Publié par Dreuz Info le 16 mars 2021

GNL Québec fait beaucoup jaser, surtout ces derniers jours. C’est que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, qui a pour mission d’évaluer les impacts du projet, a remis le 10 mars son rapport au ministre de l’Environnement Benoit Charette. Le ministre a encore quelques jours pour le rendre public.

Rappelons qu’il s’agit du projet de gazoduc de plus de 700 km qui transporterait du gaz naturel provenant de l’Ouest canadien jusque dans une usine de liquéfaction au Saguenay. Une fois liquéfié, le gaz naturel serait transporté par super-méthaniers partout dans le monde[1].

Les groupes environnementaux et Québec solidaire sont déchaînés contre GNL Québec.

Le Parti conservateur du Québec a déposé un Mémoire qui argumente les points très positifs de ce projet et réfute les appréhensions de ses opposants[2]. Nous sommes favorables au développement de nos ressources naturelles. Les sondages tenus au Saguenay montrent que la population appuie majoritairement GNL. Une mauvaise nouvelle pour la gauche environnementale qui aime interdire. Il y a un agacement devant sa lancinante propension à nous demander de changer de mode de vie.

Mais au niveau du Québec, les sondages ne sont pas si favorables. On a ici un projet bénéfique pour notre province et globalement positif pour l’émission des gaz à effet de serre, mais il y a un risque qu’encore une fois, on se tire dans le pied et que la CAQ recule.

Comment se fait-il que les raccourcis idéologiques de la gauche touchent encore une bonne proportion de nos concitoyens sur les questions d’environnement ? Est-ce que la droite est intelligible lorsqu’elle parle d’écologie ? Est-ce qu’on a l’impression qu’elle cache quelque chose?

La population a besoin de savoir ce qui nous anime, quelle est notre intention lorsqu’on parle d’écologie.

Trop souvent, nous avons été définis par nos adversaires, voulant que nous défendions les riches et les pollueurs et que nous ne pensions qu’à court terme. C’est faux.

J’aimerais reconnaître que c’est un sujet difficile pour nous. Nous ne dominons pas le débat. C’est d’autant plus important d’en parler, vu que c’est à l’agenda public et que la jeune génération qui bouge, la plus bruyante en tout cas, inclut l’avenir de la planète dans ses préoccupations. Ce n’est pas parce que certains en parlent avec un logiciel gauchiste que nous devrions nous mettre nous-mêmes la tête dans le sable.

Au-delà des critiques justifiées qu’on peut adresser aux solutions autoritaires ou déconnectées de la gauche, ainsi qu’à sa matrice théorique qui génère plus de pessimisme que de résultats, la droite doit aussi regarder dans sa cour et voir où elle en est sur cette question.

Il ne s’agit pas pour la droite de s’accommoder de quelques politiques perçues comme pro-environnementales, mais plutôt de se joindre à cette bataille avec une vision qui lui soit propre.

On a l’impression, à lire les programmes de plusieurs partis occidentaux, que la droite centriste recherche une position « équilibrée » en environnement, mais en fait dominée par le discours culpabilisateur de la gauche, alors que les gens qui croient vraiment à un modèle de société fondé sur la libre entreprise devraient proposer une autre vision.

Ce que je crois important, c’est que la droite relève la tête et soit fière de ses valeurs en environnement.

Pour en parler avec cohérence, il faut définir nos balises de façon solide.

La cohérence, c’est de ne pas succomber à la tentation de simplement donner des bonbons écologiques, par lassitude ou pour être élus. Non, il faut plutôt une réflexion à propos de qui nous sommes dans ce dossier.

Une vision différente

La droite, qui s’identifie au monde des entrepreneurs, doit sortir de sa posture défensive. Elle peut être fière de son bilan depuis 150 ans : c’est de l’univers de l’industrie qu’est né le monde où nous vivons, un monde plus peuplé, mais moins pollué malgré les exagérations qu’on entend trop souvent, un monde où nous vivons plus longtemps et en meilleure santé.

C’est l’économie de marché qui a permis à la science de trouver son chemin dans des applications où l’intérêt humain et l’environnement ont trouvé leur compte. C’est dans l’industrie pétrolière, par exemple, qu’ont été créés des milliers de produits dérivés, des plastiques à la pharmacologie ; ils ont été conçus parce que le gaspillage des résidus n’est jamais l’option la plus rentable pour une entreprise privée.

Les entreprises privées cherchent, de manière systématique, à consommer le moins possible, à trouver les technologies les plus efficaces et à remplacer les énergies chères par les énergies bon marché. Ce qui les amène à lutter contre le gaspillage que représente la pollution.

Pour que l’innovation fasse son travail, on n’a pas besoin de légiférer pour que ça se produise, c’est lejeu des forces spontanées du marché et de la concurrence qui amène l’innovation.

Mais pour libérer l’initiative, lever les obstacles et créer un contexte favorable aux forces du marché, on pourrait suggérer trois directions très générales que pourrait emprunter un gouvernement conservateur pour orienter le débat public en environnement et contrer les forces de l’immobilisme.

a – L’être humain au centre

D’abord, la droite peut affirmer que seule une position anthropocentrique, centrée sur la prééminence de l’être humain, tient compte des atouts de notre espèce et de sa capacité à faire une différence. L’être humain ne fait pas que consommer des ressources, il est lui-même un créateur de ressources qui travaille, invente, produit. L’existence du génie humain donne à l’homme une place à part dans la nature. Étant le seul être intelligent, il est aussi le seul et unique être moral, véritablement titulaire de droits et de devoirs. Il s’agit donc d’une approche qui valorise l’innovation et le sens des responsabilités pour maintenir un mode de vie adapté aux préférences diverses des sociétés humaines.

