Publié par Dreuz Info le 19 février 2021

Voici la traduction d’un article politiquement incorrect de Dalia Ghanem* publié en anglais (en français, la censure est très forte), sur le site mei.edu (1).

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Le 26 janvier, une journaliste algérienne de la chaîne publique TV4 Tamazight, Tinhinane Laceb, a été assassinée par son mari. Deux jours plus tôt, le 24 janvier, Warda Hafedh, 45 ans, mère de cinq enfants, a été assassinée par son conjoint. Warda a été frappée à la tête à trois reprises avec un marteau et poignardée au cœur à cinq reprises. L’attaque a eu lieu devant sa fille de six ans.

Tinhinane et Warda ne sont que deux victimes parmi tant d’autres.

En octobre dernier, l’histoire de Chaïma, une jeune fille de 19 ans qui a été enlevée, violée, battue et brûlée vive dans la petite ville de Thénia, a fait la une des journaux. La vidéo poignante de la mère de Chaïma appelant le président Abdelmadjid Tebboune à ordonner la peine de mort contre l’assassin de sa fille a suscité un débat sur les médias sociaux quant à leur utilisation. La peine de mort est toujours en vigueur en Algérie, mais elle est suspendue depuis 1993 à la suite d’un moratoire. Selon les médias locaux, le président Tebboune a demandé l’application d’une « peine maximale sans possibilité de réparation ou de grâce ».

L’assassinat de Chaïma et d’autres meurtres récents ont suscité l’indignation dans toute l’Algérie. De nombreux Algériens ont exprimé leur colère sur les médias sociaux à propos de cette dangereuse tendance à la violence contre les femmes, avec le hashtag #WeLostOneOfUs sur Twitter. À Alger, Béjaïa, Constantine et Oran, des centaines de femmes ont défié les restrictions de confinement pour protester et exprimer leur colère face à l’augmentation des fémicides dans le pays et à l’inertie de l’État.

plus de 7 000 cas de violence contre les femmes ont été enregistrés en 2018

Les fémicides et autres violences sexistes se transforment en une véritable crise de santé publique.

Il n’existe pas de statistiques complètes sur la violence sexiste et les fémicides en Algérie ; cependant, les chiffres publiés annuellement par la Direction générale de la sécurité nationale (DGSN) et la gendarmerie sont inquiétants, car ils ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Les statistiques récentes de la police, telles que rapportées par les médias algériens, indiquent que plus de 7 000 cas de violence contre les femmes ont été enregistrés en 2018. Quant aux féminicides, selon la seule ressource disponible, « feminicides-dz« , un site web créé par deux militantes féministes qui suivent le phénomène et visent à faire connaître les visages et les histoires des victimes, 75 femmes de tous les milieux et de tous les âges (jusqu’à 80 ans) sont mortes aux mains de leurs partenaires intimes, pères, frères, beaux-frères, fils ou étrangers en 2019, et 54 autres en 2020.

Les châtiments corporels infligés aux femmes par leurs maris ou leurs parents masculins sont très répandus et acceptés dans la société comme méthode de discipline

Si l’État algérien a mis en œuvre depuis 2014 des réformes juridiques et institutionnelles attendues depuis longtemps pour promouvoir et protéger les droits des femmes, ces mesures n’ont pas permis de protéger les femmes contre la violence en général et la violence domestique en particulier.

Les châtiments corporels infligés aux femmes par leurs maris ou leurs parents masculins sont très répandus et acceptés dans la société comme méthode de discipline. En outre, la stigmatisation et l’hostilité de la société et des forces de l’ordre à l’égard des femmes qui se plaignent ou signalent des violences domestiques constituent également de sérieux obstacles à la protection des femmes.

Les gouvernements successifs ont échoué sur deux fronts :

  • D’une part, en élaborant une loi globale visant à renforcer la protection des femmes et à prévenir la violence domestique,
  • et d’autre part, en fournissant aux survivantes et à leurs enfants un soutien adéquat.

Les lois – et leurs défauts

Afin de mieux protéger les femmes, le législateur algérien a mis en place en 2015 une loi criminalisant le harcèlement sexuel, en élargissant son champ d’application et en renforçant les sanctions qui lui sont applicables. La loi a également modifié le Code pénal pour criminaliser la violence domestique.

