Publié par Gaia - Dreuz le 26 février 2021

Ssource : Causeur

Un petit désastre français qui annonce le séparatisme

L’islamisation de pans entiers du territoire national, ainsi que la radicalité d’une importante part de la jeunesse musulmane, chassent les juifs de quartiers entiers. Ces derniers représentent moins de 1% de la population française, mais polariseraient à eux seuls la moitié des actes racistes. En 2015, le Grand-rabbin de France Haïm Korsia révélait qu’il n’y avait pratiquement plus aucun élève juif dans les écoles du département de la Seine-Saint-Denis. Kevin Bossuet retrace l’histoire de ce petit désastre français.

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En octobre dernier, c’est avec effroi et consternation que nous avons appris qu’un professeur d’histoire-géographie, Samuel Paty, avait été lâchement assassiné par un islamiste peu après être sorti de son collège. Oui, c’est avec terreur et écœurement que nous avons appris qu’un enseignant avait été décapité pour avoir tenté de transmettre les valeurs républicaines dans sa salle de classe. A travers ce crime abominable, c’est bien la République dans ses fondements qui a été atteinte, c’est bien la communauté nationale dans son ensemble qui a été poignardée en plein cœur.

A Trappes, les vrais problèmes ont commencé avec l’incendie de la synagogue

Il y a quelques jours, c’était au tour de Didier Lemaire, professeur de philosophie depuis 20 ans à Trappes, d’être la cible des islamistes et de leurs amis, pour avoir osé dénoncer la montée de l’islam politique dans la ville où il enseigne et pour avoir voulu protéger ses élèves de l’emprise du radicalisme religieux. Le témoignage qu’a livré ce hussard noir de la République a permis de comprendre à quel point la question du sort des Juifs en France est au cœur de la problématique inhérente à l’islamisation des banlieues. En effet, comme il l’a très bien expliqué dans les médias, tout aurait commencé à Trappes avec l’incendie d’une synagogue: « J’ai été témoin de la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et sur les corps. L’année de mon arrivée au lycée, la synagogue de Trappes brûlait et les familles juives étaient contraintes de partir. […] Puis ça a été l’exode d’autres populations. Et maintenant, ce sont les musulmans modérés et les athées qui s’en vont. »

Dans leur ouvrage La communauté, publié en 2018 chez Albin Michel, qui retrace l’évolution de la ville de Trappes en proie à une islamisation croissante, Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué font le même constat et racontent de quelle manière les Juifs ont progressivement fui cette commune des Yvelines. Elles l’affirment sans ambages : « Depuis la guerre du Golfe, [la communauté juive] rétrécit. Les Juifs ont commencé à prendre peur.  »A mort les Juifs », dit un tag à Léo-Lagrange. Les Ouaknine eux-mêmes, intouchables pourtant à Trappes tant ils sont connus, ont déménagé à la Villedieu, un quartier d’Elancourt. Les Zemmour, l’une des plus grandes familles de la ville, de celles qui s’installent à trois, quatre, cinq frères, avec femmes, oncles, enfants, cousins, se sont en allés en Israël. » D’après les deux journalistes, après l’incendie de la synagogue tout serait allé très vite : « Une à une, les autres familles juives de Trappes quittent à leur tour la ville pour s’installer dans des communes plus accueillantes. Une partie trouve refuge à Montigny, l’autre à Maurepas. […] Le boucher est parti, monsieur Ben Yedder, le boulanger, aussi. A Trappes, désormais, il ne reste plus aucun Juif ou presque. »

Cet effrayant état des lieux ne concerne malheureusement pas que Trappes. Tous les territoires qui ont connu au cours de ces dernières années une islamisation rampante et qui ont progressivement accueilli une population arabo-musulmane de plus en plus importante ont subi le même sort. La Seine-Saint-Denis est par exemple caractéristique de cette évolution. Alors que l’islam est aujourd’hui devenu la première religion de ce département et que les personnes de confession musulmane y forment la communauté la plus importante, les Juifs y sont de moins en moins présents.

Les musulmans majoritaires dans le 93 ?

