Publié par Gaia - Dreuz le 3 mars 2021

Source : Printempsrepublicain

Quatre épisodes publiés sur trois semaines, un total de 121 000 signes et un temps de lecture annoncé pour… 1h18 : qui a droit à un traitement médiatique pareil ?

À part Xavier Dupont de Ligonnès, nous n’avons pas trouvé un sujet ayant donné lieu à une « enquête » aussi foisonnante que cette interminable tétralogie, qui est un démontage en règle du Printemps Républicain. Mais la comparaison s’arrête là : alors que le travail remarquable des enquêteurs de Society restera dans les mémoires comme un chef-d’œuvre de minutie, de professionnalisme et de talent, le trio qui signe cette logorrhée à charge devra assumer la paternité d’une copie indigente, ridiculement orientée, multipliant les erreurs factuelles et les contresens grossiers, le tout, comme on le verra, au mépris de la déontologie journalistique la plus élémentaire.

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Plus d’un an d’enquête, à trois journalistes, pour ça ? C’est assurément un procès à charge, avec un côté « règlement de comptes » dont nous reparlerons. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas souhaité répondre au questionnaire [1], disons plutôt l’interrogatoire, que nous ont adressé les auteurs, le jeudi pour une publication mensongèrement annoncée pour le samedi (l’article paraîtra en fait une semaine plus tard) afin de nous contraindre à répondre dans l’urgence. Pour une enquête démarrée un an plus tôt, le procédé est étrange ! Plus étranges encore, certaines questions comportant de graves insinuations, notamment sur nos financements. Il n’en est d’ailleurs pas resté grand-chose dans la série publiée…

Le « matraquage » incontinent paru dans Slate, à défaut de permettre de comprendre quoi que ce soit sur le Printemps Républicain, illustre bien le théorème de Brandolini : il faudrait un temps et une énergie infinis pour débusquer toutes les failles de cette pseudo-enquête. Rassure-toi, lecteur : nous n’allons pas rivaliser en nombre de signes, ni prendre la pelle pour déblayer l’avalanche de sottises que charrie cette diatribe. On se contentera, ici, d’en relever les plus grosses, de rectifier quelques contre-vérités sur l’essence même de notre mouvement, essentiellement pour laver l’honneur de nos militants, que les trois compères n’ont même pas cherché à rencontrer, et de resituer le débat au niveau où il devrait être, c’est-à-dire les enjeux politiques de fond qui ont suscité la naissance du Printemps Républicain, et qui expliquent pourquoi ce mouvement de bénévoles à peine organisé et sans moyens pèse chaque jour un peu plus dans le débat public. Voilà ce qu’une enquête digne de ce nom aurait dû s’attacher à analyser, quitte d’ailleurs à critiquer radicalement nos positions. Mais avant de récuser, il faut s’attacher à comprendre. Et pour comprendre il faut travailler. C’est ce que les « enquêteurs » n’ont pas fait.

Il y a d’abord un incroyable festival d’erreurs et d’insinuations douteuses, des attaques personnelles essentiellement étayées par des témoignages à charge, souvent anonymes ; il y a aussi un gros problème de déontologie journalistique, deux des trois enquêteurs se trouvant être juges et parties et/ou avoir eu des liens de nature professionnelle ou personnelle avec plusieurs membres du Printemps Républicain ou proches de celui-ci ; il y a enfin une incompréhension totale des débats de fond sur lesquels nous sommes engagés, la série d’articles se contentant de reprendre les poncifs et les slogans de quelques-uns de nos détracteurs les plus acharnés, sans jamais analyser nos textes et nos déclarations.

1.   Un festival d’erreurs, d’approximations et de rapprochements douteux

Passons sur les innombrables erreurs matérielles : Gilles Clavreul n’a jamais été membre de la Gauche Populaire, Jean-Claude Michéa n’a jamais fait partie des références théoriques du Printemps Républicain, Antoine Spire n’a pas été écarté de la direction de la revue de la Licra mais en a démissionné, et quant au tweet qui est censé illustrer l’activité de Stéphane Nivet, délégué général de la Licra, il est antérieur d’un an à son arrivée dans l’organisation antiraciste. Ces erreurs n’ont pas une grande importance en soi, mais elles disent assez le manque de rigueur et l’absence de vérification des faits.

