de grands acteurs nationaux et/ou internationaux (complotisme au sens strict).

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Ainsi le documentaire « HOLD-UP » était-il récemment taxé de complotisme (au sens strict) au motif qu’il présente la pandémie du COVID comme née d’un dessein préalable. Cette thèse ne reposant sur aucun élément matériel, et ne résistant pas à l’examen des faits disponibles — notamment l’antagonisme des intérêts — elle mérite en effet d’être taxée de complotiste au sens strict.

Toutefois, le procès en complotisme des réseaux sociaux, en cela qu’il exonère, expressément ou implicitement, la presse traditionnelle, nous paraît manquer l’essentiel.

En effet, le complotisme, ou construction de fantasmes sur le réel, est de toutes les époques, et de toutes les sociétés. Sauf à gagner le contrôle des esprits, il est virtuellement impossible d’empêcher nos semblables de construire des théories plus ou moins fantaisistes sur le réel. 

Sans doute le succès de ces thèses fumeuses est-il aujourd’hui renforcé par l’effet « silo » des réseaux sociaux, dans lesquels des publics restreints se congratulent, se convainquent et se renforcent mutuellement. Asinus asinum fricat, disaient les Anciens !

Ce nonobstant, et c’est la thèse ici soutenue, le complotisme n’est redoutable et dangereux que conjugué à une position dominante.

Aucun acteur individuel sur les réseaux sociaux, quelle que soit l’ampleur de son audience, ne peut sérieusement prétendre « dominer » la scène médiatique. Tel « leader d’opinion » qui se targue d’un million d’abonnés sur sa chaîne Youtube coexiste avec un autre qui en a cinq millions, un troisième dix millions. Au final, des dizaines de milliards d’abonnés — on s’abonne à plusieurs chaînes — que se partagent des dizaines, des centaines de millions de « diffuseurs ».

Seules deux forces nous paraissent occuper, dans le vaste maelström médiatique mondialisé, une position dominante : la presse traditionnelle, et les propriétaires des réseaux sociaux (à distinguer de leurs acteurs individuels) : un duopole. 

Dans leur majorité, les journalistes de la presse traditionnelle se revendiquent « de gauche » aux Etats-Unis comme en Europe occidentale —les études chiffrées en attestent, ici le cas français et le cas belge francophone. Lorsque cette presse s’empare d’une thèse, même non démontrée, même complotiste au sens strict, pour en affirmer la vérité, en raison de sa position dominante, cette presse possède le pouvoir de la faire advenir. Ce pouvoir est celui de faire coexister durablement une réalité parallèle avec la réalité avérée, comme si l’ensemble formait « la » réalité.

Quand une thèse est reprise en chœur par l’écrasante majorité des médias américains pendant des semaines, des mois, parfois des années, sa « vérité » s’impose à l’esprit de dizaines de millions de citoyens — et cela, quelle qu’en soit la valeur factuelle sous-jacente.

Prenons trois exemples dans l’actualité américaine récente.

En janvier 2019, la presse américaine présente un groupe de jeunes étudiants américains mineurs, en particulier une jeune garçon du nom de Nick Sandmann, comme coupable d’intimidation raciste à l’égard d’un vieil homme, Nathan Phillips, “Native-American” et vétéran du Vietnam. C’est la scène inaugurale d’une vaste campagne médiatique qui durera plusieurs mois, livrant ces jeunes gens à la vindicte populaire. Quoi de plus méprisable que s’en prendre, en bande, à un vieil homme, qui plus est vétéran de la guerre du Vietnam ? Nick Sandmann, qui se prétend innocent, assigne en justice de puissants groupes de presse tels The New York Times et The Washington Post. Ceux-ci, plutôt que se défendre en justice, concluront finalement des accords financiers de désistement d’instance avec Nick Sandmann, reconnaissant implicitement leur faute. Dans l’intervalle, Nick Sandmann et ses camarades d’école — tous mineurs — auront été traînés dans la boue par le puissant appareil médiatique américain. Durant cette période, Nick Sandmann a reçu des milliers de menaces directes, allant de la violence au meurtre, en passant par des sévices sexuels. Or, les allégations retenues par la presse contre ces adolescents ne reposaient sur aucun élément de preuve matériel. En réalité, tout était faux : Nathan Phillips et ses comparses étaient allés au devant des jeunes garçons pour les provoquer ; Nathan Phillips est un militant extrémiste, repris de justice qui n’a jamais mis les pieds au Vietnam. Ces puissants groupes de presse n’avaient pas même pris la peine de solliciter le point de vue des adolescents — expression la plus élémentaire des droits de la défense, de la déontologie journalistique et du simple désir de connaître les faits — avant de déchaîner les grandes orgues. Leurs allégations étaient « complotistes » au sens strict, consistant à affirmer l’intimidation raciste concertée d’un innocent, sur la seule foi de l’apparence d’un extrait vidéo de quelques secondes. 

