Publié par Jean-Patrick Grumberg le 18 février 2021

Le président américain Joe Biden a téléphoné au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu mercredi soir, après un retard qui avait encouragé des analystes hasardeux à faire passer leurs désirs pour des réalités, et fantasmer sur les raisons de ce retard.

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Deux communiqués ont été publiés, l’un par la Maison-Blanche (1) et l’autre par le bureau du Premier ministre israélien, et c’est pour l’heure les deux seules informations officielles disponibles sur le contenu de l’appel téléphonique qui a duré une heure.

Un appel tout diplomatique

Je savais que l’appel entre les deux dirigeants était imminent.

Mardi, lors d’un point presse, Jen Psaki a promis que l’appel aurait lieu « très bientôt », en insistant sur « l’importante relation stratégique de sécurité » entre les deux pays. Son commentaire répondait à l’étonnement des journalistes : Biden est le premier président américain depuis 40 ans qui n’a pas appelé le dirigeant du plus proche pays allié et ami que nous ayons.

J’ai lu les deux communiqués, et ils se singularisent par leur ton diplomatique lisse et sans substance. Les médias ont fait de leur mieux pour broder et enjoliver, mais l’honnêteté oblige à dire qu’on n’apprend rien, sinon que les deux hommes se sont parlés.

Certes, le communiqué du Premier ministre israélien précise que « la conversation a été très chaleureuse et amicale et s’est poursuivie pendant environ une heure. »

Evidemment, ils ont parlé de l’Iran. Evidemment, ils ont parlé de la situation régionale, évidemment Biden a rappelé « l’engagement indéfectible des Etats-Unis envers la sécurité d’Israël » et évidemment Biden « a fait part de son intention de renforcer tous les aspects du partenariat américano-israélien, y compris notre solide coopération en matière de défense » précise le communiqué de la Maison-Blanche (2).

Les deux hommes ont aussi discuté de l’avancement futur des accords de paix signés grâce à Trump – mais sans doute sans évoquer son nom – Bibi n’a certainement pas évoqué l’amitié qui le lit au 45e président.

Coronavirus oblige

Biden a félicité Netanyahu pour la réussite exemplaire d’Israël dans la lutte contre le coronavirus, et les deux ont échangé des idées sur les moyens de faire face à la pandémie, mais il n’en est fait aucune mention dans le communiqué de la Maison-Blanche (Biden patauge totalement sur le sujet, après avoir « égaré » 20 millions de doses de vaccin, et avoir cédé aux syndicats enseignants qui ne veulent pas retourner enseigner). La Maison-Blanche, en revanche, précise bien que « le président a souligné l’importance d’œuvrer pour faire progresser la paix dans toute la région, y compris entre Israéliens et Palestiniens ». On s’en doutait. Les pressions ne sont pas loin.

Mais les mêmes mots usuels et les mêmes communiqués creux ont été publiés lorsque Barack Obama était président, ce qui montre qu’ils sont à géométrie variable et ne donnent aucune idée de ce que sera la politique réelle américaine, même si l’on peut se douter que les Démocrates vont chouchouter les Palestiniens.

La difficile succession de Trump

L’engagement de Donald Trump auprès Israël n’a pas son équivalent dans l’histoire. Aucun diplomate ne lui arrive à la cheville, et il a fait plus pour Israël que n’importe qui pouvait en rêver. A l’inverse, personne n’attend d’un Biden qu’il fasse des prouesses – la vérité oblige à dire qu’il n’a rien accompli de notable en près de 50 ans de carrière. Le seul espoir légitime est qu’il ne casse pas tout à coup d’idéologie et c’est mal parti, entre l’hostilité de certains membres antisémites du parti Démocrate et le recyclage des fonctionnaires pro-palestiniens de l’ère Obama.

Israël +1, Obama 0

On se souvient que lors des élections de 2015, un Barack Obama étouffant de haine pour Benjamin Netanyahu, avait utilisé les fonds publics américains pour tenter d’aider Tzipi Livni à remporter les élections israéliennes. Obama avait osé interférer dans les affaires intérieures d’un pays étranger, et avait envoyé en Israël ses équipes au doux nom de V15 en renfort (4) pour faire battre Bibi. La manœuvre avait échoué, et Obama avait été humilié. Je peux imaginer qu’il ait pu glisser un mot à son ancien vice-président Biden en lui suggérant de ne pas appeler Netanyahu, dans le but de ne pas « aider » à sa réélection par rapport à ses opposants. Là, je spécule totalement, notez-le.