Dans certains cas, ces bévues prennent des proportions franchement comiques : ainsi du témoignage de Samuel Grzybowski, le fondateur de Coexister, qui se lamente d’avoir été évincé, fin 2016, de la plupart des ministères, ne trouvant refuge que chez « Cécile Duflot, ministre du Logement »… laquelle avait quitté le gouvernement deux ans et demi auparavant ! [2]

Laissons là le bêtisier, il y a plus sérieux et plus problématique. Dans la mesure où « l’enquête » n’apporte aucun élément nouveau sur le Printemps Républicain et se contente le plus souvent de rappeler des épisodes déjà largement connus en citant des articles à charge, l’essentiel de la diatribe consiste en des insinuations, des rapprochements et des mises au conditionnel destinés, d’une part, à étayer soit un entrisme dans la Macronie, soit un reproche fantasmatique de connivence avec l’extrême droite (il faudrait savoir !), et d’autre part à mettre en cause des méthodes de type quasi sectaire. De nombreux éléments relatés n’ont aucun rapport avec le Printemps Républicain, comme les amendements déposés par la députée Aurore Bergé ou la boucle Telegram de soutien à Jean-Michel Blanquer, à laquelle aucun membre du Printemps ne participe. Il s’agit donc juste, par allusions et collages, de créer un « climat ».

Pour instruire le procès en « dérive droitière », l’article évoquera l’essayiste Céline Pina, dont il n’est rappelé à aucun moment les raisons de fond qui ont poussé le Printemps Républicain et cette dernière, ainsi que l’enseignante Fatiha Boudjahlat, à acter une séparation trois semaines seulement après la fondation du mouvement, justement en raison de prises de position incompatibles avec nos valeurs [3]. Cela n’empêche pas les auteurs d’enfoncer le clou en soulignant le rapprochement de Céline Pina avec Michel Onfray. Ainsi, par association, le Printemps Républicain soutient Michel Onfray par le truchement de Céline Pina ! Or plusieurs d’entre nous (Gilles Clavreul, Laurent Bouvet et Amine El Khatmi notamment) ont pris fermement position contre Front Populaire dès sa création [4]. De même, l’idée d’une proximité avec le journal Causeur est totalement fausse et il est facile de le vérifier : Gilles Clavreul a ainsi essuyé plusieurs articles à charge de la part de ce mensuel, notamment autour du concept de tenaille identitaire [5]. Le reste, ce sont des jugements d’acteurs politiques résolument hostiles aux idées que nous défendons comme Sandra Regol, qui ne cache pas ses sympathies avec des figures de la mouvance décoloniale, ou le député ex-LREM Aurélien Taché dont il n’est nul besoin de commenter la trajectoire politique, des entrepreneurs identitaires comme Samuel Grzybowski et Rokhaya Diallo ou des protagonistes politiques ou intellectuels qui, ne partageant pas les mêmes conceptions que nous, ne veulent pas entendre parler d’une composante républicaine à gauche. Les auteurs de l’article se gardent d’ailleurs de préciser qu’Aurélien Taché et Rokhaya Diallo font l’objet d’une plainte en diffamation de la part de Gilles Clavreul. Quant à Samuel Grzybowski, il prête à Gilles Clavreul des propos pour le moins étranges qu’il lui aurait tenus il y a six ans, parlant de « taper sur les musulmans ». Outre qu’il faudrait être bien imprudent pour sortir une telle phrase à un soutien avéré des Frères musulmans, c’est prêter beaucoup de crédit que de rapporter les propos d’un jeune homme connu pour son imagination pour le moins fertile… Qu’importe : la citation douteuse, complaisamment mise en intertitre, a été reprise par de nombreux comptes islamistes sur les réseaux sociaux. C’était sans doute le but recherché…

On est donc, soit dans l’attaque ad hominem de la part de personnages à la fiabilité aléatoire, soit, dans le meilleur des cas, dans le commentaire d’opposants politiques – pourquoi pas, d’ailleurs ? – mais on n’est pas, dans ce cas, dans une démarche d’information, ce qui aurait supposé d’interroger des observateurs qui ne sont pas eux-mêmes des protagonistes de ces disputes.

