Publié par Eduardo Mackenzie le 4 février 2021

« La Colombie est dans la ligne de mire des Cubains. » « La Havane s’est consacrée à la conquête de la Colombie. » Ces deux terribles avertissements apparaissent dans un article du 30 janvier de Carlos Alberto Montaner.

Le célèbre journaliste et écrivain cubano-américain, résidant à Madrid, ajoute que l’objectif de Cuba est de « détruire la Colombie », pour exploiter les ressources énergétiques de ce pays à volonté et de « produire de la nourriture pour le peuple cubain affamé », car le contrôle exercé par La Havane sur le Venezuela a jeté le pays pétrolier dans la misère sociale la plus accablante et la prostration morale la plus humiliante. Et c’est à présent le tour de la Colombie de devenir la vache à lait de l’île-prison, selon les calculs de la dictature cubaine.

Montaner fait écho aux révélations de la presse de Bogotá (1) au sujet d’un récent rapport secret des forces armées colombiennes sur l’ingérence cubaine dans les affaires politiques du pays. Ce que Semana confirme enfin, c’est quelque chose que nous, Colombiens, avions découvert depuis longtemps: à savoir que Cuba actionne en Colombie de nombreuses ficelles politiques, idéologiques et guerrières parce que son objectif a toujours été de renverser la démocratie et d’avancer ses pions jusqu’au sommet de l’État, à travers une combinaison de coups par le narco-terrorisme contre les forces de défense du pays et d’une série de processus électoraux obscurs. Cette dernière tactique a commencé, effectivement, en 2009.

Ce danger existe et certains d’entre nous l’ont  dénoncé publiquement depuis longtemps. Pour comprendre à quel point les plans séditieux sont avancés, il suffit de voir ce que fut, et ce qui reste, du prétendu « processus de paix » Farc / Santos. Bien sûr, les craintes ont redoublé après le scandale des deux espions russes expulsés par le gouvernement d’Ivan Duque, qui a rouvert l’ancien dossier des aventures en Colombie des services secrets cubains, formés par l’URSS, sous les déguisements les plus divers.

« Il y a des informations selon lesquelles les deux maisons de la Société colombo-cubaine de ‘l’amitié avec les peuples’ ont la participation de deux membres du Front de guerre urbain de l’ELN. De même, on sait que cette organisation insurrectionnelle contribue au financement du Mouvement colombien de solidarité avec Cuba, qui serait financé par des lotos et des fêtes payantes », ont affirmé les stations de radio RCN et FM, citant certains détails fournis par des sources militaires colombiennes. Ce rapport ajoute que ces dernières années « 1 500 médecins cubains, 900 enseignants et 50 instructeurs sportifs » sont entrés en Colombie sans que l’on sache si ces entrées étaient dues « à des raisons professionnelles ou autres ». Le magazine Semana affirme que l’ambassadeur cubain à Bogotá, José Luis Ponce Caraballo, expulsé des États-Unis pour des actes d’espionnage, dirige les opérations des réseaux cubains en Colombie.

C’est bien que Montaner parle de ces choses. Surtout si cela alimente la réflexion des nouvelles autorités américaines sur ce qui se passe en Colombie.

Cependant, il y a un grand paradoxe dans tout cela. Montaner a montré, lors de la dernière campagne électorale, à quel point il déteste ce que le gouvernement du président Donald Trump a fait et il salue l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. Montaner semble dire que tout ira mieux pour la Colombie avec Biden. C’est là que son analyse mérite quelques bémols.

Trump a imposé des sanctions économiques à Cuba et au Venezuela pour leurs violations des droits de l’homme, corruption et le soutien de ces dictatures à la subversion et au trafic de drogue sur le continent. Avec le soutien de Trump le Groupe de Lima a été formé pour isoler Maduro.

Biden est prêt à défaire tout cela et plus encore. L’une de ses porte-paroles, Jen Psaki, a vendu la mèche: le 28 janvier, elle a admis que son patron révisait les 190 mesures du gouvernement Trump contre La Havane. Biden a annoncé qu’il négocierait avec Cuba, car son engagement est de revenir à ce qu’Obama avait fait avec Cuba et le Venezuela. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles.

Lors de la campagne électorale américaine, Biden et Kamala Harris ont promis des merveilles: « Nous abattrons les politiques ratées de Trump », a déclaré Harris à l’agence de presse espagnole Efe. Le plus loin que Biden ira sur Cuba est, comme Harris le demande, de revenir à la répétition rhétorique de « l’engagement positif »: appel à la « libération des prisonniers politiques » et au « respect des droits de l’homme », auxquels Diaz-Canel répondra « Oui, bien sûr », comme à l’époque d’Obama, alors qu’il poursuit sa répression sanglante contre les voix libres de l’île et sa guerre subversive contre la Colombie.

Personne n’ignore que grâce à la ligne de gauche d’Obama, Chavez et Maduro ont gagné du terrain, ont réussi à fortifier leurs bastions et sont devenus des instruments de terribles tyrannies: la Russie de Poutine, la Chine de Xi Jinping, la Corée de Kim Jong-un et l’Iran des ayatollahs. Le résultat est que Cuba / Venezuela est le plus grand défi géopolitique que les États-Unis ont maintenant dans l’hémisphère. Ce bloc tyrannique se précipite maintenant, de tout son poids, contre la Colombie.

