Publié par Dreuz Info le 13 février 2021

Source : Danielpipes

Tout le monde connaît la querelle qui oppose juifs et musulmans sur les prétentions à gouverner Jérusalem, avec d’un côté le mensonge palestinien consistant à affirmer que Jérusalem ne joue aucun rôle dans le judaïsme et de l’autre la réfutation pro-israélienne selon laquelle le Coran ne fait aucune mention de Jérusalem.

Mais il existe un autre sujet de discorde brûlant, quoique moins connu, à propos de Jérusalem (en arabe : Al-Qods) et qui porte non pas sur le droit de gouverner la ville mais bien sur l’autorité exercée sur le Mont du Temple (en arabe : Al-Haram ash-Sharif), ce lieu saint abritant deux édifices anciens et sacrés, le Dôme du Rocher (construit en 691) et la mosquée Al-Aqsa (705). Cette lutte complexe aux vastes implications englobe principalement cinq acteurs musulmans à savoir : l’Autorité palestinienne (AP), le Royaume hachémite de Jordanie, le Royaume d’Arabie Saoudite, la République de Turquie et le Royaume du Maroc. Chacun présente des forces et des objectifs distincts.

Le Mur occidental, le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa.

Autorité palestinienne. Le contrôle du Mont du Temple est absolument essentiel à la mission de l’AP. Les ressources économiques et militaires d’un État lui font peut-être défaut mais l’AP dispose de deux pouvoirs uniques, la gestion quotidienne (grâce au respect israélien) et un large soutien international dans ses prétentions à gouverner Jérusalem-Est. Ces deux pouvoirs, l’Autorité palestinienne les entretient avec zèle en intimidant Israël avec ses appels à l’indignation des musulmans et à l’antisionisme de la gauche. En tant que dirigeant effectif de l’esplanade du Mont du Temple, l’AP incarne la puissance du statu quo résistant à tout changement.

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Jordanie. Amman bénéficie de nombreux privilèges officiels mais dispose, sur le terrain, d’une marge de manœuvre infime. Le traité de paix israélo-jordanien de 1994 stipule : « Israël respecte le rôle spécial actuel » de la Jordanie sur les « sanctuaires musulmans de Jérusalem » et accorde « une priorité élevée au rôle historique de la Jordanie sur ces sanctuaires. » C’est à tort qu’un érudit traduit ce principe en une prétendue garde « assortie d’obligations de maintien, de protection et de régulation de l’accès aux sanctuaires. » En effet, Israël collabore avec les rois jordaniens relativement amicaux pour masquer leur impuissance car ce prétendu « rôle spécial » est, selon les termes de Nadav Shragai, « le clef de voûte qui renforce leur pouvoir monarchique et confère à celui-ci une légitimité face aux éléments extrémistes islamistes en Jordanie. Une présence affaiblie sur le Mont – chose que la Jordanie redoute – contribuerait aussi immanquablement à saper la stabilité du royaume au point de constituer pour ce dernier une menace existentielle. »

Arabie Saoudite. Les Saoudiens manquent d’influence mais aspirent vivement à exercer un certain pouvoir dans le but de renforcer leur position internationale. John Jenkins, ancien ambassadeur du Royaume-Uni à Riyad, en explique les raisons : « L’Iran a toujours contesté la légitimité de la garde exercée par les Saoudiens sur la Mecque et Médine. Si ces derniers pouvaient ajouter un troisième sanctuaire à leur liste, ils renforceraient leurs prétentions de dirigeants [religieux] incontestés du monde islamique. » Les Israéliens pourraient donner à Riyad ce pouvoir et dans le même temps proposer un traité de paix attractif et affaiblir le contrôle palestinien.

Le président turc Erdoğan (au centre) et son épouse Emine en visite sur le Mont du Temple en 2005.

Turquie. Pendant quatre siècles, soit de 1516 à 1917, l’Empire ottoman a dominé Jérusalem. Ensuite, les autorités turques n’ont soudainement plus manifesté aucun intérêt pour la cité. Ce n’est que récemment que Recep Tayyip Erdoğan a renouvelé ses prétentions sur les lieux saints de la ville, dont le point d’orgue a été sa déclaration d’octobre 2020 : « cette ville que nous avons dû quitter en larmes pendant la Première Guerre mondiale … est notre ville, une ville qui vient de nous. » Ankara a joint le geste à la parole en consacrant des dizaines de millions de dollars à la promotion de l’héritage turc de Jérusalem, en gagnant des soutiens aux prétentions de la Turquie sur le Mont du Temple et en contestant la domination israélienne. Alliés au Hamas, les Turcs ne coopèrent pas avec l’État juif qui en retour veut limiter le rôle du Hamas.

Maroc. La présidence du Comité Al-Qods de l’Organisation de la Coopération Islamique, un comité dont le Maroc abrite le siège depuis sa fondation en 1975, confère aux souverains marocains une certaine influence sur le Mont du Temple – et ce, malgré la distance de 4000 kilomètres. Le comité compte également une filiale, l’Agence Bayt Mal Al Qods, qui finance les intérêts islamiques à Jérusalem en faisant don de tapis de prière, en construisant des maisons, en aidant aux rénovations, etc. Symboliquement, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a prié à Al-Aqsa en mars 2018 pour envoyer « un message fort de soutien à la cause palestinienne. » Sur les questions relatives au Mont du Temple, les rois marocains s’allient généralement aux rois saoudiens pour affaiblir les rois jordaniens. Gagner les bonnes grâces d’Israël a vraisemblablement joué un rôle dans la décision prise par Rabat en décembre 2020 de normaliser ses relations avec l’État juif.

Israël. Sur la question du Mont du Temple, Israël est confronté à deux acteurs hostiles (AP et Turquie / Hamas) et à trois acteurs quasi-disposés à travailler avec lui (Jordanie, Arabie Saoudite, Maroc). Jusqu’à présent, les dirigeants israéliens ont manqué d’imagination dans l’exploitation de cette rivalité dont l’impact psychologique majeur pourrait aider à remporter la victoire d’Israël. Une première idée serait d’encourager les dirigeants émiratis à rejoindre les trois autres monarques afin de saper la légitimité de l’AP. Un autre idée consisterait à relancer l’initiative d’Ehud Olmert de parrainage d’un comité chargé de superviser les lieux saints islamiques de Jérusalem.

Le gouvernement israélien devrait peut-être collaborer avec (de gauche à droite) les rois de Jordanie, d’Arabie Saoudite et du Maroc.

La balle est maintenant dans le camp d’Israël.

Par Daniel Pipes

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