L’autre partie de la démonstration consiste à faire passer le Printemps Républicain pour une quasi-organisation secrète. On donnera ainsi la parole à un anonyme qui parle d’entre-soi « germanopratin » puis évoque cette mystérieuse « fête du faubourg » où se seraient croisés les fondateurs du Printemps Républicain. Peu importe qu’il ne s’agisse pas du même faubourg, l’essentiel est de faire croire à une petite coterie parisienne. Las, sur les 2097 adhérents et anciens adhérents du Printemps Républicain, 544 sont domiciliés à Paris. Les articles ne disent par ailleurs rien de nos 22 antennes régionales, dont l’activité est pourtant largement disponible via les réseaux sociaux [6], mis à part un ou deux commentaires malveillants et bien évidemment anonymes, ou un passage incompréhensible sur Marseille, évoquant une association sans lien avec le Printemps Républicain. En revanche, avec un certain luxe de poncifs (« rond de serviette », « reçus discrètement par le conseiller X…. »), que de détails sur nos « entrées dans les ministères », alors que les membres du Printemps Républicain n’ont jamais été reçus nulle part ès qualités, et n’ont d’ailleurs jamais cherché à l’être !

La confusion volontaire entre les activités professionnelles ou les relations personnelles de certains d’entre nous et le mouvement participe là encore d’une obsession quasi-complotiste : prouver que le Printemps Républicain, bien qu’insignifiant, « tire les ficelles ». Nos fins limiers auront-ils peur de tomber dans le cliché ? Pas du tout : car qui dit complot ourdi dans l’ombre dit forcément franc-maçonnerie. Et l’article d’échafauder une théorie tout aussi grotesque que douteuse sur l’appui décisif du Grand Orient de France et du Comité Laïcité République dans l’essor du Printemps. Là, non seulement tout ce qui est écrit est faux – les auteurs sont même allés jusqu’à nous interroger sur un prétendu financement reçu des francs-maçons ! – mais nous n’aurions jamais imaginé lire dans un média qui se prétend « progressiste » une charge aussi nauséabonde. Nous en sommes presque gênés de préciser que notre mouvement ne demande pas aux gens qui adhèrent, à partir du moment où ils se reconnaissent dans les principes républicains de notre pays, leurs opinions philosophiques. Le fantasme maçonnique est une obsession permanente de l’extrême droite que Slate ne s’honore pas à relayer.

2.   Des attaques ad hominem appuyées sur des témoignages exclusivement à charge, le plus souvent anonymes

Trente-cinq : c’est le nombre de témoignages anonymes mentionnés dans l’enquête. Correspondent-ils à 3, 12 ou 35 témoins ? Qui sont-ils et que vaut leur témoignage ? Mystère. En tout cas, ils sont plus nombreux que les témoins à visage découvert, au nombre de 31. Justification déjà utilisée par d’autres : les témoins auraient peur des « représailles », argument invérifiable mais qui présente l’avantage d’étayer les soupçons d’avoir affaire à une bande organisée. Autre procédé contestable, l’usage de guillemets sans préciser s’il s’agit d’une interview ou d’une citation. Des propos prêtés à Christophe Guilluy laissent ainsi penser qu’il critique l’usage fait par Laurent Bouvet de l’insécurité culturelle, mais rien n’indique que le géographe parle spécifiquement de Laurent, ni ne permet de savoir s’il répond aux journalistes ou s’il s’agit de propos tenus ailleurs.

Ces méthodes douteuses visent deux objectifs : conforter la réputation sulfureuse de terreur des réseaux sociaux que certains militants ou journalistes engagés cherchent à entretenir ; entacher la réputation et le crédit professionnel des membres fondateurs du Printemps Républicain.

