Publié par Eduardo Mackenzie le 9 décembre 2020

Le sénateur communiste Ivan Cepeda continue sa sinistre campagne de persécution contre le professeur d’histoire Darío Acevedo Carmona. Celui-ci est le directeur du Centre de Mémoire Historique (CNMH), un organisme officiel créé en 2011 pour exposer les faits d’un conflit armé de plus de 60 ans en Colombie.

Mais comme le professeur Acevedo ne fait pas une présentation à la sauce communiste, et conteste avec succès  les  diktats idéologiques d’où qu’ils viennent, Ivan Cepeda a fini par sommer  la JEP (Justice spéciale de paix), une cour de justice ouvertement pro FARC (1), de rejoindre l’indigne cabale. Et la JEP, bien que n’ayant pas compétence en la matière, a obtempéré.

Cette acceptation pose le problème constitutionnel de l’auto-extension des pouvoirs de la JEP.

Ainsi, le journal El Espectador informait le 1er décembre dernier que les anciens directeurs et l’actuel directeur du CNMH, ainsi qu’une trentaine de témoins,  seront « entendus par la JEP » entre le 14 et le 21 décembre prochain.  L’article précise que la JEP cherche à savoir si le principe directeur du Musée de la Mémoire, une création du CNMH, « a été modifié » par le directeur Darío Acevedo. Le but de la manœuvre est  d’infliger à l’historien Dario Acevedo une certaine ligne politique et obtenir son limogeage s’il n’accepte pas un tel oukase.

La querelle sur la question du Musée de la Mémoire est purement artificielle. C’est l’angle d’attaque choisi par Ivan Cepeda car ses autres manœuvres contre le professeur Acevedo ont échoué. Le sénateur cherche à subvertir l’orientation du CNMH pour collapser son  indépendance. Cepeda veut y disposer d’une marionnette qu’il puisse manipuler à sa guise, à la place d’un vrai directeur.  

Ce chef communiste est un expert en la matière. Il y a quelques mois il a réussi à faire assigner à résidence l’ancien président Alvaro Uribe, au moyen d’un procès forgé de toute pièce. Il ne décolère pas depuis qu’Álvaro Uribe a retrouvé sa liberté. En bon communiste, Cepeda est un farouche ennemi des libertés d’autrui. Il est obsédé par Darío Acevedo car il ne veut pas suivre la doxa de l’extrême gauche consistant à empêcher que le monde connaisse les ravages du communisme en Colombie.

La question du principe directeur du Musée est simple, mais l’extrême gauche tente de  montrer cela comme un dossier complexe qui ne peut être tranché que par la JEP. Elle estime  que le principe directeur de 2016 est « définitif ». Mais les archives du conseil d’administration de la CNMH montrent que ce texte est un brouillon. Normal: en 2016, l’idée du musée commençait à peine à être fixée. La loi colombienne exige que le Centre consulte des organisations de victimes, des groupes de la société civile, le monde universitaire et la coopération internationale, afin de réunir des avis pour parfaire le principe directeur. C’est ce que fait Darío Acevedo depuis qu’il a été nommé directeur du CNMH, en mars 2019.

Ivan Cepeda et le parti FARC, dirigé par alias Timochenko, objectent qu’ils « ne veulent pas d’un musée de l’horreur ». Ils veulent que les crimes épouvantables des FARC et des autres bandes armées soient dissimulés. Ils veulent un musée-imposture, un musée qui cache surtout les atrocités que les guerillas ont commises contre les Colombiens. Ils veulent un musée qui justifie les crimes du communisme en Colombie pendant plus de 60 ans.

Une telle prétention est abjecte. C’est comme si le mémorial Yad Vashem de Jérusalem, construit à la mémoire des victimes de la Shoah perpétrée par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, avait pour but d’adoucir la réalité de l’antisémitisme et l’extermination des Juifs dans les pays occupés par l’Allemagne d’Hitler. C’est comme si les monuments et les musées dédiés aux crimes du communisme (à Varsovie, Prague, Londres, Vienne, Kharkov, Sofia, Riga, Cracovie, Zagreb et Baltimore), c’est comme si le Musée du génocide cambodgien (à Phnom Penh) essayait de camoufler ou de déguiser les crimes du communisme (2). C’est comme si le musée de Johannesburg cherchait à masquer les horreurs de l’Apartheid.

