Publié par Mireille Vallette le 20 janvier 2021

Oui, des industriels helvètes fabriquaient des tchadors. Mais tout se gâte au début du règne de Khomeiny.

Je suis heureuse de vous faire découvrir un pan de notre histoire. Cette enquête est parue le 7 février 1981 dans Libération sous la signature de Patrick Berthreu. Deux ans et demi après la sinistre Révolution islamique, le quotidien adulé par l’extrême gauche n’a pas encore fait son coming out féministe sur le sujet.

Voici donc un article bien écrit, léger et désinvolte, qui nous révèle une page d’histoire économique de notre pays. Résumé.

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D’abord, l’envoyé spécial de Libé à Zurich fait une allusion au bon vieux temps et nous révèle que la Suisse vendait des tchadors. Et des meilleurs!

Tout le monde s’accorde à reconnaître la suprématie du tchador suisse et sous le règne de Reza Palhavi, on se l’arrachait à 130F le mètre au bazar de Téhéran.

Mais pour les fabricants, le ciel se couvre, comme les femmes iraniennes. Contraintes et forcées, mais ce n’est pas leur problème, ni celui du journaliste. Jean Veillon, directeur de l’exportation des établissements Schwarzenbach était «enchanté au départ par le retour en force du voile sur les visages des Iraniennes, recommandé avec insistances par les mollahs».

Tout se déglingue ensuite. Entre concurrence asiatique, nationalisme et baisse des prix, les mécréants suisses ne peuvent pas suivre.
Pourtant, dans ce domaine aussi, la force de notre production, c’est la qualité. Jean Veillon :

A la sortie des métiers, le tissu plat et blanc est bouilli et teinté de noir. Le fil de viscose se rétracte et fait le gondolé qui donne le relief aux motifs. Ce cloqué n’a rien à voir avec celui des Japonais, Coréens et Formosans qui fabriquent des tchadors de tous les jours à très bas prix.

Ce cloqué était d’abord destiné à la fabrication de kimonos. Berthreu :

Les Iraniens l’apprennent par hasard: ce joli tissu conviendrait bien pour faire des voiles. A raison de 6 mètres par tchador, la Suisse n’a pas hésité à convertir sa production japonaise à la religion musulmane.

Et l’on passe, comme la deuxième firme Gessner, d’une charmante coutume à une autre. Mais après les premiers tourments des fabricants, voici l’apparition d’un troisième larron, Peter Sidler, qui s’occupait d’exportation pour les deux premières. Il crée Sibromex… et casse les prix.

Les Schwarzenbach s’indignent, relate le journaliste. « On n’accepte pas dans l’illustre famille de se faire griller par un nouveau qui flirte sans pudeur avec les Islamiques»

Si Gessner abandonne et se reconvertit dans la cravate, Veillon prépare «la contre-offensive» et en découvre le secret au reporter :

Une porte qui s’ouvre sur un vacarme d’enfer, des navettes qui s’affolent. Le tissu blanc sort de la machine. Pas de doute, c’est du tchador, du vrai. Ces vieilles machines des années trente tissent à peine 28 mètres par jour. Il faut une tisseuse pour surveiller 4 métiers… La qualité va de pair avec la lenteur.

Son astuce : la contrebande. Mais pas seulement : « De confidences en confidences, j’apprendrai également que la Suisse a plus d’un tchador dans son sac. «Si l’Iran n’en veut pas, nous vendrons à l’Arabie Saoudite » lui révèle Veillon..

Mais une autre entrave survient : « l’Iran est encore venu une nouvelle fois fausser le jeu en guerroyant avec l’Irak. »

Malgré les menaces de Veillon, le journaliste s’en va voir « le traitre », patron de Sibromex. Lorsque celui-ci est allé à Téhéran deux mois plus tôt, les importateurs vantaient les bas prix des Asiatiques et se demandaient pourquoi acheter une meilleure qualité. (C’est vrai, après tout, ce ne sont pas eux qui les portent !)

Mais tout est bien qui finit (très provisoirement) bien :

A force de pleurnichage, ils m’ont dit on ne peut plus vous payer comme avant. On peut à la rigueur à 25F, c’est à prendre ou à laisser. Au dixième thé, ils ont accepté 30F et on s’est embrassé.

Alors que la petite guerre se poursuit entre fabriquant, les derniers espoirs d’exportation s’effacent. Et c’est ainsi qu’un nouvel et précieux savoir-faire disparait…

Ils couvrent un peu, beaucoup, à la folie…

En 1979, l’Occident découvre ce que réservent aux femmes les islamistes khomeynistes. Je sortais des luttes féministes lorsque j’ai découvert, quelque peu abasourdie, ce tchador. C’est une pièce de tissu semi circulaire qui part des cheveux. Ouverte sur le devant, elle est tenue par les mains, ou en entourant ses extrémités autour de la taille.

Mais la créativité islamique s’exprime dans de nombreux autres éléments du vestiaire féminin.

Le niqab (couvre-chef noir, comme le reste) ne laisse voir que les yeux, il est surtout porté en Arabie saoudite. Là-bas, les femmes doivent aussi enfiler une longue robe, l’abaya, et un voile, « assez épais, pour cacher ce qu’il couvre », nous dit joliment Wikipédia. D’après la charia saoudienne, les femmes sont autorisées à dévoiler un œil, voire les deux si nécessaire, afin de décourager l’emploi du maquillage. En Europe, où le niqab se multiplie, les savants autorisent les femmes à garder leurs deux yeux visibles.

En 2001,en Afghanistan, c’est la version ultime de cette disparition du corps, la burqa ou tchadri, qui nous est dévoilée. Même les yeux sont dissimulés derrière une grille.

Le jilbab, fréquemment porté en Suisse mais peu connu des citoyens, se situe entre le niqab et le hijab. C’est un long voile qui cache l’intégralité du corps et le tour du visage.

D’autres variantes existent, par exemple un masque en cuir ou en métal qui sert à dissimuler le visage des femmes, mais aussi à gêner l’expression orale, « jouant le rôle d’une sorte de ceinture de chasteté du langage. » Il se porte avec une abaya.

Voilà. C’est une des facettes de ce que les islamistes appellent « l’extraordinaire diversité de l’islam ». Les courants musulmans, les nôtres et ceux d’ailleurs, dont l’Organisation de la conférence islamique y sont très attachés, raison pour laquelle lorsque l’un de ces attributs menace d’être interdit, comme le niqab en Suisse le 7 mars, ils s’élèvent avec vigueur contre cette atteinte à la liberté et à la diversité. Le reste du temps, ils posent un regard fier sur ces indices de piété féminine.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Mireille Valette

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