Répété pour la 10000ème fois, le procès en activisme twiterresque est ici alimenté par des propos toujours aussi vagues sur de prétendues armées de trolls, par des mentions de comptes sans autre rapport avec le Printemps qu’un vague « like » de l’un d’entre nous, voire, par des accusations portées par de quasi-professionnels du harcèlement numérique, revendiquant haut et clair la pratique du doxing et celle de l’insulte, comme la twitto Stéphanie Lamy, [7] et autres comptes d’ailleurs fréquemment suspendus par l’opérateur. On trouve même mention d’un compte « OAPR », spécialisé dans le matraquage anti-Printemps Républicain après avoir ciblé uniquement Laurent Bouvet, auteur à ce jour de… 6919 tweets à charge contre nous, dont nombre relèvent de calomnies dignes de la presse d’extrême droite. Il en va de même pour une demi-douzaine de comptes cités dans l’article, dont il est facile de vérifier l’obsession qui les anime – l’un d’entre eux aura ainsi consacré 140 tweets pour relayer le premier volet de la série de Slate ! Bref, les témoins de moralité numérique de nos auteurs sont eux-mêmes des usagers problématiques des réseaux sociaux. Il n’en va certes pas de même des journalistes cités, mais outre que leur marquage idéologique est plus évident que leur ouverture d’esprit, on s’amusera un peu de voir mentionner un tweet dans lequel c’est le journaliste Frantz Durupt qui « trolle » Gilles Clavreul, dans un passage censé démontrer le contraire : nos brillants enquêteurs ont-ils vraiment vérifié et compris leurs propres illustrations ?

En tout cas, ils ne se sont guère embarrassés du minimum d’honnêteté intellectuelle pour conduire cet épisode 3 sur le harcèlement numérique. Le tweet qui donne son titre à l’article [« T’inquiète, j’ai d’autres comptes. Je vais pas te lâcher après ce que tu as osé faire à mon pote. Je n’oublierai jamais. »], dont l’auteur est Jérôme-Olivier Delb, ne précise à aucun moment qu’il répond à un tweet de Rokhaya Diallo moquant la santé de Laurent Bouvet – elle prétendra qu’il s’agit d’une méprise – [8], dont il est de notoriété publique qu’il est gravement malade.

La vérité est beaucoup plus simple : le Printemps Républicain, comme tous les mouvements politiques, est actif sur les réseaux sociaux, y offre son point de vue sur l’actualité et en critique d’autres. En revanche, pas plus que la France Insoumise ou LREM, il ne maîtrise la parole de chacun de ses adhérents, moins encore l’expression de ceux que quelques « retweets » peuvent, à raison quelquefois et le plus souvent à tort, assimiler au Printemps Républicain. En revanche, le Printemps n’a jamais pratiqué de campagnes de harcèlement en ligne, ce qui suppose une organisation collective, des mots d’ordre, un hashtag de ralliement, etc. Nous sommes d’ailleurs bien placés pour savoir ce qu’est une campagne de harcèlement, pour en avoir subi plusieurs, individuellement et collectivement. Les « enquêteurs » se gardent bien de rappeler que nous avons exprimé notre soutien à de nombreuses personnes victimes d’attaques personnelles, quand bien même ne partageaient-elles pas du tout nos positions : Rokhaya Diallo, Danièle Obono ou encore… Isabelle Kersimon, par exemple [9]. Inutile de dire que nous n’avons jamais bénéficié d’aucune réciprocité… En fait, nos procureurs valident sans le questionner un stratagème bien connu des « wokes » et que plusieurs personnes citées dans les articles utilisent eux aussi : crier au harcèlement à la moindre critique pour éviter de répondre sur le fond. Or qu’y a-t-il de scandaleux à ce que nous demandions un droit de réponse à un journaliste qui nous qualifie de mouvement d’extrême droite ? [10] En quoi s’agit-il de harcèlement ? Tout est affirmé, asséné, rabâché, mais en fait rien n’est démontré.

Même chose pour le deuxième volet de la saga, pur exercice de démolition de réputation au détriment, notamment, de Laurent Bouvet et de Denis Maillard, quasiment présentés comme des imposteurs, sans autre élément que des témoignages d’individus ayant eu des contentieux personnels avec les intéressés – ce qui arrive à tout le monde, notamment, pour ce qui concerne Laurent, dans le champ intellectuel où les joutes sont nombreuses et vives – là encore le plus souvent anonymes. Doit-on s’étonner que l’un des anonymes en question, présenté comme un ancien membre fondateur, se soit montré particulièrement pressant auprès de certains d’entre nous pour obtenir des contacts et faciliter des rendez-vous en lien avec ses activités professionnelles, et qu’il ait quitté le Printemps au moment où il s’est aperçu que ses démarches resteraient sans effet ? Là encore, nos enquêteurs n’ont pas été bien regardants : du moment qu’on pouvait dire du mal, tout était bon. À part tendre le micro à des détracteurs, une fois encore, aucun élément concret n’étaye le procès en illégitimité.

