Publié par Abbé Alain Arbez le 1 janvier 2021

Le 1er janvier, nous célébrons Marie sous le titre de « mère de Dieu ». Bien sûr, le Dieu Père, transcendant et créateur du monde n’a pas besoin de mère humaine. Mais Marie est mère de Jésus, le Fils en qui le Père nous a rejoint en notre humanité pour accomplir pleinement l’alliance entre Dieu et l’humain.

Quand nous affirmons Marie mère de Dieu, nous ne faisons rien d’autre que célébrer Jésus, en qui Dieu a été reconnu pleinement présent. Car Jésus n’est pas un homme qui se serait hissé par lui-même à la hauteur de Dieu, à la manière des héros grecs de la mythologie tel Prométhée. Mais, à l’inverse, Dieu a choisi le visage et l’humanité de Jésus – grâce à Marie – pour nous rejoindre en notre condition terrestre et nous révéler, de l’intérieur de nous-même, la force de son amour.

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Ce titre de mère de Dieu n’est pas une invention, et il ne provient pas – comme certains esprits rationalistes l’ont un peu vite déclaré – de la mythologie antique : en effet, certains ont parfois pensé que le titre de mère de Dieu donné à Marie au concile d’Ephèse s’expliquait par le culte de la déesse-mère Artémis célébré dans la même ville : or il se trouve que l’expression préexiste déjà dans la tradition juive, puisque, dans un targoum du Cantique des cantiques, ou dans le midrash Sifra lev, on découvre que la cité sainte de Jérusalem est considérée comme mère de Dieu, par le fait qu’elle recèle en elle la présence divine et qu’elle dispense la vie à ses enfants.

A partir de cette tradition ancienne, c’est même tout Israël qui est surnommé mère de Dieu, du fait que le peuple choisi est comme une matrice spirituelle qui dévoile au monde le mystère de la présence divine et ses bienfaits. Si l’évangile d’aujourd’hui nous propose d’admirer Marie, vraie fille d’Israël, avec son nouveau-né dans l’étable de Bethlehem, c’est bien pour insister sur l’incarnation, et donc sur le concret de ces événements. Nous retrouvons la proclamation de la bonne nouvelle de la nuit de Noël :

Dans la nuit étoilée, animée par le chant des anges, Jésus couché dans la crèche est reconnu comme avenir de son peuple, non par des notables ou des officiels, mais par les bergers du voisinage. Voici devant  eux un petit enfant, fragile, offert à Israël comme un cadeau riche de sens – comme l’avait annoncé Isaïe – chargé de toute une espérance pour l’ensemble des nations. Sa royauté n’est pas de ce monde, elle est digne des plus hautes valeurs de la tradition d’Israël qui met Dieu au centre de tout. Cet enfant, jour après jour, va « grandir en taille et en sagesse« … sous le regard aimant de sa mère Marie et de celui qui la soutient dans cette mission particulière, son père adoptif Joseph.

Si Jésus est né à Bethlehem, c’est que ce hameau est le lieu d’origine de David, lui-même petit berger devenu roi. Il s’agit de Bethlehem de Judée (c’est à dire pays des Juifs), et Jésus grandira et sera éduqué à Nazareth, en Galilée, au sein d’une famille observante, pratiquante. C’est à partir de là que Jésus va peu à peu s’imprégner des rites et des coutumes de l’Alliance, ce qui le préparera à devenir par la suite un rabbi, un homme de parole et d’actionpour lequel la cause de Dieu et la cause de l’homme ne font qu’un.

Car si l’enfant Jésus est couché dans la mangeoire de l’étable, c’est parce qu’il viendra donner son enseignement et même sa personne en nourriture à son peuple. Comme l’avait été le roi Salomon d’après le livre de la Sagesse, Jésus qui est né dans la cité royale de David, est lui-même soigneusement, royalement, emmailloté dans ses langes. Nous voyons bien que ces détails ne sont pas anecdotiques mais surtout bibliques et théologiques, pour rappeler la continuité. Jésus est né dans l’extrême simplicité, sur la terre battue d’une étable, mais il naît aussi et surtout sur le terrain biblique qui est celui de sa famille et celui des anawim.