Mais la pression de l’opinion publique était trop forte, les Américains aiment trop Israël, et Biden ne pouvait pas tenir plus longtemps sans appeler son homologue israélien.

Un silence mal interprété par les experts

Il y a quelques jours, mon attention avait été attirée par les propos étrangement stupides du professeur israélien Emmanuel Navon, qui s’était hasardé à formuler des thèses conspirationnistes, en raison peut-être de son désir que Benjamin Netanyahu ne soit pas réélu.

Emmanuel Navon affirmait (3) sur Radio Qualita, une radio francophone, malgré les insistances de l’excellent journaliste :

« Biden n’a pas appelé Netanyahou car il sait qu’il ne sera pas Premier ministre après le 23 mars ».

Comment un « expert international » peut-il dire de telles âneries !

  1. Navon tombe à fond dans la théorie conspirationniste, en prêtant au président américain des intentions et des pensées dont il ne sait strictement rien.
  2. Navon dit qu’il « sait » pourquoi Biden n’a pas appelé Netanyahou. Il lit dans les pensées du président Biden ?

    De qui le sait-il ? A qui a-t-il parlé, alors qu’aucun proche de Biden et aucun officiel américain n’a fait la moindre déclaration ?

    L’attaché de presse de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a tout au contraire déclaré qu’il ne fallait tirer aucune conclusion du fait que Biden n’ait pas encore appelé Bibi.

La semaine dernière, lorsqu’on lui a demandé si ce retard était destiné à manquer de respect à Nétanyahou, Psaki a déclaré aux membres de la presse que ce n’était « pas une dissension internationale » et que Biden était « impatient d’avoir cette conversation », a rappelé Alexandra Hutzler il y a deux jours dans Newsweek (2).

https://www.newsweek.com/joe-bidens-first-call-middle-eastern-leader-will-israels-benjamin-netanyahu-1569676

En fait, Navon ne savait strictement rien !

  1. Navon affirme que Biden « sait que Netanyahou ne sera pas Premier ministre après le 23 mars ».

    Là aussi, Navon prête à Biden des dons qu’il n’a pas. Comment Biden saurait-il que Bibi ne sera pas élu ? Comment Biden peut-il, depuis Washington, savoir comment les Israéliens vont voter, alors qu’ils ne le savent pas (tous) eux-même encore ? Ca n’a aucun sens !

    Les derniers sondages donnent 62 sièges à Bibi. Nous sommes à plus d’un mois d’une élection dans un contexte volatile dominé par la vaccination, l’incertaine transition présidentielle américaine, les chamailleries politiques israéliennes nauséabondes habituelles, et une part de l’électorat n’a pas encore décidé pour qui il voterait, du fait que les alliances sont en cours.
  2. Et bien entendu, Navon lui aussi « sait » que Netanyahou ne sera pas réélu.

Conclusion

J’ai pris l’exemple d’Emmanuel Navon, pour qui j’ai plutôt de la sympathie et avec qui j’ai eu d’intelligentes conversations, j’aurai pu citer n’importe qui d’autre tant ses propos sont symptomatiques d’une époque misérable de la vie des médias. L’information est à raz des pâquerettes. Des experts renommés, par ailleurs raisonnables et bardés de connaissances et de diplômes, ont glissé vers les conversations de comptoir et la spéculation gratuite, qui ne repose sur rien, et finalement, fait perdre du temps aux gens et les induits en erreur.

En fait, Navon, comme beaucoup, parle pour ne rien dire, à tort et à travers, comme la quasi-totalité des journalistes, qui font du remplissage et dévorent votre temps disponible sans rien vous apprendre – ou en vous désinformant.

Et maintenant que Biden a appelé Netanyahaou, il doit se trouver tout bête Navon, avec ses prévisions d’expert !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. https://www.whitehouse.gov/briefing-room/statements-releases/2021/02/17/readout-of-president-joseph-r-biden-jr-call-with-prime-minister-benjamin-netanyahu-of-israel/
  2. https://www.newsweek.com/joe-bidens-first-call-middle-eastern-leader-will-israels-benjamin-netanyahu-1569676
  3. https://www.facebook.com/watch/?v=1070387086784818
  4. https://www.jpost.com/Blogs/The-View-from-Israel/Obamas-shocking-interference-into-Israels-election-process-389858

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