3.   Un sérieux problème de déontologie journalistique

L’aspect le plus grave de cette série sur le Printemps Républicain touche à la déontologie journalistique. En effet, deux des trois rédacteurs de la saga ont été, des années durant, en relation à la fois personnelle et professionnelle avec plusieurs membres du Printemps Républicain. À aucun moment ils n’en font mention, trompant ainsi le lecteur sur leur neutralité personnelle par rapport à l’objet de leur enquête. Or ces liens, comme on va le voir, n’ont rien d’anecdotiques : ils donnent au contraire un éclairage déterminant sur leurs motivations.

Romain Gaspar a ainsi été en relation étroite avec Gilles Clavreul et Denis Maillard pour l’ouvrage collectif Inch’Allah, réalisé par de jeunes journalistes en formation et supervisé par Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Les deux fondateurs du Printemps ont été sollicités par l’intéressé en 2017 pour, justement, l’aider à enquêter sur l’islamisme en France dans divers domaines – ce qui tend à prouver qu’il était alors moins sévère sur l’expertise qu’ils étaient susceptibles de lui apporter sur le sujet. Et en effet, Romain Gaspar a bénéficié de conseils, de contacts et d’analyses de leur part, et semblait en être satisfait au point de les solliciter à de nombreuses reprises et durant plusieurs mois. Si satisfait, d’ailleurs, qu’on retrouve dans Inch’Allah des paragraphes entiers sur la religion en entreprise qui font furieusement penser à des passages… du livre de Denis Maillard [11], descendu en flèche dans l’épisode 2 ! La prise de conscience de notre jeune journaliste sur nos méfaits a dû être vraiment toute récente, puisque début 2020, il accueillait encore pour La Gazette des communes les résultats et commentaires d’un sondage sur la décentralisation initié par L’Aurore, le think tank dont il écrit par ailleurs tant de mal [12]. Question simple : puisque « l’enquête » sur le Printemps Républicain est censée avoir débuté il y a plus d’un an, Romain Gaspar continuait-il à entretenir de bonnes relations avec Gilles Clavreul tout en enquêtant sur lui ? Ce serait là, d’un point de vue déontologique, quelque chose qui nous semble assez grave.

Mais c’est encore peu de choses en regard de la posture malhonnête d’Isabelle Kersimon. Les membres du Printemps Républicain ont expérimenté avec elle les mêmes déconvenues que beaucoup de personnes qu’elle a approchées depuis dix ans : une entame sympathique, enthousiaste et parfois un peu envahissante, un mélange de connivence personnelle et d’adhésion intellectuelle et idéologique, puis, du jour au lendemain, un retournement complet d’attitude qui se transforme en véritable haine. Successivement, le coauteur de son livre sur l’islamophobie, Céline Pina, Laurence Marchand-Taillade, nombre de membres du Comité Laïcité République, et donc nous-mêmes, sans compter les médias dans lesquels elle a travaillé – ont tous subi ses assauts, puis son ire, avec un motif qui se répète à chaque fois : un procès en dérive idéologique ( tiens…) doublé d’une accusation en captation de propriété intellectuelle, Isabelle Kersimon s’estimant « volée » de ses travaux par des esprits peu scrupuleux. Que faut-il penser de l’intégrité de quelqu’un qui écrit et publie un procès à charge contre des gens avec qui elle a travaillé, dont certains sont allés jusqu’à l’aider à trouver des collaborations rémunérées, quand d’autres l’ont même hébergée et même aidée financièrement, sans autre « remboursement » que des attaques ad hominem ? En tout cas, le lecteur n’apprendra pas de sa plume que, si elle parle de « l’appartement cossu » (en fait un appartement tout à fait classique du 14ème arrondissement de Paris) où s’est tenue la première réunion du Printemps, c’est parce qu’elle le connaît bien pour y avoir été hébergée.

