Publié par Abbé Alain Arbez le 8 février 2021

Ce lundi 1er février à 11h45, en direct sur KTO, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a signé une déclaration qu’il remet solennellement au Grand Rabbin de France, au président du CRIF et au président du Consistoire central.

La déclaration a été signée par la Présidence de la Conférence des Evêques de France ainsi que par Mgr Didier Berthet, évêque de Saint-Dié et Président du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme. Ce dernier est accompagné de Mgr Thibault Verny, évêque auxiliaire de Paris, et membre de ce conseil épiscopal.

Cette exhortation des évêques français reflète « les liens qui nous lient à nos frères juifs », souligne le directeur du Service National pour les relations avec le judaïsme, le père Le Sourt.

Cette déclaration a été remise solennellement au siège de la conférence épiscopale au Grand Rabbin de France Haïm Korsia, ainsi qu’au président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), M. Francis Kalifat et au président du Consistoire central, M. Joël Mergui. La signature de la déclaration a été précédée d’un temps de travail à huis clos entre les autorités juives et catholiques en France.

Dans cette déclaration rendue publique ce lundi et qui se veut historique, les évêques de France redisent aujourd’hui leur « volonté de travailler avec tous ceux et toutes celles qui sont engagés dans la lutte » contre l’antisémitisme. 

La déclaration (texte intégral)

« Lutter ensemble contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme sera la pierre de touche de toute fraternité réelle »

Au lendemain des meurtres terroristes de Samuel Paty et de trois personnes dans la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption de Nice, les évêques de France, réunis en Assemblée plénière, ont interpellé notre société française sur le respect mutuel. Relayant l’appel du pape François à la fraternité universelle, ils insistaient sur le devoir qui s’impose à chacun de tenir ensemble liberté d’expression et respect fraternel de l’autre, même de celui dont on veut critiquer un travers. Cette interpellation était d’autant plus urgente que, depuis quelques années, nous assistons à une inquiétante banalisation de la violence avec la multiplication de paroles et de gestes exprimant discrimination et racisme.

Les réseaux sociaux qui, en eux-mêmes, représentent une formidable chance de communication et de transmission, sont également un espace d’expression individuelle et collective qui ne connaît pas de limite, qui bénéficie de l’anonymat, ce qui conduit trop fréquemment aux pires excès.

Dans ce contexte, les évêques appellent à être particulièrement attentifs à l’inquiétante résurgence de l’antisémitisme en France. Avec force, ils redisent aujourd’hui combien la lutte contre l’antisémitisme doit être l’affaire de tous et ils affirment leur volonté de travailler avec tous ceux et toutes celles qui sont engagés dans cette lutte.

Pour nous catholiques, cette préoccupation trouve son origine dans notre « lien spirituel » unique avec le judaïsme. Plus que jamais, il faut rappeler l’importance des racines juives du christianisme. « Nous ne pouvons pas considérer le judaïsme simplement comme une autre religion : les juifs sont nos “frères aînés” » (saint Jean-Paul II), nos « pères dans la foi » (Benoit XVI) ». Souvenons-nous que Jésus, le « Verbe de Dieu » a lui-même prié les Psaumes, lu la Loi et les prophètes. Au cœur même de nos actions liturgiques et de notre prière personnelle, par la réception et la proclamation des textes de l’Ancien Testament, avec l’apôtre Paul, nous nous souvenons que « les dons et l’appel deDieu sont irrévocables » (Rm 11, 29). Si la foi en Jésus nous distingue et nous sépare, elle nous oblige aussi, dans la mémoire des heures terriblement sombres de l’histoire et en gardant le souvenir des victimes de la Shoah et des assassinats antisémites de ces dernières décennies, à reconnaître ceci : guérir de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme est le fondement indispensable d’une véritable fraternité à l’échelle universelle. Cette guérison est un chemin exigeant dans lequel tous les humains doivent s’entraider. Elle commence par la « résistance spirituelle à l’antisémitisme ».

Nous nous sommes « engagés à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l’Alliance », parce que nous espérons ce que nous avons appris de lui : que les êtres humains, de toute origine, toute langue, toute culture, sont appelés à vivre pour toujours dans une communion où chacun sera donné à tous et tous à chacun. C’est pourquoi les évêques de France exhortent, non seulement les catholiques mais également tous leurs concitoyens, à lutter énergiquement contre toute forme d’antisémitisme politique et religieux en eux-mêmes et autour d’eux.

Fait à Paris, le 1er février 2021

Mgr Éric de Moulins-Beaufort
Archevêque de Reims,
Président de la Conférence des évêques de France

Mgr Dominique Blanchet
Evêque de Belfort-Montbéliard,
Vice-président de la Conférence des évêques de France

Mgr Olivier Leborgne
Evêque d’Arras,
Vice-président de la Conférence des évêques de France

Mgr Didier Berthet
Evêque de Saint-Dié,
Président du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme

Mgr Thibault Verny
Evêque auxiliaire de Paris,
Membre du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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