Publié par Gaia - Dreuz le 21 février 2021

Source : Consultor

Le cabinet de conseil français TNP entend dénoncer le favoritisme dont aurait bénéficié le cabinet américain à qui l’État a alloué un marché pour l’aider à réduire les achats de ses « opérateurs ».

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L’objectif de ce marché à 12 millions d’euros est de trouver près de 200 millions d’euros d’économies d’ici 2022. L’audience est prévue le 16 février.

TNP Consultants ne veut pas laisser passer une « incompréhension » ou, pire, un favoritisme. Le cabinet de consultants français « hybride et indépendant » créé en 2007 et spécialisé dans la transformation digitale des entreprises attaque devant le tribunal administratif de Paris la décision de l’État d’accorder à McKinsey un appel d’offres visant à lui permettre de dégager a minima près de 200 millions d’euros d’économies d’ici 2022 dans les achats de 484 opérateurs de l’État. Il s’agit d’organismes aussi divers que l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), l’agence des participations de l’État (APE), l’Agence française de développement (AFD)…

Révélé par Le Canard Enchaîné dans son édition du 8 février, ce référé – qui sera examiné lors d’une première audience le 16 février – est rare dans la profession peu habituée à ce genre d’étalage public et de mobilisation judiciaire. 

L’attribution contestée du deuxième lot à 12 millions d’euros

Il faut dire que le marché est très significatif par son ambition de coupe budgétaire, mais aussi par son prix : 12 millions d’euros d’honoraires selon le chiffre indiqué par Le Canard Enchaîné et confirmé à Consultor par TNP. Il a logiquement attiré nombre de cabinets et quatre ont finalement déposé une offre. Si TNP Consultants est arrivé premier sur la méthodologie et le prix, il a écopé d’une très mauvaise note sur le pilotage du projet avec un choix finalement porté au concurrent américain.

« Il y a eu une incompréhension avec la direction des achats de l’État », explique à Consultor.fr Benoit Ranini, le cofondateur de TNP Consultants aux côtés de son collègue partner Guy Leturcq. Le cabinet espère donc avec ce référé que la décision de l’État sera partiellement ou même totalement annulée.

« Nous sommes un peu moins connus que McKinsey à Bercy et on considère cela comme préjudiciable parce que sur le fond, nous sommes convaincus qu’en termes de pilotage nous sommes aussi bons et performants que McKinsey. On a décidé de faire savoir qu’on n’était pas d’accord », poursuit-il.

Pour se défendre, TNP Consultants a fait appel à Me Nicolas Nahmias, un spécialiste des marchés publics, cofondateur et associé d’Adden Avocats. TNP Consultants qui compte parmi ses clients Airbus, BNP Paribas, Carrefour, Renault et quelques établissements publics comme la SNCF, la RATP ou La Poste mise beaucoup sur le développement d’une activité plus soutenue avec l’État dont le recours aux cabinets est croissant sous le quinquennat d’Emmanuel Macron (relire notre article).

« Les seules interactions que nous avons eues (avec les services de l’État, ndlr) ont duré deux heures et demie », regrette Olivier Hosteins, un ex-KPMG spécialiste des achats arrivé comme directeur associé en février 2020. Il estime donc que ce temps d’échange est insuffisant pour un marché aussi conséquent en termes d’enjeux comme d’honoraires.

Un marché-cadre global de conseil à 34 millions d’euros pour un milliard d’économies recherchées

Ce premier lot fait partie de « l’accord-cadre relatif à des prestations d’accompagnement pour l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’économies budgétaires liées aux achats » de dix-neuf pages dont Consultor.fr a obtenu copie – et dont Mediapart faisait état le 9 février.

L’État n’y vise pas moins d’un milliard d’euros d’économie minimum d’ici 2022 sur un périmètre total de 24 milliards de dépenses achats, quinze milliards provenant des onze ministères et services en région, le reste venant des opérateurs.

Deux lots sont attribués : le premier vise un « accompagnement de la direction des achats de l’État, de la direction du budget et de la direction interministérielle dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’économies liées aux achats des services de l’État ».

Celui-ci a été attribué à Accenture comme Mediapart l’a révélé en début de semaine et vise à faire réaliser près de 800 millions d’euros d’économies à l’État. Ce lot est de 22,3 millions d’euros d’honoraires et l’État a reçu au total trois offres d’après le Bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP).

Le cabinet avait été déjà mobilisé ces dernières semaines par l’État pour l’aider à agir dans la gestion de la crise de la pandémie (relire notre article).

Sollicitée par Consultor.fr, la direction d’Accenture n’a pas répondu à nos demandes d’interview.

TNP plaide en faveur d’une préférence nationale

Dans le second lot, celui qui fait l’objet du contentieux, TNP Consultants insiste sur son origine hexagonale par rapport au géant américain, même si 25 % de ses missions sont à l’international et que le cabinet est présent dans plusieurs pays (Suisse, Luxembourg, Inde, Maroc).

McKinsey s’est pour sa part associé avec la société de conseil française EPSA ainsi que Mazars comme l’a indiqué Bercy, interrogé par Mediapart.

En creux, TNP reproche une préférence accordée au géant américain du fait d’une implication déjà croissante de McKinsey dans les affaires de l’État. Dans le cadre de la pandémie, le cabinet est chargé « du cadrage logistique, du benchmarking et de la coordination opérationnelle » de la stratégie vaccinale (relire le détail des prestations du cabinet communiqué mercredi 10 février à l’Assemblée nationale).

Des premiers diagnostics remis sous dix semaines

Que ce soit pour le lot 1 ou pour le lot 2, l’accord évoque la nécessité d’un diagnostic dans un délai maximum de dix semaines à compter de la notification du marché. Devront être livrées rapidement par les cabinets sélectionnés les premières économies attendues chiffrées.

Ce plan d’économies avait été annoncé initialement à l’été 2019 lors du comité interministériel de la transformation publique par Édouard Philippe. Sa mise en œuvre avait été décalée du fait de la pandémie.

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