Publié par Jean-Patrick Grumberg le 22 février 2021

Joe Biden est hanté par le président Trump, il ne peut pas s’empêcher de parler de lui.

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La semaine dernière, pendant le débat public organisé par CNN et animé par Anderson Cooper, le président Biden a déclaré qu’il était « fatigué de parler de Donald Trump ». Il l’a répété deux fois.

« Je ne veux plus parler de lui », a-t-il dit à Cooper à un moment donné de la soirée.

Quelques minutes plus tard, il parlait à nouveau de Trump…

« Vous vous souvenez peut-être que lors d’un de mes débats avec l’ancien président, je lui ai demandé de condamner les Proud Boys et il n’a pas voulu le faire », a déclaré Biden. Il m’a dit « Tenez-vous prêts », ou quelle que soit la phrase exacte. (Cette critique de Biden est fausse, Trump avait bien condamné les Proud Boys, en revanche, elle s’applique à lui, qui a refusé à ce moment de condamner les Antifa et a déclaré que c’est « une idée », tellement il vit déconnecté du monde qui l’entoure.

Le surlendemain, lors d’une visite à une usine Pfizer de production de vaccins COVID-19 dans le Michigan, Biden devait encore évoque les erreurs de Donald Trump… la visite a été repoussée à cause du mauvais temps.

Nous sommes un mois après le début de la présidence de Biden, et il a un mal fou à se débarrasser du fantôme de Trump – et pourtant, l’ancien président a été réduit au silence par l’interdiction de tweeter.

  • Les premières semaines de la présidence de Biden ont été occupées par le procès en destitution de Trump. Il a fait quotidiennement la une des journaux télévisés. Le procès n’a duré qu’une semaine, mais c’est l’histoire qui a largement dominé les médias : est-ce conforme à la constitution de destituer un président qui n’est plus en exercice ; Trump se brouille avec ses avocats ; Trump remplace ses avocats ; ses nouveaux avocats ne veulent pas plaider la fraude électorale ; le Sénat examine les preuves, combien de Républicains vont l’acquitter, sera-t-il condamné… pouvait-on entendre en boucle sur CNN.
  • Et juste après la fin du procès, l’attention des médias s’est portée sur l’avenir du GOP, sur « l’après Trump », et l’échange de « mots doux » entre Donald Trump et le leader de la minorité au Sénat, Mitch McConnell.

On l’a vu, une grande partie des ordres exécutifs de Biden consistent à annuler les politiques et décisions de Trump.

  • Les États-Unis ont officiellement rejoint les accords de Paris sur le climat dont ils s’étaient retirés sous Trump.
  • Les États-Unis sont de retour au sein de l’Organisation mondiale de la santé.
  • Les Etats-Unis, enfin, ont prévu de réintégrer la Commission des droits de l’homme de l’ONU que Trump avait quittée à cause de son obsession antisioniste.
  • L’administration Biden a annoncé qu’elle était ouverte à de nouveaux pourparlers avec l’Iran après que Trump ait retiré les États-Unis de l’accord nucléaire.
  • Biden soutient une réforme de l’immigration, qui représente un tournant à 180 degrés par rapport aux années Trump.
  • Biden a immédiatement interdit le pipeline XL qui avait été gelé par Obama, et autorisé par Trump.

« Le président Biden s’est présenté contre tout ce que Donald Trump a fait pendant son mandat et tout ce qu’il représentait », a déclaré Tobe Berkovitz, professeur de communication à l’université de Boston et consultant politique. « Ce sera un défi de s’éloigner de cette ligne de communication ».

« Biden devrait faire tout ce qu’il peut pour mettre une certaine distance entre sa politique et celle de Trump et celle de la Maison-Blanche », a-t-il ajouté. « Mais c’est difficile de passer à l’acte. »

https://thehill.com/homenews/administration/539640-biden-seeks-to-escape-trumps-ghost?rl=1

Lors de sa comparution devant l’Institut national de la santé au début du mois, qu’a fait Biden au lieu de répondre aux questions ? Il s’en est pris à Trump, disant qu’il n’avait pas mis en place un système de vaccination adéquat (alors que fin janvier les Américains se dirigeaient vers 100 millions de personnes vaccinées), et qu’il n’y avait pas de vaccins quand il est arrivé à la Maison-Blanche (le vaccin est disponible depuis le 14 décembre).

« Alors que les scientifiques ont fait leur travail en découvrant des vaccins en un temps record, mon prédécesseur – je vais être très franc – n’a pas fait son travail en se préparant à relever le défi énorme de la vaccination de centaines de millions de personnes », a déclaré M. Biden lors d’une allocution au NIH. « Il n’a pas commandé suffisamment de vaccins. … C’était un grand gâchis. Il va falloir du temps pour le réparer ».

https://thehill.com/homenews/administration/539640-biden-seeks-to-escape-trumps-ghost?rl=1

David Litt, qui a écrit le discours de l’ancien président Obama, pense que Biden doit à Twitter de lui maintenir la tête à la surface de l’eau médiatique :

« Si Trump était toujours sur Twitter, la presse politique serait obligée d’écrire sur tout ce qu’il dit et cela créerait une pression sur Biden pour qu’il réponde.

