Publié par Thierry Ferjeux Michaud-Nérard le 2 février 2021

Comment allons-nous pouvoir de nouveau insérer l’élément déterminant du libre arbitre humain dans l’affaire du meurtre islamiste de Sarah Halimi ? Et cela, en lieu et place des théories de la Bouffée délirante spontanément résolutive issue d’un déterminisme psychiatrique sommaire.

Quelques experts bonimenteurs amusent de cet espoir la galerie médiatique et les partisans de l’irresponsabilité pénale des islamistes, ces âmes perdues et ces loups solitaires délinquants multirécidivistes, lesquels, ragaillardis et renfloués, mènent grand tapage pour l’irresponsabilité pénale autour de l’affaire du meurtre islamiste de Sarah Halimi.

Mais l’expertise, selon les règes de la psychiatrie médico-légale, prend garde de ne pas succomber à cette tentation suscitée par une plate confusion entre la consommation habituelle de haschisch et la théorie de l’irresponsabilité psychiatrique sommaire. L’expertise de la psychiatrie médico-légale, sans se départir de sa sérénité, tient compte des répercussions de l’irresponsabilité pénale psychiatrique des islamistes sur le cours de la justice, contre les partisans de la Bouffée délirante spontanément résolutive. Le paradoxe de cette Bouffée délirante est qu’elle repose aujourd’hui sur de pures hypothèses non vérifiées et invérifiables.

Paradoxe combien saisissant, énonçant l’impossibilité d’observer la Bouffée délirante dans le temps de l’action et l’impossibilité d’expliquer ce qu’est cette sorte de nouvelle révolution scientifique en faveur de l’irresponsabilité pénale psychiatrique. La question est de savoir comment et pourquoi la théorie de la Bouffée délirante relève de l’expérimentation psychiatrique pure et coopère ou ne coopère pas pour faire progresser la connaissance de l’irresponsabilité pénale psychiatrique dans des directions imprévisibles.

La négation du libre arbitre humain dans l’affaire du meurtre islamiste de Sarah Halimi fournit en outre une probante vérification des considérations les plus sévères sur les expertises psychiatriques sommaires que l’on rencontre à plusieurs reprises dans nombre d’affaires judiciaires trop souvent inabouties.

Les théories de la Bouffée délirante spontanément résolutive sont chez leurs partisans une preuve de conformisme et constituent encore une marque d’originalité pour un expert psychiatre très banal. Rien à voir avec l’éclat de la vie de Sarah Halimi et ensuit sa mise à mal par des mains islamistes criminelles.

Comme on le sait, aucune reconstitution judiciaire rétrospective n’a été réalisée pour contester la légende mensongère de l’irresponsabilité pénale psychiatrique à propos de la Bouffée délirante imaginaire forgée à l’intention de la justice, désireuse de se faire valoir en repeignant par des couleurs psychiatriques une affaire islamiste criminelle morne et sordide. Quelle fierté peut-on éprouver à conclure à une Bouffée délirante tout en ne pouvant avoir proclamé qu’un brouhaha de lieux communs psychiatriques !

La loi de la Bouffée délirante, on pourrait la nommer la loi des propositions psychiatriques indéfinies en faveur de l’irresponsabilité pénale ! C’est que, si l’on se farcit la loi de la Bouffée délirante promulguée par tous les grands esprits des experts psychiatres, ce n’est pas par là qu’ils manifesteront la moindre vérité.

Si un expert psychiatre se double d’un hypocrite vaniteux, d’un jobard et d’un poète imaginatif génial ou même d’une crapule politique, la justice ne peut se servir que de l’hypocrite, du jobard et de la crapule.

Car l’autre justice, la vraie, ne peut que respirer dans l’air raréfié de la psychiatrie médico-légale. Pour les expertises psychiatriques dans l’affaire du meurtre islamiste de Sarah Halimi, leurs trois égocentrismes se neutralisent les uns les autres avec, en conclusion, un dogmatisme psychiatrique presque grossier.

Les expertises psychiatriques dans l’affaire du meurtre islamiste de Sarah Halimi montrent bien que l’intellect sûr et rapide n’émerge que trop rarement et qu’un imbécile béatement adonné à la vie dégradante du dogmatisme psychiatrique n’est que l’inepte sosie très médiocre du médecin expert clairvoyant.

Je n’irai certes pas jusqu’à qualifier de fanfaronnade les expertises psychiatriques dans l’affaire du meurtre islamiste de Sarah Halimi, mais on pouvait espérer mieux d’un groupe d’experts psychiatres plus subtils et plus réfléchis. Quand on s’aperçoit de la mystification de la Bouffée délirante, on ne peut réfréner un sentiment d’étonnement pour le dogmatisme pro domo par lequel les experts psychiatres ont abandonné tout rationalisme et surtout la logique de la psychiatrie médico-légale, à la seconde même du naufrage absolu de leur théorie fumeuse pour conclure sur le mythe rassurant de l’irresponsabilité pénale psychiatrique.

L’intellect des experts psychiatres dispose de deux attitudes pour tenter de rester considéré par toutes les juridictions et perdurer à travers toutes les mystifications. L’une est de ne se tromper jamais grâce à l’efficacité de la vérité absolue et invérifiable du dogme psychiatrique. L’autre est de se tromper toujours en mettant en cause le comportement imprévisible du criminel. Cette technique est plus difficile à appliquer que la première et suppose une sévère et constante discipline de soi, si l’on veut être sûr de ne jamais se relâcher dans son effort vers la futilité psychiatrique pompeuse, ni jamais succomber à la tentation de dire la vérité.

