Publié par Abbé Alain Arbez le 8 décembre 2020

Cet évangile nous laisse imaginer l’effet de surprise et en même temps l’effet d’attraction que provoque chez ses contemporains déboussolés l’activité de ce Yohanan, c’est à dire Jean, une sorte d’ermite retiré au bord du Jourdain.

Jean Baptiste est prêtre, fils du prêtre Zakarie, et en principe, son rôle serait d’officier au Temple. Mais il a choisi une manière directe d’annoncer la conversion et le pardon des péchés : il est là entre le Jourdain et le désert, pour interpeller, annoncer les temps nouveaux et il offre un baptême à ceux qui prennent sa parole au sérieux ; c’est ainsi qu’il plonge dans l’eau – en signe de renouveau – ceux qui se présentent à lui avec le désir de changer de vie. C’est un rite juif de purification parmi d’autres, très nombreux à cette époque. Comme il s’agit d’un rituel avec un sens religieux, il n’est donc pas étonnant, comme le remarque l’évangile, que des prêtres et des lévites viennent à lui pour connaître quelles sont ses intentions. Iohanan ben Zekharia est très vite surnommé « Iohanan ha matbil », Jean le baptiste, le purificateur…

Dans son livre intitulé La Promesse, le cardinal Jean Marie Lustiger insiste sur cette fonction de Jean Baptiste au bord du Jourdain. Appartenant lui-même au peuple juif, l’archevêque trouve qu’on a trop banalisé cet événement plein de signification, alors que c’est de là qu’est issu notre propre baptême. Il ajoute que Jésus lui-même s’est fait baptiser des mains de Jean par un geste de purification qui inaugure l’imminence du Royaume des cieux.

Le cardinal rappelle aussi que ce baptême est, à l’époque, le rite de passage pour les nombreux païens attirés par le judaïsme et qui désirent faire un pas vers l’alliance avec le Dieu d’Israël. On ne leur demande pas nécessairement la circoncision mais simplement un baptême d’eau signe de purification intérieure des imprégnations païennes. On les appelle les craignant-Dieu et ils sont très nombreux. Le charisme prophétique de Jean Baptiste les touche, tout comme il touche de nombreux pratiquants du Temple en recherche d’une cohérence entre la Parole de Dieu et leur façon de vivre.

Prophétique, c’est toute l’existence de Jean Baptiste qui l’est, dès le départ : les évangiles nous décrivent sa naissance miraculeuse d’une femme stérile, nous savons que très tôt il a choisi un mode de vie austère, en accord avec son enseignement axé sur la pénitence et la conversion.  Il vit dans le célibat, la pauvreté, par obéissance à l’appel intérieur qu’il a ressenti  d’annoncer à tous l’imminence des temps nouveaux. Des foules de personnes de toutes catégories sociales et de toutes origines culturelles viennent à lui, au point que les autorités s’inquiètent, et lui font demander : mais enfin, qui es-tu ? Cette question cache une interrogation plus forte : ne serais-tu pas le Messie tant attendu ?…

Jean répond sans hésiter qu’il n’est ni Elie, ni le Messie. Il est le précurseur, celui qui prépare la route à l’Envoyé de Dieu. Mais Jean l’annonce d’une manière énigmatique : « il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ». Invitation à se mettre en recherche, à discerner quel est le profil de celui qui doit venir au nom du Dieu sauveur, en consonance avec l’histoire sainte.

Et Jean cite le prophète Isaïe, car s’il n’existe pas de portrait-robot du Messie, c’est seulement à partir des signes concrets dans la vie du peuple qu’on le reconnaîtra : il ne viendra pas de manière grandiose et écrasante, il viendra à la rencontre des petits et des pauvres ; avec humilité, il apportera libération et consolation à ceux qui souffrent des multiples blessures et déceptions de l’existence.

Cet appel nous concerne nous aussi. Si nous voulons accueillir Celui qui vient, il nous faut nous retrouver sur le même chemin que celui ouvert par Jean Baptiste pour préparer sa venue. Cela nous demande de ne pas nous contenter d’un regard complaisant sur nous-mêmes et d’un regard désenchanté sur le monde; cela va même nous obliger à nous convertir, c’est à dire à désapproprier de notre ego, afin de découvrir ce qui, en nous, a besoin d’être aplani, redressé, amélioré, pour que le passage du Messie puisse avoir lieu dans nos vies. Isaïe avait dit que le Messie libérerait les captifs.

Captifs, nous le sommes peut-être de beaucoup de choses: de nos habitudes, de nos biens, de notre pouvoir, de notre image. Les choses auxquelles nous tenons, nous devons nous demander si ce ne sont pas elles qui nous tiennent! Nous sommes sans le savoir trop prisonniers de nos envies et de nos prétentions.

Quant à la pauvreté, elle nous concerne aussi. Nos vies étrangement si « remplies » par tellement de choses peuvent paradoxalement se retrouver extrêmement vides de l’essentiel : au-delà des banalités matérielles ou des futilités, le plus important c’est la relation avec Dieu, le respect et l’amour des autres, toutes les valeurs spirituelles qui devraient rester prioritaires.

Il y a donc du manque, de la pauvreté spirituelle en nous, et en être conscients, c’est déjà avoir fait un grand pas, c’est entendre l’appel de Jean-Baptiste qui nous rend plus lucides et qui nous prépare à recevoir le message libérateur du Messie..

Nous redécouvrir en attente des bénédictions du Royaume, nous désencombrer de ce qui gêne notre marche en avant, nous purifier intérieurement, c’est le baptême intérieur – la purification – à laquelle nous sommes aujourd’hui conviés si nous voulons nous préparer à accueillir consciencieusement le Fils de Dieu à Noël.

La phrase de Jean Baptiste reprend alors tout son sens: il y a parmi nous quelqu’un que nous n’arrivons pas à reconnaître en ce qu’il est vraiment. Et pourtant, une trace lumineuse a déjà balisé le chemin du Royaume, et les témoins de cette lumière n’ont pas manqué depuis des générations et des générations de croyants à travers les époques.

A peine perceptible dans certains cas, éblouissante dans d’autres circonstances, cette lumière nous est de nouveau confiée, c’est la lumière de l’avent. Elle doit, elle peut grandir en nos cœurs, semaine après semaine, pour laisser exulter notre louange dans la nuit de la Nativité où nous chanterons « gloire à Dieu et paix sur terre ».

A nous de savoir comment dire à notre entourage: il y a quelqu’un de vivant au milieu de nous, il y a en nous le mystère du royaume de Dieu qui s’accomplit avant de paraître un jour aux yeux de tous. Comment trouver les mots justes pour engager la discussion dans notre entourage ?…          L’avent est ce moment privilégié où devrait descendre en nous la paix de Dieu pour nous apaiser, nous pacifier. Ainsi, nous serons plus à même de laisser transparaître quelques reflets de la gloire de Dieu, et cela se réalisera si nous donnons au Christ davantage de présence dans nos vies.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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