En effet, ce territoire est, au fil des années, devenu une véritable enclave communautaire. Déjà en 2009, les démographes Michèle Tribalat et Bernard Aubry avaient mis en avant que les jeunes mineurs originaires du Maghreb, et donc très largement musulmans, représentaient 39.2% des jeunes de Seine-Saint-Denis. Ce chiffre pour ceux en provenance du reste de l’Afrique était de 28.4%. En 2015, Philippe Galli, alors préfet du 93, avait estimé à 700 000 le nombre de musulmans sur ce territoire, soit 45% de la population totale. Ces chiffres ne sont que des estimations dans la mesure où nous ne possédons pas les outils juridiques et statistiques pour les confirmer ou les infirmer précisément mais ils ont l’avantage de nous offrir une photographie démographique réaliste. D’ailleurs, l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, l’UAM 93, l’atteste : pour elle, cela ne fait aucun doute, la population musulmane serait majoritaire dans le département. Quand on tente d’appréhender le phénomène à travers les lieux de culte, on fait la même observation : alors qu’on estime à 160 le nombre des lieux de culte musulmans, le nombre des lieux de culte chrétiens est estimé quant à lui à 120 environ, et celui des lieux de culte juifs aux alentours de 35.

Or, au moment où la part de la population musulmane s’est largement accrue, la population juive s’est quant à elle progressivement détournée du 93. En effet, dans son livre L’an prochain à Jérusalem ?, paru en janvier 2016 aux éditions de l’Aube, Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop l’affirme : « en Ile-de-France, sur une quinzaine d’années, des effectifs de populations ou de familles juives se sont effondrés dans toute une série de communes de Seine-Saint-Denis. » Il ajoute : « À Aulnay-sous-Bois, le nombre de familles de confession juive est ainsi passé de 600 à 100, au Blanc-Mesnil de 300 à 100, à Clichy-sous-Bois de 400 à 80, et à La Courneuve de 300 à 80. » L’historien Georges Bensoussan confirme cette allégation : d’après lui, environ 80% des Juifs ont depuis une dizaine d’années quitté ce département ! Effectivement, beaucoup ont migré dans le 17e arrondissement à Paris (on y trouve aujourd’hui environ 40 000 Juifs) ou dans des communes comme Saint-Maur-des-Fossés, Saint-Mandé ou encore Vincennes. Certains, ont même décidé de rejoindre Israël. En effet, entre 2000 et 2020, 60 000 départs, dont certains concernent des anciens habitants de la Seine-Saint-Denis, ont été enregistrés par l’Agence juive en France, c’est-à-dire plus de 10% de la communauté juive française.

Nous, les Juifs, on les tue ! 

Ces deux évolutions sont évidemment liées. L’une a engendré l’autre. En effet, alors qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Seine-Saint-Denis s’était transformée en terre d’asile pour beaucoup de familles juives en provenance majoritairement du nord de l’Afrique, elle est aujourd’hui devenue un territoire particulièrement hostile, notamment du fait de la présence sur ce dernier d’une partie de la population qui les rejette massivement. En effet, on ne compte plus le nombre d’agressions antisémites commises dans le 93. Par exemple, en avril 2017, à Noisy-le-Grand, une famille juive a découvert dans sa boîte aux lettres deux cartouches de 9 millimètres accompagnées du message suivant : « Allahou akbar, la troisième balle est pour toi ou pour ta famille. » En septembre 2017, à Livry-Gargan, c’était au tour d’une famille juive d’être agressée et séquestrée à son domicile. « Vous êtes Juifs, donc vous avez l’argent ! », voilà ce que les agresseurs ont crié quand ils sont entrés dans le logement avant de violenter, de ligoter et de menacer les occupants avec un couteau et un tournevis. En septembre dernier, à Aubervilliers, ce sont trois inconnus qui s’en sont pris à un jeune juif de 26 ans après avoir reconnu l’étoile de David qu’il portait autour du cou. « Sale Juif ! Donne ton argent ! Nous, les Juifs, on les tue ! », voilà ce qu’ils ont proclamé avant d’agresser très violemment la victime. L’un des agresseurs, Mohamed, 21 ans, a d’ailleurs été condamné à un an de prison ferme.

