Publié par Ftouh Souhail le 22 mars 2021

Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL), a lancé des critiques très claires aux Démocrates américains et surtout envers Joe Biden, coupables à ses yeux d’avoir soutenu et de soutenir encore les Frères musulmans dont les Tunisiens du parti islamiste d’Ennahdha.

La cheffe de l’opposition laïque (1) s’est exprimée publiquement, samedi 20 mars 2021 lors d’un meeting populaire à Sfax, deuxième ville et centre économique de Tunisie, à l’occasion de la célébration du 65e anniversaire de l’indépendance du pays.

Elle s’est adressé dans son discours de politique étrangère au nouveau président américain pour qu’il cesse de soutenir les partis politiques islamistes en Tunisie et ailleurs au Proche-Orient. Ces deniers étaient choyés comme jamais au cours des années du mandat de Barack Hussein Obama. Une politique sur laquelle Joe Biden, qui était vice-président d’Obama, entend clairement revenir sous  les appels de l’aile gauche de son Parti démocrate. 

Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL) laïque  

Abir Moussi dénonce la présence d’assistants parlementaires payés par le NDI

La présidente du PDL (Parti destourien libre) Abir Moussi a publié, le 17 mars 2021, une vidéo en direct depuis l’administration du parlement tunisien, l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) où elle a dénoncé la présence d’assistants parlementaires payés par l’Institut National Démocratique (NDI), revendiquant la révélation de l’identité de ces assistants, ainsi que la nature des contrats dont ils bénéficient

Cette organisme de la gauche américaine est présidée par madame Madeleine Albright, ex-secrétaire d’État du président Bill Clinton.

Abir Moussi s’est rendue au bureau de la fonctionnaire chargée du dossier de la coopération internationale relevant du cabinet du président du Parlement, appelant à avoir l’accès aux identités des assistants parlementaires en question qui sont payés par le NDI.

Dans ce contexte, elle a affirmé que l’une des assistantes est membre de l’Union des Oulémas musulmans, une ONG terroriste selon les services renseignements égyptiens. Le nombre inconnu des assistants payés par le NDI sont affectés par au patri islamiste Ennahda.

La cheffe de l’opposition a pointé l’ingérence de cet organisme de gauche américain dans les affaires parlementaires et sa mainmise sur les activités des députés à travers « un financement opaque et contraire aux principes fondamentaux de la souveraineté des institutions de l’Etat ».

La directrice de l’organisation NDI en Tunisie est Maggie Mitchell Salem, qui a travaillé déjà à Tel-Aviv avec une ONG proche de l’ancien président américain Jimmy Carter qui luette contre les implantations. Maggie Mitchell Salem travaillait aussi pour Qatar Foundation en Inde. Elle supervisait depuis 2013 tous les articles qui ont été publiés au nom du journaliste saoudien proche des Frères musulmans Jamal Khashoggi.

La directrice de l’organisation NDI en Tunisie Maggie Mitchell Salem, en compagnie du journaliste islamiste Jamal Khashoggi

Des accusations possiblement légitimes et justifiées

Les Démocrates américains ont toujours soutenu les Frères musulmans (Ikhwan al-muslimin) et ce, bien avant les Printemps arabes. Ils ont toujours utilisé les Frères Musulmans comme carte pour faire pression sur les régimes autoritaires et les dictatures du monde arabe. Ils les ont toujours considérés comme des militants acharnés de la démocratie et de ce fait, des victimes persécutées par des autocrates arabes.

À titre d’exemple, lors du procès de Rached Ghannouchi à la fin de l’ère du président Habib Bourguiba, en 1986, l’ambassadeur des États-Unis de l’époque avait assisté au procès en s’asseyant au premier rang. Un soutien sans équivoque à chef islamiste tunisien et un message on ne peut plus clair au régime. Et ça s’est prolongé sous Ben Ali.

Les Démocrates ont utilisé les Frères Musulmans comme carte pour faire pression sur les régimes en place bien plus avec Hosni Moubarak en Egypte qu’avec Ben Ali en Tunisie.

Pendant et après les printemps arabes, le soutien aux islamistes s’est accentué surtout avec l’administration Barack Obama dont a fait partie l’actuel présent Biden; toutefois les plus grands soutiens aux Frères Musulmans au sein de cette administration furent la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et Susan Rice (ambassadrice aux Nations unies puis conseillère à la sécurité nationale au sein de l’administration Obama et maintenant présidente du Domestic Policy Council au sein de l’administration Biden).

