Publié par Gaia - Dreuz le 2 mars 2021

Source : Huffingtonpost

En publiant les témoignages d’électeurs de gauche assurant qu’ils ne feront pas barrage au RN en 2022 si cela implique de voter pour Emmanuel Macron, le quotidien a mis la majorité aux abois.

La majorité en perd son unité. Ce samedi 27 février, LE sujet politique de la journée, c’était la Une de Libération renvoyant dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron en relayant la parole d’électeurs de gauche se disant trop déçus par le mandat en cours pour envisager de voter à nouveau pour le président sortant en 2022. Et ce même s’il se retrouvait une seconde fois face à la candidate annoncée du parti d’extrême droite. 

Derrière cette Une, en ouvrant le journal, on découvre les témoignages d’électeurs (et de lecteurs) qui fustigent tantôt la présidence en réalité droitière -sous couvert de centrisme – du fondateur de la République en marche, tantôt la désunion de la gauche, incapable de mettre de côté ses divergences pour faire front commun. Surtout, beaucoup refusent de répéter un geste devenu réflexe depuis le 21 avril 2002: celui de voter pour faire barrage, c’est-à-dire de voter contre des idées qu’ils rejettent plutôt que pour celles qui les animent. 

Un constat, présenté sous forme de cri d’alarme par le quotidien, qui n’a cessé d’animer la majorité ce samedi. Car face à ce désaveu -certes énoncé dans le cadre d’une projection de second tour en 2022 qui n’a pour l’heure pas grand-chose de tangible (même si les sondages l’accréditent de plus en plus)-, LREM semble ne pas savoir comment réagir. 

Agenda politique de la gauche pour certains…

Pour preuve, deux lignes se sont dégagées tout au long de la journée au sein de la Macronie. D’un côté, il y a ceux qui ont refusé de voir le constat dressé par Libération, et qui ont immédiatement dénoncé la posture du quotidien. ”À trop vouloir radicaliser le président Macron à des fins électorales, la gauche sert le projet du Rassemblement national dans sa quête d’affichage d’une respectabilité de façade”, a par exemple lancé le député Denis Masséglia

Dans la même veine, les ténors que sont Christophe Castaner, chef du groupe LREM à l’Assemblée nationale, ou François de Rugy, ancien président de la chambre, ont tous deux déploré que Libé ”épargne” l’extrême droite en la mettant sur le même plan que le camp du président. 

Plus virulent encore, la députée de Paris Anne-Christine Lang clame la “honte” de la “soi-disant vraie gauche” qui a “perdu ses valeurs”; sa collègue Aurore Bergé tance la “prophétie auto-réalisatrice” proférée par le journal, et l’ancienne ministre Nathalie Loiseau voit dans la Une “une partie de la gauche” qui “espère le pire dans l’attente de jours meilleurs pour elle”. 

En clair, pour cette première moitié des partisans d’Emmanuel Macron, ce n’est pas le constat dressé par Libération qui est à observer, mais plutôt l’attitude du journal de l’évoquer qui est à déplorer.

… réalité nouvelle à prendre en compte pour d’autres

Sauf que le quotidien relaie en réalité ce que ses lecteurs voient comme les contradictions d’un parti au pouvoir dont le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, peut dire à Marine Le Pen qu’elle est “trop molle” face à l’islamisme, et qui est reçu par un Éric Zemmour, nouvel emblème de la droite identitaire, avec des acclamations pour son projet de loi contre le “séparatisme”. 

Et cela, d’autres membres de la majorité semblent le réaliser à la lecture de Libération. “Facile de critiquer cette Une provoc’ de Libé, mais plus difficile d’admettre que l’édito pointe une vérité qui dérange”, tweete par exemple le député de la Loire Jean-Michel Mis. Et d’ajouter: “Beaucoup d’électeurs de gauche sont déstabilisés par une gestion de crise qui peine à définir un projet politique progressiste pour le temps long.”

De la même manière, les députés LREM de la Creuse Jean-Baptiste Moreau et de Paris Laetitia Avia s’accordent sur le fait que Libération alerte davantage sur une donne à prendre en compte à l’avenir pour faire efficacement barrage au Rassemblement national qu’il ne met en branle un agenda politique. 

À l’inverse de ses compères cités plus haut, l’élu agriculteur préfère ainsi prendre note pour la suite. “Il n’y aura plus de front républicain, c’est un fait”, écrit-il, quand d’autres parlementaires LREM préféraient, on l’a vu, nier les arguments avancés par le quotidien. 

“Le RN au pouvoir serait une catastrophe. Nous ne l’empêcherons pas par l’incantation, mais par notre action, notre humilité et notre force de conviction”, ajoute-t-il. Une sortie sûrement plus proactive que la réaction d’une partie de la majorité qui a semblé réaliser avec effroi ce samedi qu’elle n’est pas forcément la seule alternative au Rassemblement national aux yeux de certains Français.

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