  1. Premièrement, la loi ne s’applique qu’aux conjoints et aux ex-conjoints vivant dans la même résidence ou dans des résidences séparées, mais ne s’applique pas aux parents, aux couples non mariés ou aux autres membres du ménage.
  2. Deuxièmement, l’article 264 prévoit une peine d’un à cinq ans de prison et une amende pour les actes violents qui entraînent une maladie ou une incapacité de travail de plus de 15 jours. Toutefois, un certificat médical est exigé pour prouver ces faits, ce qui entrave l’accès des survivants à la justice et, par extension, à la poursuite de leurs auteurs. En outre, les actes violents qui n’entraînent pas une incapacité de travail de plus de 15 jours sont considérés comme des délits, sauf s’ils sont prémédités (par exemple, une embuscade) ou si une arme est utilisée (article 266).
  3. Troisièmement, la loi n’interdit pas la médiation et la conciliation ; en outre, l’auteur peut même bénéficier d’une réduction de peine ou éviter totalement la sanction s’il est gracié par son conjoint. La victime subit souvent une pression sociale et familiale considérable pour obtenir la grâce de son agresseur, ce qui peut la dissuader de chercher des recours judiciaires à l’avenir.
  4. Outre la pression sociale, les femmes se heurtent à un autre obstacle : le mauvais traitement de la police, qui est souvent dédaigneuse, qui les décourage de porter plainte et qui manque de diligence et de suivi lorsqu’elle mène une enquête (si elle existe).
  5. En outre, il n’existe aucune disposition relative à une ordonnance de protection, appelée « injonction », pour protéger la victime et améliorer la poursuite de son affaire. Il n’existe pas non plus de dispositions empêchant un agresseur présumé d’appeler la victime ou l’obligeant à rester à une certaine distance d’elle ou même à quitter une résidence commune. Par conséquent, la victime peut être victime de harcèlement dans le meilleur des cas et de représailles dans le pire.

Selon les commentaires par email de Nadia Aït Zai, militante féministe et fondatrice du Centre d’information et de documentation sur les droits des enfants et des femmes (CIDDEF) :

« Il existe bien une loi sur la violence domestique, mais cela ne suffit pas. Nous avons demandé des mécanismes de protection, des ordonnances de protection, ainsi qu’un guichet spécial dédié aux victimes dès leur arrivée au poste de police et jusqu’à leur départ, et même la possibilité de les placer [dans un centre d’accueil] immédiatement si nécessaire ».

  1. De plus, le Code pénal reconnaît le « crime passionnel », et l’article 279 prévoit que la personne qui tue ou blesse son conjoint bénéficie de circonstances atténuantes si son conjoint a été pris en flagrant délit d’adultère.
  2. Enfin, si les femmes peuvent divorcer de leur mari si elles sont violentes à leur égard, le viol conjugal n’est pas reconnu. La loi sur la violence domestique ne le mentionne pas, même si les chiffres sont alarmants.

10,9 % des femmes algériennes ont déclaré avoir été soumises à des rapports sexuels forcés par leurs partenaires intimes

Une enquête nationale publiée en 2005 a révélé que 10,9 % des femmes algériennes interrogées ont déclaré avoir été soumises à des rapports sexuels forcés par leurs partenaires intimes. Ce chiffre est passé à 14 % dans une étude réalisée en 2013 par le réseau Balsam, un réseau national de centres d’écoute pour les femmes victimes de violence.

Conclusion

Les médias français, qui ont tourné le dos au métier de journalisme d’information pour le journalisme d’éducation, se font régulièrement l’écho des mauvais traitements réservés aux immigrés en France, du ressentiment et de leur haine anti-français, et ne les questionnent jamais sur les mauvais traitements, le racisme, le sexisme et la haine dans leurs pays d’origine.

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  1. https://www.mei.edu/publications/algeria-war-against-women

*Dalia Ghanem est chercheuse résidente au Carnegie Middle East Center de Beyrouth, où ses travaux portent sur la violence politique et extrémiste, la radicalisation, l’islamisme et le djihadisme, avec un accent particulier sur l’Algérie.

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