Le lecteur de Slate pourra en revanche plus facilement retrouver les contributions d’Isabelle Kersimon dans Causeur, Le Point et Le Figaro. Il s’interrogera alors sur le sens de ses attaques d’aujourd’hui contre le Printemps Républicain. Il se demandera la consistance du procès en « obsession contre l’islam » de la part d’une journaliste qui n’a pratiquement écrit que sur ce sujet pendant des années [13]. Il sera encore plus médusé de constater que l’une des twittos les plus actives pour dénoncer l’association Coexister durant l’année 2016, époque supposée du harcèlement exercé par le Printemps Républicain, n’est autre qu’une certaine Kersimon Isabelle, usant de la pratique caractéristique consistant à répéter un même tweet pour interpeller un maximum d’interlocuteurs [14]. Et il finira par se demander quelle dissonance cognitive a pu frapper l’auteure (et la véritable instigatrice, en réalité) de cette tétralogie lorsqu’elle interroge Gilles Clavreul en décembre 2015, le présentant comme « très nuancé », sur la campagne de cyberharcèlement qu’il vient de subir de la part du CCIF, campagne à laquelle ont participé quantité de témoins à charge dans son enquête de 2021.

Est-ce tout ? Non, ce n’est pas tout. Nous nous refusons à opérer les mêmes procès par association et ne reprocherons pas à Isabelle Kersimon ce que d’autres lui reprochent depuis des années quant à ses fréquentations politiques : après tant de volte-face, on sait bien qu’elles n’ont pas de réelle consistance de toute façon. En revanche, il faut quand même préciser que le mélange des genres ne lui a jamais posé problème : ne manifestait-elle pas de façon appuyée à Gilles Clavreul son soutien à Manuel Valls durant la campagne des primaires de la gauche fin 2016, parlant de « notre candidat préféré » pour tenter d’établir une connivence politique qui ne lui était nullement demandée ? Ne sollicitait-elle pas auprès du même Gilles Clavreul un appui pour obtenir des rendez-vous dans les ministères ? N’a-t-elle pas cherché son soutien dans le cadre de la demande de financement public pour l’association qu’elle a fondée, l’INRER, dont un membre est d’ailleurs interrogé dans l’article, autre confusion des rôles non signalée au lecteur ?

Bref, nous estimons que cette enquête est entachée de conflit d’intérêts, qu’elle entretient sciemment le lecteur dans l’ignorance d’éléments mettant en cause l’objectivité de ses auteurs et trahit gravement certains des principes déontologiques les plus essentiels tels qu’ils sont définis par la Charte de Munich et notamment ses points 1, 3, 4, 5 et 8 [15]. Les motivations personnelles de ces journalistes, peut-être désireux de se racheter un certificat de bonne conduite idéologique en nous attaquant, après avoir été eux-mêmes pris pour cibles comme « islamophobes », sont l’explication la plus probante. En revanche, que Slate n’ait pris aucune précaution pour cette publication montre un manque de professionnalisme qui devrait conduire ses responsables à un minimum d’introspection…

4.   Un contresens complet sur le positionnement politique du Printemps Républicain

Si les auteurs se sont permis une telle mauvaise foi, s’ils ont rompu de façon aussi caractérisée avec les canons du métier journalistique, c’est qu’au fond, pour eux, la fin justifiait les moyens. Le niveau d’exécration du Printemps Républicain est tel chez certains, que les arrangements avec la morale et la vérité sont non seulement possibles mais recommandés. Au jeu de qui massacrera le Printemps Républicain, tous les coups sont permis.

À la racine de ce qu’il faut bien appeler de la haine, il y a une incompréhension profonde. L’avocat Jean-Pierre Mignard, qui déteste le Printemps Républicain tout en sachant très bien, pour en connaître certains personnellement, que ses membres ne sont pas les horribles fachos qu’il dépeint, n’a pas tort cependant de dire qu’il faut une certaine culture politique pour le comprendre. En lisant cette série d’articles, et au-delà de la mauvaise foi patente des auteurs, nous nous sommes sincèrement demandé si nous aurions la moindre chance de leur expliquer, au terme d’une discussion posée et sereine, ce que sont nos fondamentaux politiques. Nous sommes arrivés à la conclusion que, faute d’une connaissance autre que superficielle des débats intellectuels auxquels, individuellement et collectivement, nous avions pris part au cours des dernières années, les trois enquêteurs étaient tout simplement dépassés par des questions qu’ils ne maîtrisaient pas. C’est particulièrement flagrant dans le dernier opus censé démontrer notre « dérive » ultra-laïque.