Récemment Rached Ghannouchi a reçu l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Donald Blome. Une rencontre qui a été considéré comme un message positif pour les islamistes tunisiens. Ghannouchi avait exposé sa vision du futur rôle joué par les Frères Musulmans en Tunisie, en Afrique du Nord et dans le monde arabe et de leur collaboration avec les Etats-Unis. 

Aaron David Miller, expert du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace, estime que Ghannouchi rassure le lobby de l’aile gauche du Parti démocrate.

Selon David Miller, qui est aussi ex-diplomate américain, Joe Biden est probablement tenté d’appuyer Ghannouchi, aux élections de 2024, qui avait promis d’offrir sur le sol tunisien une base militaire au Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM)..

Face au président tunisien Kaïs Saïed qui a de vives objections sur ce projet et qui est inconnu sur la scène américaine, Ghannouchi serait prêt de montrer son allégeance totale en contrepartie du soutien de Joe Biden.

Les critiques d’Abir Moussi aux Démocrates, exprimées publiquement, ce samedi 20 mars 2021, lors d’un meeting populaire à Sfax, à l’occasion de la célébration du 65e anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, sont probablement légitimes et justifiées.

R. Ghannouchi très apprécié par le lobby de l’aile gauche du Parti démocrate.

R. Ghannouchi avait toujours accepté les honneurs des organismes de gauche américaine.

A Washington, il avait reçu en 2011, lors de la cérémonie organisée par le magazine Foreign Policy, la distinction de l’un des plus grands intellectuels de l’année 2011 décernée par ce prestigieux média américain.

Parmi ces 100 plus grands intellectuels dont fait partie Rached Ghannouchi on retrouve Dick Cheney, Condoleezza Rice, Hillary and Bill Clinton, Robert Gates, John McCain et Rajaeb Tayeb Erdogan. 

Il était aussi promu par Freedom House ou Global Voice Project.

En 2011, R. Ghannouchi avait tenu une importante conférence sur sa conception de l’Islam moderne et modéré au Washington Institute for Near East Policy.

Cet organisme est un thinktank de gauche très influent fondé en 1985 par M. Martin Indyk, diplomate et analyste des relations extérieures d’Obama. Son influence s’exerce principalement sur les médias de gauche et le pouvoir exécutif américain.

A cet effet, il convie des personnalités des Frères Musulmans pour publier des analyses qui bénéficient d’un accès direct aux médias américains.

Créée en 1928, cette confrérie est le plus ancien mouvement de l’islamisme sunnite. Elle a, au cours de son histoire, oscillé entre plaidoyers pour un État islamique et adhésion proclamée au jeu démocratique.

Pour Jonathan Schanzer, du centre d’analyse Foundation for Defense of Democracies, les élus Démocrates et les ONG gauchistes estiment que traiter les Frères musulmans, qui sont composés de différents courants, est bénéfique pour les intérêts américains.  

Les élus Démocrates ferment souvent le yeux sur les traits essentiels de la doctrine politico-religieuse des Frères musulmans et des partis islamistes qui s’en inspirent au Maghreb et ailleurs.

Ce mouvement islamique mondial, prosélyte, apparu dans la foulée des deux guerres mondiales, a connu une véritable résurgence, voire une résurrection à partir des années 1980 dans les pays musulmans. Fondé en 1928 par l’Egyptien Hassan al-Banna (1906-1949), le Printemps arabe lui a conféré un souffle nouveau.

Le mouvement des Frères musulmans s’est notamment imposé à la tête de l’Etat le plus peuplé du monde arabe, l’Egypte. Là où ce mouvement s’implante, il crée ses propres syndicats, ses associations d’étudiants, de médecins, de travailleurs, ses institutions bancaires islamiques, etc.

Pourtant en Egypte, le plus important des pays arabes, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a destitué son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi en 2013 avant d’être élu à la présidence un an plus tard.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

(1) Abir Moussi, née le 15 mars 1975, est une avocate et femme politique tunisienne. Elle est la présidente du Parti destourien libre depuis 2016 et députée depuis 2019.

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