Le 24 septembre 2019, le speaker de la Chambre des représentants Nancy Pelosi lance la procédure d’impeachment contre le président des Etats-Unis. Il est allégué que le président a exercé un chantage — « quid pro quo » en anglais américain — sur le président ukrainien, conditionnant l’aide américaine à la réactivation de poursuites judiciaires contre la famille Biden. Un énorme battage médiatique se met en branle, l’audition des « témoins » est télévisée en direct sur les grandes chaînes américaines et suivie par des dizaines de millions de citoyens ; le chantage est présenté comme un fait avéré. Quatre mois plus tard, le 5 février 2020, le Sénat des Etats-Unis acquitte le président des charges qui pèsent contre lui. Dans l’intervalle, aucune preuve matérielle du chantage n’a été produite. Aucune ! La thèse du chantage, affirmée à coup de centaines de milliers d’articles de presse et d’inlassables séquences télévisées sur un mode purement accusatoire, était « complotiste » au sens strict.

Dès 2016, il fut allégué par la presse, le parti Démocrate et plusieurs agences gouvernementales que celui qui était alors candidat Républicain à l’élection présidentielle, Donald J. Trump, s’était rendu coupable de « collusion » avec le gouvernement de la Russie. Cette thèse satura littéralement l’espace médiatique américain, et une fraction notable de l’espace médiatique mondial, durant trois longues années (sic). Un Procureur spécial (Special Counsel) Robert Mueller fut désigné pour rassembler des preuves. Durant ces trois années, le président américain était régulièrement présenté comme un simple « agent russe » durant les talk-shows les plus écoutés (notamment Rachel Maddow). Au terme d’une enquête qui mobilisa des dizaines de juristes de haut niveau, avec un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars, le procureur spécial Robert Mueller rendait un rapport, publié par le département fédéral de la justice en avril 2019, qui constatait qu’il n’existait aucune preuve de collusion entre l’équipe de campagne Républicaine et la Russie. Dans l’intervalle, des millions d’articles de presse avaient soutenu cette collusion, tel un fait avéré. N’ayant jamais reposé sur aucun début de preuve, cette thèse était complotiste au sens strict.

Venons-en aux propriétaires des réseaux sociaux. Lorsque ces réseaux prirent leur essor, se posa la question de leur responsabilité légale vis-à-vis des contenus publiés. Il fut convenu, en droit américain, de ne pas traiter les réseaux sociaux comme des éditeurs de presse, car cela aurait engagé leur responsabilité pour les contenus publiés. Les réseaux sociaux furent traités comme fournisseurs de l’architecture permettant des échanges, et non comme éditeur du contenu des échanges. Implicite au dispositif, l’idée que les propriétaires des réseaux sociaux ne se comportent pas comme des éditeurs partisans, favorisant certains contenus idéologiques et politiques.

Ce fragile équilibre fut rompu dès lors que les grands réseaux se sont mis à favoriser certains contenus et acteurs politiques, notamment sous prétexte de fact-checking et d’information neutre et objective, rejoignant les prédilections idéologiques de la majeure partie de la presse traditionnelle.

Lorsque Facebook, par exemple, décide d’informer l’intégralité de ses utilisateurs sur une question controversée — COVID, hydroxychloroquine, élection en cours — il ne se comporte pas comme un acteur individuel du réseau, le possesseur d’un compte ou d’une page. Quand Facebook intervient pour informer, c’est la totalité des acteurs du réseau sur ce sujet — potentiellement un milliard d’utilisateurs — qui est « impactée » de la façon et avec le contenu décidé par les gestionnaires de Facebook. Facebook, Twitter, Google et quelques autres occupent, sur les réseaux, une position plus dominante encore que n’en occupe aucun média ou configuration de médias dans la presse traditionnelle. Leur pouvoir démiurgique est d’autant plus redoutable, particulièrement si l’on tient compte de la compénétration des réseaux avec la totalité des aspects de l’existence. Un contenu informatif privilégié par les propriétaires des réseaux sociaux, presque dans l’instant, au statut de vérité universelle.

Quand Google favorise certains résultats de recherche plutôt que d’autres, en raison de leur couleur politique ou de la couleur politique de leurs destinataires, il exerce un pouvoir démiurgique — décider ce qui est, et ce qui n’est pas — au sens strict. Comment une réalité qui n’apparaît pas dans les résultats de recherche pourrait-elle prétendre exister ?

Facebook et Twitter paraissent engagés dans une course à l’échalotte avec Google en termes de censure et de prédilection politique. Quand Twitter censure et efface des tweets du président des Etats-Unis tout en laissant le « guide suprême » de l’Iran proférer les pires élucubrations, notamment sur l’Holocauste — dont il est négationniste — le caractère politique de l’intervention n’est pas contestable.  Cette évolution, encore récente, est amenée à croître rapidement.

En conclusion, le marché de l’information est un duopole constitué d’une part de la presse traditionnelle, d’autre part du « Big Tech ». Quand une thèse de type complotiste est favorisée par l’un des pôles du duopole, a fortiori les deux — c’est souvent le cas, en raison de leur communauté de vue — elle accède de façon instantanée au statut de vérité, voire de truisme. Cela, sans aucun égard pour ses mérites propres.

Par comparaison, les divagations « complotistes » de certains acteurs des réseaux sociaux paraissent du travail de gribouille. Mieux : les réseaux sociaux dans leur versant « individuel » — par leur critique du consensus médiatique — paraissent à l’heure actuelle la seule entrave au pouvoir démiurgique du duopole.

La nuisance et l’audience d’un « HOLD-UP » n’atteindront jamais la nuisance et l’audience de la « collusion avec la Russie, » dont sont toujours convaincus près de la moitié des Américains.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Drieu Godefridi pour Dreuz.info.

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