Exemple significatif : la citation d’un article ancien de Laurent Bouvet sur la troisième voie blairiste, compris complètement à contresens comme un éloge du social-libéralisme. Ainsi, également, des paragraphes entiers sur la laïcité où il est constaté que nous ne partagions pas les vues de Jean Baubérot – la belle affaire ! En effet nous ne sommes pas d’accord avec l’opposant aux lois de 2004, 2010 et de l’actuel projet de loi renforçant les principes républicains, défenseur historique des « accommodements raisonnables » – sans que soit seulement mentionnée l’existence d’un livre de Laurent Bouvet, “La Nouvelle Question laïque” dont la lecture invalide totalement l’argumentaire purement polémique de Baubérot et consorts, que le triumvirat reprend sans discussion ni nuance. Idem pour les multiples contributions de Gilles Clavreul ou de Denis Maillard dans des revues, ouvrages collectifs, actes de colloque, etc. La laïcité telle que nous la défendons est strictement et absolument celle de l’héritage révolutionnaire, des lois de 1882-86, de la loi de 1905, des lois de 2004 et de 2010, et encore, celle d’un patrimoine intellectuel qui, contrairement à ce que bredouillent nos plumitifs, ne se limite pas à l’excellent Henri Pena-Ruiz, mais comporte Ferdinand Buisson, Georges Clemenceau, Edgar Quinet, Jules Barni, Charles Renouvier, Catherine Kintzler et qui ne découle aucunement d’une relecture identitaire et culturelle de la laïcité dont une partie de la droite et de l’extrême droite se sont récemment faits les promoteurs, mais d’une conception politique fondée sur un libre choix citoyen. Cela est écrit et expliqué en toutes lettres dans le livre de Laurent Bouvet. Encore aurait-il fallu le lire… Idem sur l’insécurité culturelle : si les auteurs s’étaient donné la peine de lire le chapitre du livre consacré à la captation et à l’instrumentalisation des peurs culturelles par le Front National [16], ils ne reprendraient pas les critiques orientées et infondées de Jean-Yves Pranchère, Alain Policar ou d’autres sur un prétendu rapprochement idéologique.

Que nos contempteurs aient la lecture paresseuse ou sélective, le résultat pour le lecteur est le même : une volontaire ignorance de notre production écrite pour ne retenir que ce qui a trait à l’islam et ainsi entretenir le soupçon d’obsession anti-musulmane. Rien sur nos interventions sur les « Premières lignes de la République », c’est-à-dire les fonctionnaires, les élus, les citoyens engagés en charge du commun [17]. Rien sur les tribunes de Vincent Lautard sur la santé et la crise sanitaire [18]. Rien sur les écrits de Denis Maillard sur les gilets jaunes et la société du back-office [19]. Rien sur les articles de Benjamin Sire sur la société numérique, la culture ou le logement [20]. Rien sur les billets de Gilles Clavreul sur l’État, l’Europe, l’actualité politique, la privatisation d’ADP, ou la réforme des institutions [21]. Rien sur les propositions d’Amine El Khatmi en matière d’écologie, de fiscalité ou de politique de la ville [22]. Tout ce qui ne permet pas d’instruire le procès est systématiquement occulté – un peu à la manière dont Charlie Hebdo a été accusé de multiplier les « unes » sur l’islam et d’ignorer les autres religions, ce qui est absolument faux [23]. Et d’ailleurs, rien non plus sur nos très nombreuses interventions contre l’extrême droite ou pour dénoncer des entorses à la laïcité visant le culte catholique, sinon pour prétendre qu’elles sont uniquement destinées à « donner le change », un argument complotiste par excellence [24]. D’où notre question : qui, en fait, est obsédé par les questions identitaires et par l’islam ? Qui passe sa vie sur les réseaux sociaux au point de tout voir par le prisme de Twitter ?

