Publié par Yves Mamou le 19 décembre 2020

A peine annoncées par Donald Trump, les retrouvailles israélo-marocaines (le Maroc a reconnu Israël en 1994 mais avait rompu ses relations diplomatiques officielles tout en conservant une discrète relation sécuritaire) ont déclenché comme à l’habitude un torrent de réactions méprisantes ou hostiles. Pour nombre de commentateurs, Donald Trump aurait sorti son carnet de chèque diplomatique et acheté une paix superficielle. En d’autres termes, le président américain a profité de la vénalité des pays arabes.

Le Monde parle du “deal” de Trump comme s’il s’agissait d’un trafic de cocaïne, évoque l’”activisme” de Donald Trump et considère que le Maroc est un pays qui a “basculé” comme s’il avait fait une chute. L’Express a donné de la voix à l’”expert” de science politique Jean-Paul Chagnollaud pour dénoncer un “accord “contre productif” pour la paix au Moyen Orient”. L’Humanité a annoncé la normalisation des relations israélo-marocaines sous le chapeau du “colonialisme” et Médiapart a évoqué ”un accord entre “colonisateurs béni par Trump”. On pouvait compter sur la Russie pour dénoncer “une décision unilatérale qui sort complètement du cadre du droit international », selon les termes du vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov.

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La doxa diplomatique a donc une fois de plus mal réagi à l’actuelle redistribution des cartes au Moyen Orient.

Cette redistribution des cartes, en réalité, n’en est pas une. Donald Trump n’a fait que dissiper l’illusion sur laquelle les relations internationales se sont progressivement bâties. Depuis des décennies, de faux peuples (le “peuple” palestinien, le “peuple” sahraoui…) bloquent interminablement le règlement de situations simples issues de la décolonisation et figent des conflits sans qu’une solution apparaisse.

Ainsi en est-il du peuple sahraoui et de son droit à  l’autodétermination. Selon l’expert en science politique Alexandre Greenberg, chercheur au Reut Group, un think tank non gouvernemental israélien, “Il n’existe pas le peuple sahraoui comme il existe un peuple français, américain ou marocain”. En revanche,  ajoute Mr Greenberg, “la seule institution qui affirme représenter le peuple sahraoui est le Front Polisario une guérilla marxiste  armée  par l’Algérie”. Le régime algérien fournit le Polisario en armes, salarie ses miliciens et héberge ses bases militaires sur le sol algérien.

Autre point, très important souligné par Alexandre Greenberg, tous les pays arabes soutiennent le Maroc contre l’Algérie. Seul l’Iran apporte un soutien verbal au Front Polisario.

Ce Maghreb, pacifié en apparence, est donc en réalité traversé de conflits de fond. “L’Algérie mène une guerre par procuration contre le Maroc à travers le Polisario, tout comme l’Iran fait la guerre à Israël à travers le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza” explique Alexandre Greenberg. En fait, l’Algérie entretient une sédition à l’intérieur de l’espace marocain car les Sahraouis ne sont ni Algériens, ni Sahraouis. Ils ont la nationalité  marocaine.

L’Algérie  n’a  aucun intérêt à un règlement pacifique du conflit, car elle dispose à travers le Polisario d’un outil d’influence sur la région et aussi d’un bon moyen de détourner l’attention du peuple algérien quand les difficultés économiques se font trop sentir. Le Quai d’Orsay a raison aussi de se réjouir (à mots couverts) de l’accord de paix Maroc-Israël car ainsi, l’Algérie focalise moins sur la France. Mais compte tenu de l’importance des populations maghrébines en France, toute instabilité durable au Maghreb, tout conflit ouvert entre le Maroc et l’Algérie aura automatiquement des effets en France, au sein des populations immigrées.

La France a donc aujourd’hui plutôt intérêt à entretenir de bonnes relations avec le Maroc et l’Algérie. “La bonne volonté du régime d’Alger est indispensable à la France compte tenu de  l’importance du Sahel dans la lutte contre le terrorisme et dans le contrôle des flux migratoires” dit Alexandre Greenberg. Côté Maroc, un peu de coopération pour le retour au Maroc des mineurs marocains non accompagnés qui sèment la terreur en France n’est pas à dédaigner.

Alexandre Greenberg affirme que c’est Benjamin Netanyahou qui a suggéré aux Américains – qui n’ont pas d’intérêt vital au Maghreb et donc pas de réelle connaissance des enjeux – de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Ainsi, le Maroc qui coopère discrètement avec Israël sur des questions liées à la sécurité depuis presque 60 ans s’est il vu offrir une bonne excuse pour officialiser sa relation avec l’Etat hébreu. Le Makhzen (le système de pouvoir marocain qui comprend la famille royale et quelques grandes familles) a coopté le parti islamiste al-Adl Wal-Ihsan dans le gouvernement (pour mieux le contrôler), mais il ne peut l’indisposer ouvertement non plus. La reconnaissance américaine sur le Sahara donne au pouvoir marocain des arguments pour accueillir une ambassade israélienne sans que les foudres islamistes soient brandies.

A travers ces accords en série, ce qui vole en éclats aussi est un autre mythe moderne, le “droit international”.  Il a suffi en effet de quelques gestes des Etats Unis pour que la carte du Moyen Orient soit durablement redessinée, à l’écart des milliers de résolutions des Nations Unies.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Yves Mamou pour Dreuz.info.

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