Publié par Gaia - Dreuz le 14 janvier 2021

Source : Leparisien

Dans une tribune au Parisien – Aujourd’hui en France, Guillaume Didier revient sur l’affaire du « Mur des cons », à l’approche du procès pour injures publiques, qui se tiendra du 4 au 7 décembre à Paris.

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Guillaume Didier, magistrat en disponibilité, associé du Cabinet vae solis

« Mes chers collègues, depuis que j’ai découvert ma photo épinglée sur votre mur des cons* pour avoir été porte-parole du ministère de la Justice pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, je vous en veux. Pourtant, aux côtés de parents d’enfants assassinés, de journalistes, d’élus ou de personnalités raillées sur leur physique, ma présence sur votre tableau de chasse m’est apparue dans un premier temps insignifiante.

Puis j’ai réalisé que peut-être, un jour, on se retrouverait à siéger ensemble en audience, puis à délibérer en conscience, pour trancher, par exemple, de l’innocence ou de la culpabilité d’un prévenu. Comment alors garantir au justiciable, dont le sort est entre nos mains, la sérénité de la justice, quand des juges en injurient d’autres au seul motif qu’ils n’auraient pas les mêmes opinions politiques ou qu’ils sont en désaccord sur des réformes de la justice ?

Nous avons suivi la même formation à l’Ecole nationale de la magistrature. Votre comportement donne du crédit à ceux qui pensent que notre école forme des bataillons de magistrats corporatistes, politisés et fermés. La réalité est tout autre : on nous y enseigne l’ouverture d’esprit, le respect de l’opinion adverse, la force du débat contradictoire et la culture du doute. La vérité est aussi que notre diversité d’origines sociales, encore perfectible, la variété de nos sensibilités politiques, philosophiques, religieuses, mais aussi la complémentarité de nos parcours professionnels sont une richesse précieuse lorsque nous devons statuer et rendre la justice dans nos juridictions.

Votre réaction, à l’occasion de cette crise, a été catastrophique. Arrogante et sans empathie, elle a amplifié le scandale et gravé durablement dans la mémoire des Français votre triste initiative. Depuis six ans maintenant, les dégâts causés dans l’opinion publique sur l’image de la magistrature restent immenses. Ce mur est désormais pour nombre de nos concitoyens le symbole d’une justice qui serait militante et partiale. La justice et les professionnels qui la servent méritent d’être défendus. C’est évidemment une des missions des syndicats de magistrats, en particulier du vôtre, dont le nom, Syndicat de la magistrature, engage particulièrement.

Mais sachez-le, les propos de Nicolas Sarkozy comparant les magistrats à des petits pois ou ceux de François Hollande qualifiant notre institution de lâcheté auront finalement moins marqué l’esprit des Français et abîmé notre justice que votre mur des cons. Pour cela, oui, je vous en veux. »

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