Voilà pourquoi, pour nos trois Pieds nickelés et la petite cohorte qui nous épie, nous moque et nous conspue en permanence et ne manquera pas de continuer à le faire, le mystère Printemps Républicain reste entier : mais comment cette petite bande « d’illuminés », pour reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon, en perdition, qui ne représente rien et qui énerve tout le monde, peut-elle prendre une importance chaque jour grandissante dans le débat public ? On sent que la question les taraude…

Pour le comprendre, il fallait peut-être s’interroger un peu plus sur la dimension étrangement fantasmatique qu’a prise l’image publique du Printemps Républicain : et si d’aventure nous avions – un peu ! – touché juste sur certains des maux qui traversent la société française, comme l’ensemble des sociétés occidentales ? Et si l’obsession identitaire, que nous enregistrons cliniquement pour la dénoncer et tenter de la désamorcer – c’est toute la différence entre dire « il pleut » et dire « j’aime la pluie » – reflétait bien une réalité vécue et perçue comme un danger par nombre de nos concitoyens ? Et si, parmi ces concitoyens, il pouvait s’en trouver qui, échappant aux logiques d’enfermement, avaient simplement envie de respirer un peu à l’air libre sans être rappelés constamment à leur religion, leur origine ou leur genre ?

Pour cela, il aurait fallu tout simplement interroger nos adhérents : que sont-ils venus chercher chez nous qu’ils ne trouvaient plus ailleurs ? Il aurait fallu reprendre sérieusement nos papiers, nos analyses de fond et constater qu’elles ne sont en rien la caricature grossière qu’en a donnée Slate, après tant d’autres. Et puis aussi, il aurait peut-être fallu se demander pourquoi cette petite bande de bourgeois vieillis et hargneux ont comme président un jeune Français de confession musulmane, né dans un quartier populaire d’une ville du sud de la France. Amine El Khatmi, la figure quasi absente de cette interminable saga, comme si un Arabe ne pouvait pas compter, comme s’il ne pouvait être qu’un faire-valoir. C’est peut-être la seule chose qui n’est pas délirante dans la « pensée » décoloniale : la critique du racisme inconscient d’une certaine petite bourgeoisie progressiste. En même temps qu’un pensum bâclé et hargneux, rédigé au mépris de toute déontologie, Slate nous en aura livré ici un bien triste exemple.

Le Printemps Républicain déconcerte et agace. D’abord parce que, c’est vrai et on peut comprendre qu’on nous le reproche, nous sommes un peu la mauvaise conscience républicaine de la gauche. Sans même être issus de ses composantes « souverainistes » historiques, nous rappelons avec insistance que la gauche, c’est le respect des petites gens, c’est l’universalisme, c’est la laïcité, c’est l’antiracisme et la lutte contre l’antisémitisme, c’est aussi une certaine idée de l’État et du service public. Il est normal que lorsque nous pointons des logiques clientélistes, quand nous critiquons une laïcité dénaturée dans un « vivre-ensemblisme » mièvre, quand nous constatons le décalage de représentations entre certaines élites et l’électorat de gauche sur la laïcité, la perception des forces de l’ordre ou que nous appelons à rendre à l’école sa place fondamentale d’instituteur de la République, cela ne plaît pas à ceux qui se sont dispensés depuis si longtemps de leurs devoirs républicains, et qui ont tout simplement oublié d’où la gauche venait et quelle était sa vocation historique.

Et puis, nous ne sommes pas un parti politique classique, et si nous allons descendre dans l’arène, ce sera à notre façon, singulière, celle d’une bande d’amis qui viennent d’horizons différents – essentiellement de la gauche, et pour quelques-uns d’entre nous, du centre et de la droite modérée et républicaine – qui n’a cessé de s’agrandir, qui fonctionne de manière totalement collective, sans autre moyen que les cotisations de ses adhérents [25], sans bureaux et sans permanents. Et puis, nos adhérents nous le disent : il y a du plaisir à être au Printemps Républicain. On y discute librement, il n’y a aucun enjeu de pouvoir, on est heureux de se retrouver, même si le Covid a tout compliqué. Ceux qui ont quitté les partis politiques traditionnels, en particulier, nous disent retrouver avec nous ce qu’ils avaient complètement perdu dans leur formation d’origine, sclérosée intellectuellement et paralysée par les logiques d’appareil. Notre amateurisme revendiqué, l’indifférence aux logiques de carrière des fondateurs et la vigilance de nos militants qui ont bien l’intention qu’on continue comme cela nous vaccinent, espérons-le pour longtemps, contre le risque de devenir un parti comme les autres.

Mais peu importe : le Printemps Républicain poursuit sereinement sa route. Cap sur 2022 : nous serons présents.

[Les notes de bas de page sont détaillées ici : bit.ly/2Pfau1K ]

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