Montaner tente de montrer que les présidents démocrates, tels que Clinton et Obama, ont renforcé la Colombie « dans la lutte contre le trafic de drogue et pour la préservation de la démocratie » et que Biden fera de même et ne « mordra pas l’appât » que les castristes lui tendent.

Les dirigeants cubains en exil aux États-Unis craignent que Biden fasse le contraire. Le sénateur républicain Marco Rubio a déclaré: « Biden doit décider de poursuivre la politique de soutien de Trump au peuple cubain ou légitimer le castrisme ».

Pendant des décennies, La Havane a offert refuge aux terroristes de la pire espèce, à commencer par les gangs de la narco-guérilla colombienne, les FARC et l’ELN. Ce dernier groupe a tué 22 étudiants l’année dernière et blessé 70 personnes lors d’un attentat à Bogotá contre l’Ecole nationale de police. Les auteurs de cette atrocité se sont enfuis à Cuba et Diaz-Canel refuse de les extrader comme l’exige le gouvernement Duque. Cette attitude a été l’une des motifs invoqués par Trump au moment de réinscrire Cuba sur la liste des pays qui soutiennent le terrorisme. Biden abolira-t-il cela aussi?

Le 30 aout 2000, le président Colombien Andrés Pastrana et Bill Clinton,  annonçaient  que, grâce au Plan Colombie, conçu par Bogotá, les Etats-Unis octroieraient à la Colombie, en trois ans, 16 hélicoptères Black Hawk y 63 Huey pour la lutte contre le trafic de drogues. Les FARC s’y sont opposées, en menaçant de déclencher un « chaos régional ». Les effets ont été immédiats: le Congrès des États-Unis, dirigé par des démocrates, a empêché l’utilisation de ce matériel de guerre pour contrer la violence de la guérilla communiste. Et l’UE a refusé de soutenir le Plan Colombie.

Cette absurde restriction militaire a duré jusqu’au 24 juillet 2002, causant encore plus de morts et de destructions en Colombie. C’est le nouveau gouvernement républicain qui a accepté ce que la Colombie demandait. Grâce au soutien de George W. Bush, le président Álvaro Uribe a pu mener à bien sa politique de Sécurité Démocratique et obtenir des succès notables contre les FARC / ELN et les paramilitaires. Je ne me souviens pas du rôle que Biden a joué dans la gestation du Plan Colombie. La démocrate Nancy Pelosi, aujourd’hui fervente partisane de Biden, s’est opposée à l’époque au Plan Colombie et a demandé que cet argent soit consacré à une campagne contre la toxicomanie aux États-Unis. Ces personnages, revenus une fois de plus à la direction  des États-Unis, sont-ils ceux qui vont aider la Colombie contre les agressions de La Havane et de ses alliés?

Montaner souligne que Cuba a des apparatchiks « comme Gustavo Petro et Ivan Cepeda » pour prendre le contrôle du gouvernement colombien en « remportant les élections présidentielles » de 2022. Petro et Cepeda sont, en effet, les chefs visibles d’organisations communistes minoritaires. En outre,  ils font beaucoup de dégâts et espèrent l’emporter grâce à une fraude électorale massive dans laquelle leurs tactiques clientélistes, fondées en partie sur l’intimidation armée dans les zones rurales, ainsi que dans l’utilisation de machines à voter, que le système colombien a adopté,  identiques à celles qui ont contribué à la fraude lors des élections américaines de novembre, joueront un rôle central.

Suite aux révélations de Semana, le président Ivan Duque a déclaré que son gouvernement, « en aucun cas, n’autorisera la présence d’agents étrangers infiltrés ». Pour sa part, l’ancien président Uribe a déclaré que prendre « les décisions [légales] les plus dures » est justifié si la démocratie colombienne est en danger.

Cuba essaie de faire de même en Équateur. Le candidat correiste à la présidentielle, Andres Arauz, a reçu 80 000 dollars des mains de l’ELN colombien, selon des fichiers trouvés sur l’ordinateur portable d’Andrés Vanegas, alias Uriel, un chef central abattu de l’ELN. L’élection présidentielle en Équateur aura lieu le 7 février prochain. « Soyez très prudent non seulement en Équateur, mais en Colombie. Parce que n’oubliez pas que l’Équateur est le prochain. La prochaine cible qu’ils veulent est la Colombie », a déclaré Lenin Moreno, le président de l’Équateur. « Ils veulent former une tenaille, une tenaille qui englobe la Colombie, qui avance au Venezuela et être en mesure de faire pression sur la République sœur de Colombie. Alors, Colombiens, soyez très prudents avec ces groupes qui avancent toujours masqués. »

Dans ces conditions, l’administration Biden-Harris devrait poursuivre, et non abolir, les efforts de Trump pour contrecarrer les ambitions cubaines sur le continent. Mais, aura-t-elle le temps de réfléchir à ces choses et de prendre les mesures correctes ? N’y a-t-il pas un blocage idéologique pour avancer dans cette direction? N’est-il pas déjà trop tard ?

(1)     .- Le rapport de Semana sur cette question est daté du 16 janvier 2021. Un rapport complémentaire des radios RCN et La FM de Bogotá est daté du 19 janvier 2021.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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