Le 8ème jour après sa naissance a lieu une première fête : Jésus, fils de Marie, adopté par Joseph, et de lignée davidique, reçoit son nom : Yehoshua (le Dieu d’Israël sauve). Toute la parenté et ses amis réunis célèbrent alors dans la joie sa brith mila, la circoncision, comme le signe qui marque son entrée dans l’Alliance avec Dieu, c’est à dire son statut de membre du peuple d’Israël, héritier d’Abraham sur la terre promise et attentif à la loi de Moïse. Puis, 31 jours après sa naissance, 2ème événement : Jésus sera porté au Temple pour sa présentation, le pidyon ha Ben, rite par lequel l’enfant premier-né est « racheté » en mémoire de la Pâque, cela pour rappeler qu’Israël est le peuple premier-né de Dieu, appelé à entraîner à sa suite les autres peuples vers leur propre naissance à la vérité.

On comprend comment, par ces démarches religieuses pédagogiques, Jésus va trouver sa place et assumer sa propre destinée à travers des repères spirituels forts: les prières, les célébrations, les fêtes et les pèlerinages. Tous ces gestes significatifs l’auront enraciné chaque jour un peu plus dans l’appartenance au peuple saint et sacerdotal dont nous parle l’Ecriture.

Marie joue un rôle majeur dans ces étapes de la vie de Jésus. C’est sans doute pour  anticiper ce qui advient qu’elle est, comme toute maman, en contemplation devant son enfant. Mais elle médite intérieurement ce qui lui est arrivé, à elle la comblée de grâces, elle réfléchit surtout à ce qui s’annonce au sein du peuple de Dieu et elle est dans l’expectative.

Luc précise : Marie retient tous ces événements et les médite en son cœur…Méditer en son cœur, c’est une expression typiquement biblique, fréquente dans le Premier Testament : Dieu qui sonde les reins et les cœurs.

Les reins et les cœurs symbolisent ensemble ce qu’on appelle la vie intérieure du croyant. Dans la spiritualité biblique, les reins, ce sont les émotions et les passions. Le cœur, c’est tout ce qui relève de la conscience.

On réagit avec ses reins, et on réfléchit avec son cœur, on médite et on prend des décisions avec son cœur. Marie qui médite en son cœur est l’exemple même du croyant qui intériorise les événements afin d’en tirer des conclusions constructives pour sa vie. Il est vrai qu’aucun événement qui nous arrive n’est insignifiant, même le plus banal, même le plus éprouvant peut déboucher sur d’heureuses conclusions.

Nous voici au seuil d’une nouvelle année, et après les vicissitudes de 2020 nous ne savons pas ce que 2021 nous réserve. Ne soyons pas comme les fatalistes qui s’imaginent que tout est déjà écrit d’avance !

Comme si le scénario de notre vie était déjà fixé par la Providence et qu’il ne restait plus qu’à enfiler le costume pour tenir le rôle! En réalité,  notre temps sera aussi fait de nos choix et de nos décisions, la qualité de notre vie sera le fruit de nos engagements et de nos efforts, comme réponse aux offres de Dieu.

Avec Marie, préparons-nous à vivre ces mois à venir comme des opportunités qui nous seront offertes par Dieu : rien n’est impossible à Dieu et comme avec Marie il peut féconder en nous ce qui semblait inconcevable, il peut réveiller dans nos cœurs des qualités et des capacités insoupçonnées qui restaient en sommeil.

En célébrant Marie la mère de Dieu fait homme, demandons à Dieu d’incarner sa Parole dans le déroulement de nos existences, une parole libératrice qui, à travers nous, sera communicative de son amour et fera de nous des artisans du Royaume à venir.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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