Dans ces musées, les crimes du communisme, du nazisme, de l’esclavage et de l’Apartheid ne sont pas dissimulés. À travers des films, des photos, des vidéos, des livres, des journaux, des fichiers, des affiches et de toute sorte d’objets, ces atrocités sont montrées, expliquées, analysées, en détail et sans filtre, pour que personne n’oublie, pour que la mémoire de l’Humanité ne soit pas détruite ni déformée par les misérables survivances politiques des totalitarismes.

Ivan Cepeda veut que le musée de la mémoire exhibe des métaphores botaniques et des poèmes mièvres (c’est ce qu’il appelle «les axes de l’eau, de la terre et du corps») selon le  principe directeur de 2016, au lieu de faire une présentation objective de la barbarie narco-communiste en Colombie.

Darío Acevedo n’a « modifié » aucun principe directeur du Musée de la Mémoire. Au contraire, il s’acquitte de son devoir d’historien indépendant : montrer les faits les plus importants du conflit armé colombien. Cependant, la JEP ne veut pas entendre ses arguments. La JEP pense interroger 30 personnes mais pas le directeur Acevedo.

La JEP entend recueillir toutes sortes de témoignages contre Acevedo, sans qu’il puisse réagir à temps à cette manipulation. Il s’agit d’un processus sans équité, sournois, brutal,  typiquement mao-stalinien.

Les normes qui régissent la CNMH disent que le Centre et le Musée de la Mémoire doivent respecter le droit à la vérité sur les violations survenues pendant le conflit armé interne. Ces normes ne demandent pas de maquiller les faits, ni de faire des évocations poétiques ni de justifier ces atrocités répétées (qui se poursuivent encore aujourd’hui).

Suivre la ligne du texte de 2016, c’est inciter le Musée de la Mémoire à triturer les faits et à trahir les victimes. A cacher la réalité de la plus grande tragédie colombienne.

Le pire c’est qu’Ivan Cepeda vient de recevoir des remerciements publics d’alias Jesús Santrich, un chef des FARC, fugitif et incorporé de nouveau à une bande terroriste.

Après avoir contribué à empêcher la justice de punir les crimes des FARC, le sénateur Ivan Cepeda souhaite un musée qui dise aux victimes qu’elles ne sont pas des victimes car les FARC n’ont jamais commis des crimes ni ont été des agresseurs, mais des « défenseurs du peuple ». Après avoir perdu au bénéfice des FARC le combat pour la paix avec de la justice,  la Colombie risque à présent de perdre la bataille de la mémoire des crimes du communisme sur son propre sol.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

  • (1).-La JEP est une concession faite par le gouvernement de Juan Manuel Santos aux FARC au cours des « négociations de paix »  à La Havane (2012-2016). Il s’agit d’un tribunal destiné à empêcher que les chefs des FARC soient arrêtés et jugés par les autres tribunaux pour les crimes qu’ils ont commis. Une grande partie de l’opinion demande l’abolition de la JEP. Grâce à la JEP, aucun chef des FARC n’a été arrêté ni condamné. Mieux : la JEP a aidé Santrich à sortir de prison (car il avait été arrêté après avoir été filmé en train de négocier l’exportation aux Etats-Unis d’une cargaison de cocaïne, après la signature de « la paix », et un juge américain avait demandé son extradition). Il a fui en juin 2019 vers le Venezuela où il serait sous la protection de Nicolas Maduro.
  • (2).-Le gouvernement de Poutine s’oppose à l’idée de l’Ong russe Memorial de construire le Musée de la Mémoire du Communisme en l’URSS. Memorial a fait un excellent travail sur les victimes du stalinisme mais il a dut se limiter à créer un musée virtuel en ligne sur le Goulag.
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