Publié par Abbé Alain Arbez le 27 mars 2021

Les mesures de précautions sanitaires nous ont empêchés durant un an de nous retrouver comme les années précédentes au sein de notre groupe de dialogue juifs-chrétiens de Genève. Mais cela ne doit pas minimiser l’importance de ces relations d’échange et d’amitié tissées au fil du temps et toujours appelées à s’approfondir. Les événements dans le monde nous redisent combien l’enjeu du dialogue judéo-chrétien reste essentiel.

Nous approchons des fêtes de Pâques qui se célébreront dans la même période. Les « aînés dans la foi » précéderont les chrétiens d’une semaine. Pour la Pâque juive, nous disons aux amis juifs : HAG PESSAH SAMEAH !

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Comme les enfants lors du repas du seder, nous nous posons tous des questions pour actualiser et faire le lien entre les événements de nos vies et le passage de Dieu dans notre histoire. Que cette fête soit pour nous tous, et selon nos traditions respectives, une source renouvelée de bénédictions !

Permettez-moi de partager quelques réflexions autour de la fête chrétienne de Pâques qui s’annonce juste après la Pâque juive. Pour les chrétiens, Pâques s’écrit au pluriel, car il y a un lien entre les deux Pâques, celle du peuple juif et celle des disciples de Jésus.

Pour Jésus et ses amis, la plus grande fête qu’ils célèbrent chaque année, c’est la Pâque, le mémorial de la sortie d’Egypte, la libération des servitudes et la réception des 10 commandements, ce qui correspond à un passage de la mort à la vie, et à un nouveau départ pour tout un peuple. C’est d’ailleurs à l’intérieur de cette commémoration de l’Alliance que Jésus a voulu inscrire le don de sa propre vie sur la croix du Golgotha, et c’est ce qui fait que cette Pâque du Christ est vraiment au centre de la vie des baptisés. Les textes du Nouveau Testament le confirment: toutes les activités apostoliques de l’Eglise naissante, tous les messages, se sont articulés autour de la résurrection de Jésus. La foi en la résurrection des morts s’exprimait déjà avec Osée, Ezekiel, et d’autres, mais elle s’est explicitée surtout à partir de la période des Maccabîm, sous la persécution d’Antiochus Epiphanos et avec la naissance du mouvement pharisien.

Un témoignage intéressant est celui du pharisien Shaoul de Tarse devenu Paul après sa conversion au Ressuscité sur le chemin de Damas.

On attendait du Dieu de justice et de miséricorde qu’il appelle les morts à la vie à l’échéance de la fin du monde. Or le fait de croire que Dieu ait ressuscité Jésus dès maintenant a été vécu par les premières communautés de foi comme une anticipation de la fin des temps. Le message d’espérance a été reçu comme le signal prometteur de notre propre destinée, afin que nous nous y préparions par une éthique personnelle et collective.

Si l’évangéliste Jean insiste dans son récit d’apparition sur la trace des clous dans les mains et le côté du Ressuscité, ce n’est pas par esprit morbide. C’est pour réagir envers ceux qui douteraient que Jésus soit réellement mort en croix. Il affirme à l’intention des Grecs (qui ne croient qu’à l’immortalité de l’âme) que le Christ ressuscité et le Jésus historique sont la même personne.  Le Christ ressuscité est bien le rabbi galiléen, fils de Marie, adopté par Joseph, et né à Bethléem de Judée (pays des Juifs).

Par conséquent affirmer que Jésus est ressuscité,  ce n’est pas oublier le Jésus en chair et en os intégré dans l’histoire d’Israël. Ce n’est pas déshumaniser ou déjudaïser son message. C’est au contraire respecter l’incarnation de la Parole de Dieu dans un homme précis appartenant à un peuple précis, mais dont l’événement de fin de vie terrestre est vécu comme un commencement universellement destiné à tous les êtres humains, de toutes ethnies, cultures et appartenances.

Aujourd’hui, ce Christ nous redit, comme aux disciples: « paix et joie »! Dans la Bible, le shalom, la paix et la joie sont la marque des derniers temps. Nous sommes en effet dans ces temps où l’humanité doit s’orienter vers sa finalité, mettre toutes ses forces vives vers son accomplissement dans le respect des vraies valeurs.

C’est un peu comme si Jésus nous provoquait face aux problèmes du monde: je ne veux pas avoir d’autres mains que les vôtres afin d’agir sur cette terre pour la louange de Dieu et la gloire de son Saint Nom. C’est vous qui êtes mes mains, et par votre baptême, c’est vous qui êtes ma voix et ma présence christique ! Vous l’êtes aux côtés de mes frères juifs, tous ensemble actifs – au nom de l’alliance – auprès des hommes et des femmes qui cherchent à déceler et instaurer la lumière au milieu des obscurités de ce monde.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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