Un Trump sans Twitter met l’équipe de Biden dans une bien meilleure position », a ajouté M. Litt.

https://thehill.com/homenews/administration/539640-biden-seeks-to-escape-trumps-ghost?rl=1

Toutes les idées de Biden se réduisent au véritable message de sa candidature : « Je ne suis pas Trump. »

  • Selon un sondage à la sortie des urnes, le 3 novembre 2020, près de 40 % de l’ensemble des électeurs de Biden étaient davantage motivés par l’aversion pour Donald Trump que par l’enthousiasme pour le candidat Démocrate.

    Certes, l’ancien président Obama a également pris ses fonctions après un prédécesseur contesté et chahuté par les médias, mais Obama a rapidement suscité un grand enthousiasme lors de sa campagne de 2008 – en partie du fait qu’il s’apprêtait à devenir le premier président noir du pays – à l’inverse de Joe Biden qui n’a pas su provoquer l’émotion du public : meetings politiques vides tandis que ceux de Trump débordaient de monde, caravanes de bateaux, de camions, de motos dans toute l’Amérique pour Trump et rien pour Biden.
  • Lors du President Day, le 15 février 2021, l’intervention publique de Biden a été suivie par très peu de monde, tandis que des caravanes et une fête étaient organisées en Floride pour célébrer Donald Trump – Joe Biden l’a certainement mal digéré.
  • Même la première réunion publique de Joe Biden organisée par CNN le 16 février a été un échec retentissant : CNN n’a progressé que de 2 % par rapport à sa moyenne, passant de 3,544 millions de spectateurs à 3,604 millions ce soir-là (1). La raison est que toutes les idées de Biden se réduisent au véritable message de sa candidature, qui était : « Je ne suis pas Trump, » et le public l’a déjà largement entendu et compris durant la campagne.

Je ne suis pas Trump, mais alors… qui suis-je !?

Le test pour Biden est de savoir si ses changements de style seront accompagnés de politiques qui apportent une nette amélioration par rapport à Trump. Les principaux indicateurs sont déjà dans le rouge : l’économie, le chômage, et l’immigration vont vers une catastrophe. Toutes ses décisions économiques pointent vers un désastre.

  • Le cours du dollar va chuter en raison des dépenses qu’il veut engager.
  • L’immigration portes grandes ouvertes aura des conséquences négatives sur l’emploi, sur une baisse des salaires des classes les plus modestes, et sur une hausse des dépenses sociales.
  • Le passage à l’énergie renouvelable va faire exploser le prix du carburant à la pompe, le coût du chauffage et de l’électricité, et mettre des centaines de milliers de travailleurs au chômage.
  • La hausse du salaire minimum, la hausse des impôts sur les sociétés, la reprise des réglementations coûteuses, et les craintes de baisse des droits de douane sur les produits chinois auront l’effet inverse des mesures de Trump qui ont permis le plein emploi jamais atteint depuis 50 ans.

Le fait de voir Biden le visage masqué dans le bureau ovale – alors qu’il n’avait pas besoin de le faire, et qu’il ne le porte plus – a fait passer un message clair : Biden pensait encore à son prédécesseur, qui ne le portait pas.

En filigrane de chacune des images que nous voyons de la Maison-Blanche et de Joe Biden, on pourrait lire : « Changement de direction », a déclaré Robert Gibbs, qui était le secrétaire de presse du président Barack Obama. Autrement dit : l’équipe de Biden se voit par rapport à Donald Trump.

« Que ce soit ouvertement ou subtilement, le message qu’ils essaient de faire passer est de s’assurer que tout le monde comprend que les choses allaient fonctionner différemment maintenant et qu’avec un peu de chance, les résultats seraient également différents ».

https://apnews.com/article/biden-inauguration-joe-biden-donald-trump-biden-cabinet-iran-nuclear-b7838bf96681674211b2b2b3a421385e

John Anzalone, le principal sondeur d’opinion de Biden, a clairement indiqué que l’équipe du président considère Trump comme un « outil efficace pour mesurer son succès et son programme ». Toujours l’ombre de Trump, l’étalon-or contre qui se mesurer. 

L’Amérique attend de voir si Joe Biden peut gagner les cœurs et les esprits pour ce qu’il est, plutôt que pour ce qu’il n’est pas. Autrement dit, le vieillard doit tuer le père pour exister.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. https://cnnpressroom.blogs.cnn.com/2021/02/17/cnns-town-hall-with-president-joe-biden-dominates-cable-news-last-night-across-the-board/

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