Publié par Gaia - Dreuz le 29 novembre 2020

Source : Lepoint

Ce pasteur d’origine marocaine, converti au christianisme, constate le prosélytisme des islamistes et s’inquiète d’une absence de solidarité.

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Contrairement à l’Église catholique, très discrète quant aux conversions des musulmans en France (estimées entre 150 et 200 par an), les évangéliques ne montrent pas la même prudence. Saïd Oujibou, né en 1968 au Maroc, s’est souvent exprimé dans les médias. Cet ancien islamiste, qui rêvait à dix-huit ans de partir se battre en Afghanistan, s’est non seulement converti au christianisme – suivant l’exemple de sa sœur aînée –, mais il est devenu pasteur évangélique. Fondateur d’une Union des Nord-Africains chrétiens de France, il a aussi produit un one-man-show autobiographique intitulé Liberté, Égalité, Couscous. Il constate que, depuis 2015, de nombreux jeunes dans les églises évangéliques sont attirés par l’islam radical.

Le Point : De quand datent ces conversions, dont les évangéliques ne parlent jamais ?

Saïd Oujibou : Les premières remontent à 2001, mais le phénomène s’est considérablement accéléré à partir de 2015. Cela peut profondément surprendre, mais les attentats meurtriers attirent, séduisent des jeunes en quête d’idéal. Un idéal qu’ils ne trouvent plus dans nos églises. Souvent les évangéliques habitent dans les mêmes quartiers que les musulmans, dans les banlieues populaires des Hauts-de-France, de Seine-Saint-Denis, de Lyon, de Marseille. De nombreux pasteurs se croient supérieurs aux musulmans, parfois même les méprisent, ils préfèrent nier une réalité qui les dérange. Ce serait reconnaître leurs échecs. Il est plus confortable de continuer à se vanter d’ouvrir une nouvelle église tous les dix jours en France. Quant aux familles évangéliques, elles ont tout simplement honte.

Les évangéliques n’offrent-ils pas une grande solidarité à leurs fidèles ?

Normalement, oui, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Je me suis converti un jour de Noël. Eh bien, je me suis retrouvé seul, aucun chrétien ne m’a invité chez lui ! En revanche, quand un chrétien embrasse la religion musulmane, c’est la fête dans sa nouvelle famille. Il y a des manifestations de joie, des applaudissements. C’est présenté comme une victoire pour les musulmans. Quand il y a un décès dans les milieux évangéliques, les autres fidèles envoient des fleurs ou un texto. Chez les musulmans, en revanche, toute la communauté vient soutenir la famille. Chez les chrétiens, on ne côtoie ses frères que deux heures chaque dimanche. Le reste de la semaine, on est seul, surtout en cette période d’épidémie. Chez les musulmans, c’est toute sa vie que l’on vous soutient, du lever au coucher du soleil, de la naissance à la mort. L’oumma, la communauté musulmane, est beaucoup plus forte que la République…

Mais pourquoi les jeunes évangéliques seraient-ils davantage attirés que les autres chrétiens par l’islam, notamment l’islam radical ?

Il existe des conversions de proximité, je dirais même de confort, car les évangéliques vivent souvent à côté de familles musulmanes. Ils trouvent chez leurs voisins plus de solidarité, de fraternité, de chaleur. Contrairement aux apparences, les évangéliques ne se retrouvent guère entre eux en dehors des offices religieux. Toutefois, il ne faut pas être naïf, les islamistes font beaucoup de prosélytisme. Ils savent comment « harponner » les jeunes filles des églises évangéliques. Les « rabatteurs » les repèrent, car elles sont bien élevées, correctement habillées, elles ne disent pas de grossièretés, et surtout elles sont réputées vierges. Deux ou trois fois par semaine, des familles m’appellent, car non seulement leurs filles se convertissent, mais elles veulent presque immédiatement se marier avec un musulman ! J’ai le cas à Maubeuge d’une jeune fille de 22 ans entièrement voilée. Les « barbus » lui ont trouvé un mari avant même sa conversion à l’islam.

Comment expliquer cette attirance pour l’islam radical ?

Peut-être vais-je choquer si je dis que certaines de ces jeunes femmes sont aussi attirées par la force, la puissance, et même la virilité qu’elles croient trouver chez les islamistes ? Les Frères musulmans savent prendre soin des nouveaux convertis. Quand ceux-ci viennent de familles éclatées, monoparentales, ils se substituent aux pères. Même dans les familles bourgeoises, des jeunes se convertissent à l’islam. J’ai le cas de jumeaux à Chambéry, ils sont partis étudier en Arabie saoudite.

Pourquoi les familles vous appellent, plutôt que leurs pasteurs ?

Je suis pasteur itinérant, consultant en violence urbaine. De par mon passé, je ne vis pas l’islam comme une religion concurrente, je dialogue avec les musulmans, même avec des salafistes. Souvent, leurs pasteurs ont sous-estimé le pouvoir des islamistes. Ils ne veulent pas reconnaître leurs échecs. Mais je n’oublie pas de rappeler que des musulmans continuent à se convertir au christianisme, malgré les difficultés qu’ils rencontrent. Car ils sont la plupart du temps rejetés par leurs familles, et se retrouvent seuls.

Pasteur évangélique, vous vous montrez particulièrement sévère vis-à-vis des évangélique.

Le modèle évangélique ne répond plus à l’idéal qu’il prône. Néanmoins, je reste un pasteur évangélique, mais je préfère me définir comme un protestant, un chrétien, disciple de Jésus.

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