Des exemples? Les jardins issus du désert en Israël, les matériaux de substitution plus écologiques, le reboisement des forêts, le dessalement de l’eau de mer.

Désolé, les écolos, mais la civilisation humaine est une bonne nouvelle pour cette planète!

b – Nous sommes des optimistes

Ensuite, une position conservatrice peut se marier aux préoccupations des écologistes : préservation de l’héritage, souci de la descendance, épargne, horizon décisionnel long.

Cependant, le but n’est pas de préserver pour préserver. Le legs le plus important d’une génération n’est pas une réserve de ressources non renouvelables. Nos ressources n’auront aucune valeur si elles restent dans le sol.

Un programme de gauche qui refuse le progrès et l’avancement des connaissances sous prétexte de préserver nos ressources naturelles ne rend aucunement service à nos concitoyens. Je pense ici au navrant dossier du gaz de schiste. Vous connaissez bien d’autres exemples.

Le legs le plus important d’une génération à la planète, ce sont les connaissances et les institutions que notre société a développées pour résoudre les problèmes auxquels elle a été confrontée. Le savoir-faire technique et politique.

Alors, il est logique de tenir compte, dans nos prévisions sur la santé environnementale de la planète, de l’augmentation énorme du nombre de chercheurs et d’innovateurs mieux réseautés que jamais dans l’histoire. Il est donc certain que le rythme des applications de la science s’accélérera par rapport au siècle précédent et décuplera les capacités de réactions aux changements environnementaux.

Vous savez, c’est un secret bien gardé, un conservateur est aussi un optimiste.

c – Nous croyons au marché

Finalement, la droite devrait défendre une position véritablement libérale, au sens que ce sont les sociétés qui créent de la richesse qui protègent leur environnement. Les pays avec une économie de marché produiront l’abondance, non l’austérité et la décroissance, en développant leurs atouts, comme l’exploitation de leurs richesses naturelles.

Il est tout à fait logique de vouloir faire croître le plus possible notre économie afin de mieux faire face aux conséquences de certains changements climatiques plutôt que de nuire à notre économie maintenant et de compromettre notre capacité d’adaptation dans l’avenir.

L’économie de marché a depuis longtemps fait la preuve qu’elle fournit plus d’incitatifs et de souplesse que la gestion bureaucratique pour mettre à profit la créativité humaine et laisser à nos descendants un monde à la fois plus prospère et plus propre.

Ce sont les gens d’affaires qui ont investi dans des technologies dépolluantes pour l’air, l’eau et notre nourriture. Si on est passé du charbon à l’électricité, cela s’est fait grâce aux héros de l’industrie.

Cela fonctionne à condition qu’on favorise des marchés qui répondent aux besoins environnementaux comme aux autres besoins, et qu’on permette au mécanisme régulateur des prix de jouer leur rôle.

Par exemple, c’est le marché qui amènera naturellement la transition vers d’autres sources d’énergie, à mesure que l’innovation permettra de faire baisser les prix des solutions de rechange au pétrole.

Ce système de marché n’est pas du « free-for-all », bien au contraire : il rend responsables les individus des pollutions qui pourraient endommager la propriété d’autrui et les incite donc à produire sans nuire à leurs voisins.

Un défi important à notre approche nous est posé lorsque les conséquences de l’activité économique n’affectent pas des propriétaires bien identifiés, ce qui est parfois le cas pour la qualité de l’eau ou de l’air. Nous avons donc une réflexion à faire à ce sujet.

Le libre marché n’est pas la solution magique à tous les maux de la société. C’est simplement la solution la plus juste, celle qui respecte le mieux les droits individuels.

Cette approche libérale pourrait se résumer dans une règlementation simplifiée : lorsqu’elle est nécessaire, la règlementation devrait viser un résultat et non les moyens, afin de laisser les producteurs libres d’innover pour trouver comment s’y prendre. Par exemple, arrêtons les subventions énormes et mal avisées aux municipalités pour la biométhanisation des déchets.

Les batailles à venir

La droite aurait aussi avantage à ne pas baisser les bras devant le faux consensus à propos des changements climatiques promu par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Une analyse du fonctionnement de ce gratin de l’environnement qui distribue les contrats de recherche et s’en réserve les conclusions politiques montrerait sa propension à faire la promotion d’une gouvernance mondiale qui ajouterait une couche de socialisme à une planète qui n’en a vraiment pas besoin.

Il faudrait recentrer les combats environnementaux qui ont été détournés de façon abusive vers le seul dossier du CO2.

Un grand défi pour un parti politique est d’opérationnaliser les valeurs générales qui viennent d’être énoncées dans des politiques qui seront comprises et applicables.

La famille politique de la droite est capable de sortir les gouvernements occidentaux de l’impasse en avançant des propositions réalistes plutôt que des chimères fondées sur des diagnostics douteux et faire de l’environnement un des moteurs de notre développement économique.

André Valiquette

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