Publié par Eber Haddad le 23 mars 2021

Il y a 65 ans, le 20 mars 1956, la Tunisie devenait indépendante. Je m’en souviens comme si c’était hier. Dans ma famille, certains étaient joyeux d’autres, inquiets. 

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Sur un plan personnel, j’avais la rougeole et n’ai pas pu assister au mariage de mon oncle, le plus jeune frère de mon père, qui épousait une Grenobloise. Ce fut le dernier mariage sous administration française et la cérémonie était dirigée par le Maire de Nabeul, Maître Albert Karila, chez qui mon père avait fait son stage d’avocat.

Les plus inquiets se demandaient s’ils auraient une place dans cette Tunisie nouvellement indépendante et dans laquelle nous vivions depuis des centaines voire des milliers d’années

Les exubérances du mariage avaient masqué les sentiments politiques que tout mon entourage avait mais quelques jours après, la réalité s’imposa. Les plus inquiets se demandaient s’ils auraient une place dans cette Tunisie nouvellement indépendante et dans laquelle nous vivions depuis des centaines voire des milliers d’années, les plus optimistes affirmaient que rien ne changerait. Ce pays avait été notre berceau, il le resterait jusqu’à la fin des temps.

Aujourd’hui, avec le recul, on sait qui s’est trompé et qui a vu juste.

Ce sont malheureusement les pessimistes qui ont eu raison. Une vague de départ a commencé au début, en 1956, avec parcimonie mais s’est poursuivie inexorablement avec un premier pic en 1961, lors de «la guerre de Bizerte» et un deuxième en 1963, lors des «nationalisations des terres étrangères», principalement Françaises et Italiennes et de l’instauration de l’économie planifiée, une expérience socialiste désastreuse qui avait failli ruiner le pays, la fameuse «politique des coopératives». Dans ces deux cas nous n’étions ni concernés ni parties prenantes et ces décisions avaient été prises sans la moindre intervention de notre part.

C’est en 1967, alors qu’éclatait la «guerre des six jours» au Moyen-Orient, et que des émeutiers brûlaient la Grande Synagogue de Tunis et la plupart des commerces juifs de cette ville, que le mouvement de départ s’est amplifié et la quasi-totalité d’entre nous a ainsi pris le chemin de l’exil.

Et sur la communauté juive indigène et millénaire de 120 000 personnes que nous étions, il ne restait plus que quelques milliers.

Nous nous sommes ainsi rendu compte que des événements sur lesquels nous n’avions aucune emprise, qui n’étaient ni de notre fait ni de notre responsabilité, décidaient de notre sort et nous subissions notre destinée sans pouvoir y résister. Tels des fétus de paille nous étions ballottés au gré de l’Histoire et de ses bégaiements. La plupart d’entre-nous était de nationalité tunisienne et sont arrivés comme des étrangers vers les deux seuls pays d’accueil, la France principalement et Israël pour les autres afin d’y fonder une nouvelle vie, sans aucun droit et avec des moyens dérisoires puisque le contrôle des changes avait été instauré et que notre communauté est partie de Tunisie avec ce qu’elle avait sur le dos, des baluchons dérisoires et quelques dizaines de francs, à peine de quoi payer un taxi à l’arrivée. Nos familles se sont éparpillées, beaucoup étaient sous le choc du départ et de l’exil et ont eu bien du mal à remonter la pente mais ils se sont accrochés et ont fini par faire leurs trous dans leurs nouvelles patries, avec courage, volonté et persévérance, souvent avec succès, sans la moindre aide des organisations internationales de réfugiés ou de la part des ONG qui existaient déjà mais s’étaient totalement désintéressées de nous.

65 ans plus tard, de nombreux souvenirs, des regrets aussi mais pas la moindre rancune et c’est ce qui a fait notre force. Bien au contraire certains d’entre-nous retournons en vacances en Tunisie, avons des amis tunisiens avec qui on a parfois des relations fraternelles et souhaitons un plein succès à notre pays d’origine qui connaît des temps bien difficiles depuis quelques dizaines d’années.

Heureux anniversaire à cette Tunisie que nous aimons toujours, même si elle ne nous a pas tout le temps rendu cet amour.

Nous vous souhaitons un avenir meilleur et de rebondir au plus tôt car vous en avez les capacités et la volonté.

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Eber Haddad

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