Cette haine des Juifs qui est exponentielle sur les territoires les plus islamisés puise d’abord ses racines dans la judéophobie présente dans la religion musulmane. En effet, Barbara Lefebvre l’explique très bien dans son livre Génération  »J’ai le droit » : la faillite de notre éducation paru en 2018 chez Albin Michel: « Les défenseurs de  »l’islam de paix » ignorent que l’inconscient musulman à l’égard du peuple juif s’est construit au fil des siècles sur sa représentation de falsificateur de la parole divine. C’est ainsi que la littérature islamique les décrit, racontant qu’Ezra, au IVe siècle avant Jésus-Christ, aurait volontairement falsifié la Torah par le passage de la tradition orale à la tradition écrite. L’élu de Dieu est le musulman (celui qui se soumet à Dieu) et non le Juif qui a trahi la parole divine. C’est ainsi que les prophètes juifs sont islamisés par la langue coranique et qualifiés de musulmans. » Elle ajoute : « La vision coranique du peuple juif falsificateur et hérétique a planté les germes d’un antijudaïsme populaire. Qu’il fut récemment  »enrichi » par l’antisémitisme européen est indéniable, en particulier avec la propagande de la confrérie des Frères musulmans et l’active collaboration du mufti de Jérusalem avec le IIIe Reich, mais ce n’est ni l’impérialisme européen, ni les nazis qui ont fait découvrir l’antisémitisme au monde musulman. »

Ensuite, c’est bien le conflit israélo-palestinien qui est venu fortifier cette judéophobie pour mieux la transformer en un antisémitisme viscéral. En effet, malgré ce que dit une partie de la gauche qui tente de conserver à tout prix sa clientèle électorale, l’antisionisme n’est que le faux-nez de l’antisémitisme et beaucoup s’abritent derrière leur haine d’Israël pour tenter de dissimuler leur haine du peuple juif. Déjà en 1967, le philosophe Vladimir Jankélévitch, avait très bien établi ce lien direct qui existe entre antisionisme et antisémitisme. En effet, dans L’imprescriptible, il le dit avec force : « L’antisionisme est une incroyable aubaine, car il nous donne la permission – et même le droit, et même le devoir – d’être antisémite au nom de la démocratie ! L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. »

Pierre-André Taguieff, dans La France soumise, les voix du refus paru chez Albin Michel en 2017, abonde dans le même sens : « Depuis la fin des années 1960, la haine des Juifs est portée par l’antisionisme radical ou absolu, mélange d’hostilité systématique à l’égard d’Israël, quelque que soit la politique du gouvernement en place, et de compassion exclusive pour les Palestiniens, quoi qu’ils puissent faire, actions terroristes comprises. Le propalestinisme inconditionnel, qui est aussi l’un des thèmes mobilisateurs de l’islamisme radical, est désormais le principal vecteur de la haine des Juifs […]. » Il surenchérit : « En France, les manifestations dites pro-palestiniennes de janvier et de juillet 2014 ont réveillé et révélé les passions judéophobes. Le couplage des slogans  »Allahou akbar » et  »morts aux Juifs », observé au cours d’un nombre croissant de manifestations dites pro-palestiniennes ou pro-Gaza, constitue à la fois un résumé et un symbole de la nouvelle synthèse anti-juive mondialement diffusée. Progressivement, le slogan  »Palestine vaincra ! » est devenu un équivalent de  »Allah vaincra !  » »

Les professeurs désarçonnés face à des élèves musulmans provocateurs

Il suffit en effet d’aller dans les collèges et les lycées de certaines banlieues françaises pour s’apercevoir à quel point il est difficile d’enseigner dans certaines classes le conflit israélo-palestinien tant ce dernier est un sujet très sensible qui est devenu au fil du temps un marqueur identitaire et un étendard politique. L’enseignement de la Shoah souffre quant à lui du même problème. Un professeur d’histoire-géographie, dans un collège du 93, me relatait récemment, son expérience à ce sujet. Alors qu’il abordait avec une classe de troisième la question de l’Holocauste, il s’est retrouvé démuni face aux propos choquants de certains de ses élèves. Entre ceux qui mettaient clairement en avant leurs doutes sur l’existence même du génocide, ceux qui proclamaient que « les Juifs l’avaient peut-être un peu cherché » et celui qui lui a narquoisement demandé si « on pouvait encore aujourd’hui brûler des Juifs », il s’est retrouvé complètement désarçonné.