Quoique les expertises psychiatriques dans l’affaire du meurtre islamiste de Sarah Halimi ne soient pas exactement exemplaires, la débâcle arrive rapidement par la dégradation des conditions de la vérité.

Le fond de l’abîme fut atteint après la décision de la chambre de l’instruction de la Cour d’Appel de Paris. Le Monde : Meurtre de Sarah Halimi : pas de procès pour le suspect, jugé pénalement irresponsable !

La chambre de l’instruction a tranché entre les expertises psychiatriques contradictoires et conclu à l’abolition du discernement de Kobili Traoré au moment des faits. Le procès attendu par les parties civiles ne devrait pas avoir lieu. Kobili Traoré, mis en examen pour homicide volontaire à caractère antisémite de Sarah Halimi, retraitée sexagénaire de confession juive battue puis défenestrée au cri d’Allahou Akbar, ne devrait pas être jugé aux Assises. La Cour d’Appel de Paris a décidé que le discernement de Kobili Traoré était aboli au moment des faits et qu’il est donc pénalement irresponsable. Devant la presse, M Francis Szpiner, conseil des trois enfants de la victime, a dénoncé une décision scandaleuse : Un homme dont les experts disent qu’il avait été atteint d’une Bouffée délirante à raison d’une prise volontaire de toxique se voit accorder l’impunité !

On vient de créer une jurisprudence Sarah Halimi : toute personne atteinte d’une Bouffée délirante qui aura pris une substance illicite et dangereuse pour la santé sera exonérée de responsabilité pénale.

Décision idéologique ! M Caroline Toby juge cette décision grave. On ne saura jamais la vérité sur ce qui s’est vraiment passé cette nuit-là et on n’a aucune garantie de le mettre jamais hors d’état de nuire !

M Gilles-William Goldnadel, avocat de la sœur de Sarah Halimi, dénonce une décision idéologique de magistrats qui ont une grande répugnance à condamner ceux qui sont considérés comme des victimes de la société ! Il déplore une instruction qui a manqué d’humanité envers les parties civiles, une procédure qui a traîné, le refus de procéder à une reconstitution, la réticence à retenir la circonstance aggravante d’antisémitisme (retenue onze mois après les faits, au terme d’un long bras de fer avec le parquet)…

Et surtout trois expertises divergentes ! Sans antécédents psychiatriques, le suspect a été déclaré unanimement atteint d’une Bouffée délirante aiguë au moment des faits. Mais les trois expertises divergent sur les effets de la drogue sur son état mental. Le docteur Daniel Zagury évoque un comportement induit par une forte consommation de cannabis et un discernement altéré. La deuxième expertise, réalisée par trois experts, affirme que l’entrée dans la schizophrénie du meurtrier présumé est sans lien avec sa consommation de cannabis et conclut à une abolition du discernement. Pour étayer leurs conclusions, ils indiquent que les taux de THC (principe actif du cannabis) dans le sang du suspect étaient modérés, ce qui ne correspond pas à la consommation alléguée le jour du drame, et que ses idées délirantes ont persisté longtemps après l’arrêt de l’intoxication. Quant au troisième collège d’experts, il a estimé que la Bouffée délirante avait été provoquée par une cause extérieure, les nombreux joints fumés dans les jours précédents, mais reste flou sur l’état du discernement de Kobili Traoré, même s’il tend vers l’irresponsabilité. La deuxième expertise indique que Kobili Traoré souffre d’un trouble psychotique chronique (sans antécédents psychiatriques) vraisemblablement (?) de nature schizophrénique, suite à un épisode délirant aigu inaugural. Il souffre d’une addiction au cannabis.

Il disposerait d’une personnalité pathologique antisociale (incapacité à se conformer aux normes sociales, impulsivité, irritabilité, agressivité, irresponsabilité…) et d’une propension à la violence.

Il a été plusieurs fois incarcéré pour vol, tentative de vol, refus d’obtempérer, conduite sans permis, violences, usage et détention de stupéfiants et d’arme prohibée. Le parquet de Paris avait demandé le renvoi devant la Cour d’Assises : « Par son comportement volontaire de consommation de cannabis, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa Bouffée délirante aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble pour commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité. Il ne saurait en effet se prévaloir de l’état de démence résultant de son comportement fautif préexistant. »

Le fiasco judiciaire : Un mois plus tard, les deux juges d’instruction en prenaient le contre-pied en rendant une ordonnance où elles estimaient qu’il existait des « raisons plausibles » (alors qu’il n’existait donc aucune certitude permettant) de penser que le discernement du suspect était aboli au moment des faits.

La chambre de l’instruction a tranché dans ce sens. Ben voyons ! (Le Monde, par Louise Couvelaire).

Avez-vous jamais pénétré les décisions de justice ? Si la responsabilité pénale est l’affaire des juges, et non l’affaire des experts, on se demande si la justice est bien là, ou ce qui en tient lieu. Alors que l’humaine faiblesse des juges les pousse à imputer ailleurs la débâcle du fiasco judiciaire « à la française » dans l’affaire du meurtre islamiste de Sarah Halimi, elle est présentée alors comme une défaite des méchants experts !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard pour Dreuz.info.

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