Publié par Abbé Alain Arbez le 15 décembre 2020

On est parfois stupéfait des extrapolations tirées du récit de la Nativité. L’amalgame anachronique de concepts idéologiques actuels avec les événements liés à la naissance d’un petit enfant de Judée, nommé Yehoshua, rend la réalité historique et le sens spirituel de l’événement indéchiffrable.

Il n’est que de constater les récupérations hasardeuses d’un enfant Jésus subitement privé de sa judéité et de son époque, pour être transformé en réfugié du Moyen Orient, y compris dans les documents ecclésiastiques officiels complaisants. Arafat avait abondamment procédé à cette captation d’héritage spirituel en faisant de Jésus le premier feddayin palestinien !

Mais on trouve aussi des commentaires de presse humanitaire qui intronisent l’enfant de Bethléem comme le premier nouveau-né « sans papiers ». Retournement de situation plutôt paradoxal puisque l’on peut lire dans les évangiles que Joseph et son épouse Marie se sont rendus à Bethléem, à la demande expresse des autorités romaines, précisément pour y décliner leur identité et se faire enregistrer officiellement avec leur nouveau-né! Le contraire de la clandestinité…C’est dans le même ordre d’idées que le 19ème siècle n’a pas hésité à mythologiser Joseph, père adoptif de Jésus : à partir du fait qu’il était charpentier, il s’est ainsi retrouvé promu figure emblématique des prolétaires ! A tort, car s’il est vrai que tout travailleur, même au bas de l’échelle sociale est digne de reconnaissance et de respect, on sait aujourd’hui que le statut de charpentier dans la Judée du 1er siècle correspond à celui d’un homme instruit et aisé, qui gagne bien sa vie, du fait de sa compétence artisanale polyvalente (il est en effet performant dans la réalisation de poutraisons pour les toitures, comme dans la fabrication de meubles et d’objets d’art, parfois même dans la taille de pierres de construction).

Quoi qu’il en soit, le récit édifiant de la naissance de Jésus chez Matthieu et Luc est porteur d’espérance. C’est pourquoi rien n’autorise à le récupérer au service d’une idéologie partisane et horizontale. Cela veut dire que l’utilisation souvent orientée du récit de la Nativité confirme la fragilité de cet événement survenu dans la plus grande humilité.

Mais cette vulnérabilité, signe de la compassion et de la proximité de Dieu, fait partie, avec tout le réalisme possible, de l’identité de Jésus et de la mission qu’il a assumée. Nous savons que cet enfant instruit dans la Torah est devenu le maître d’un nouvel art de vivre au sein d’un peuple témoin environné de nations païennes hostiles. Jésus a clairement choisi de dépasser tous les clivages, anciens et modernes, pour offrir à tous un chemin d’humanité guidé par l’Esprit, libéré des manipulations politiciennes et axé sur la réalité appelée Royaume de Dieu, avenir messianique toujours espéré et attendu par son peuple, Israël et Eglise.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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