Dans son ouvrage Principal de collège ou imam de la République ?, publié en 2017 aux éditions Kero, Bernard Ravet, qui a été principal dans trois des collèges les plus difficiles de Marseille fait le même constat : « L’enseignement de la Shoah devient source de tensions inouïes, les élèves amalgamant les Juifs de 1940 et la politique israélienne contemporaine à l’endroit des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie pour en conclure que  »la Shoah, ça va bien aux juifs » ou que  »Hitler a bien fait » ». Dans La France soumise, les voix du refus, une enseignante d’histoire-géographie, qui travaille tous les ans avec ses classes sur l’histoire la Shoah, témoigne des difficultés qu’elle rencontre au cours de cet exercice. Citons un extrait : « Pour aborder la Shoah, elle a coutume d’utiliser des témoignages. Et de nouveau, comme chaque année, ont fusé les mêmes réflexions: »Encore les Juifs ! Madame, pourquoi on ne parle pas du génocide des Palestiniens ? […]“Après un rappel de la définition de génocide, les élèves concluent qu’elle donne  »sa » définition du mot  »génocide » qui serait la définition officielle selon eux, mais pas la bonne. Ils continuent en arguant qu’elle ne détient pas les informations justes. Que les Juifs  »sont partout »:  »Coca-Cola, ce sont les Juifs »,  »L’attentat des tours jumelles, ce sont les Juifs » et  »Le dollar aussi, ce sont les Juifs ».

Il n’y a pratiquement plus aucun enfant juif dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis

Il n’est par conséquent pas étonnant que les Juifs fuient, à certains endroits, les établissements scolaires publics comme c’est le cas en Seine-Saint-Denis. En effet, alors qu’il y a environ dix ans, nous ne comptabilisions que trois écoles juives dans ce département, il y en a aujourd’hui huit ! Certaines familles, par manque de place dans ces écoles, en viennent même à inscrire leurs enfants dans les établissements privés catholiques faisant dire au grand rabbin de France Haïm Korsia, le 16 février 2015 sur Europe 1 : « il n’y a pratiquement plus aucun enfant juif dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis. » De manière plus générale, il n’est pas anodin de noter qu’en 1990, en France, il y avait 8000 élèves qui étaient scolarisés dans l’enseignement privé juif. En 2014, il y en avait 32 000 ! Qu’on ne nous dise pas qu’il s’agit d’une tendance qui s’explique par des motifs religieux. En effet, la communauté juive française n’a jamais été aussi laïque et sécularisée qu’aujourd’hui.

Face à ce terrible constat, qu’attendons-nous pour agir ? Est-il normal que nos compatriotes juifs ne se sentent plus en sécurité sur des pans entiers du territoire français ? Est-il acceptable que des familles juives en soient à devoir inscrire leurs enfants dans des établissements scolaires privés pour des motifs purement sécuritaires ? Est-il admissible que la Seine-Saint-Denis ait perdu 80% de sa population juive en seulement une dizaine d’années ? Non, évidemment !

Les Juifs qui représentent moins de 1% de la population française polarisent à eux seuls la moitié des actes racistes.

Une funeste abnégation

A force de vouloir dissimuler les problèmes par peur de stigmatiser la communauté musulmane, nous avons laissé se développer un antisémitisme virulent qui est aux antipodes de ce qu’est la République et de ce qu’est la France. En effet, soyons-en certains, c’est bien dans les zones où l’islamisme progresse le plus que ce nouvel antisémitisme prolifère ! C’est bien la radicalisation d’une partie des musulmans estimant que les Juifs sont d’affreux mécréants à faire fuir et à décimer que la population juive doit affronter. C’est bien le refus catégorique de certains individus islamisés d’adhérer aux valeurs républicaines et celui de l’Etat de lutter vraiment contre ces derniers que paye aujourd’hui en France la communauté juive ! La vérité est que l’Etat français a préféré abandonné les Juifs plutôt que de risquer de déclencher de vives tensions pouvant à terme déboucher sur une guerre civile. De cette funeste abnégation est née, pour la communauté juive, une effroyable persécution !

En effet, d’après une étude publiée en 2017 par la Fondation pour l’innovation politique sur les violences antisémites en Europe, la France comptabilise le plus d’incidents violents, évalués à 4092 sur la période 2005-2015. Les Juifs qui représentent moins de 1% de la population française polarisent à eux seuls la moitié des actes racistes.

L’incapacité de la France à protéger les Juifs sur son territoire est un indicateur pour eux que quelque chose s’est brisé, que ce pays qu’ils aiment et auquel ils ont cru n’est pas à la hauteur de ses principes et de ses valeurs. La lutte contre l’antisémitisme qui s’est, dans les faits, traduite par une démonstration d’impuissance et surtout de renoncement par peur de stigmatiser une communauté contre une autre, n’a pas été à la hauteur de leurs exigences. La France qui a longtemps été pour les Juifs une terre d’asile est progressivement, sur des pans entiers de son territoire, en train de se transformer en terre d’exil. La France a failli, la République a renoncé, les Juifs partent pour mieux fuir un pays dont ils ont le sentiment qu’il les a de nouveau trahis.

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