Publié par Manuel Gomez le 4 avril 2021

La mémoire fait souvent défaut et certains imaginent que les territoires du Maghreb, Algérie, Maroc et Tunisie, pour ne citer que ceux-là, n’ont jamais subi des tentatives de conquête et même de colonisation partielle.

En ce qui concerne ce territoire devenu Algérie, on veut croire que les Français ont décidé subitement de le conquérir en 1830 afin de mettre un point final à la piraterie barbaresque. 

Tout cela n’est pas le reflet exact de la réalité.

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Déjà, à la moitié du 15e siècle, vers les années 1455/1460, Jacques Cœur fut le ministre des Finances du roi Charles VII. Rarement ministre des Finances, et même ministre tout court, ne sera accusé de tant de méfaits durant l’exercice de sa carrière :

  • D’avoir vendu des armes aux sarrasins.
  • D’avoir troqué du cuivre et de l’argent contre de l’or.
  • D’avoir ramené un esclave de 14 ans sur l’une de ses galères, pour son usage personnel (on ne sait d’ailleurs pas s’il s’agissait d’un ou d’une jeune).
  • D’avoir exigé une commission de 2000 écus à l’envoyé spécial du duc de Bourbon, venu solliciter la main de la princesse Jeanne, fille de Charles VII.
  • D’avoir spéculé sur la valeur des monnaies.

(A la lecture de toutes ces accusations on peut se demander vraiment s’il y avait là de quoi fouetter un chat, quand on vit, comme nous, au XXI siècle !)

Jacques Cœur s’évade du château de Poitiers, où il était retenu prisonnier, en novembre 1454.

On ignore ce qu’il advint de lui durant les deux mois qui suivirent, mais on le retrouve à Rome où tous les honneurs lui sont rendus par le pape Nicolas V, chef spirituel des chrétiens. Il deviendra d’ailleurs amiral des galères du Pape.

Jacques Cœur donc, décide d’installer des comptoirs commerciaux sur la côte africaine pour la nouvelle compagnie qu’il venait de créer : la Compagnie Marseillaise des Concessions d’Afrique. Il met en place un premier comptoir, à 12 km à l’ouest de La Calle, sur cette côte qui deviendra bien plus tard l’Algérie, sous le nom de «Bastion de France».

Il sera donc à l’origine de nos premiers problèmes avec les ottomans qui occupent l’Algérie car, en 1681, l’agha des janissaires turcs, qui détient le pouvoir à Alger, à cause de cette implantation qu’il juge offensante, déclare la guerre à la France. Les «Algériens» de l’époque s’emparent d’un navire royal et vendent son commandant, le chevalier de Beaujois, comme esclave. En représailles, comme on le lira, Duquesne bombardera Alger l’année suivante.

Les juifs Bacri et Busnach, qui furent, selon certains historiens, à l’origine de l’intervention française de 1830, seront, vers la fin du dix-huitième siècle, les représentants de cette Compagnie Marseillaise fondée par Jacques Coeur.

Après une attaque meurtrière et particulièrement sanguinaire du pirate Barberousse contre l’une des îles des Baléares, en 1558, et la destruction totale de la ville de Ciudadela, à 5 km de la capitale Mahon, l’un des plus beaux ports de la méditerranée est réduit en flammes et tous ses habitants sont assassinés aux couteaux et aux sabres : «un des sentiers en pente, où le sang descendait comme un torrent, fut baptisé «es degallador», en souvenir de cet horrible épisode»,

L’empereur Charles-Quint fit construire la forteresse San Felipe et lança sa première attaque contre les ottomans, installés sur les côtes de l’Afrique du Nord.

Est-il nécessaire de rappeler que l’Espagne a occupé Oran, et une petite partie de la côte dont Mers-el-Kébir, dès le 16e siècle et jusqu’en 1792, soit 38 ans avant l’arrivée des Français.

Que les affrontements entre les armées occidentales et les forces ottomanes se sont poursuivis au cours des siècles, et ce n’est peut-être pas fini puisque le dictateur Erdogan a décidé, ou plutôt rêvé, de reconstituer l’Empire ottoman et d’y imposer les lois islamiques des Frères Musulmans.

Erdogan ferait bien de se souvenir :

  • 1565, siège de l’île de Malte par Soliman, repoussé après 4 mois de lutte et plus de 20.000 Turcs abattus par les chevaliers chrétiens.

«Les ottomans considéraient que les guerres les enrichissaient et que la paix les ruinait.»

  • Le 7 octobre 1571, la bataille de Lépante, dans le golfe de Patras, sur la côte occidentale de la Grèce, qui fut une défaite encore plus célèbre que le siège de Malte. Bilan 200 vaisseaux ottomans coulés et plus de 20.000 morts.
  • En 1664, le 30 juin, départ de la flotte de Louis XIV vers Djidjelli afin de défendre ce comptoir de La Calle et mettre, déjà, un terme à la piraterie.
  • La paix durera jusqu’en 1681, date à laquelle la piraterie reprit ses droits.
  • Trois nouvelles expéditions suivirent, sous la direction de l’amiral Duquesne et le drapeau de Louis XIV (1682,1683 et 1685).
  • Une dernière expédition espagnole, en 1775, se dirigea de Carthagène vers Alger mais ce fut un échec total.
  • C’est en 1810 que Napoléon décida de s’attaquer à la piraterie barbaresque des ottomans, aidés de leurs alliés Arabes, et il envoya un espion, l’ingénieur Boutin, qui, après étude, informa l’Empereur que le lieu le plus propice serait la plage de Sidi-Ferruch.

Occupé sur d’autres fronts, Napoléon ne donna pas suite et ce furent les Américains qui, en 1815, passèrent le détroit de Gibraltar afin de s’attaquer vainement à la place forte des Turcs.

Puis en 1816, la marine anglaise tout d’abord et, ensuite, associée à la marine française en 1819 et, enfin, en 1824, une fois encore les Anglais, conduits par l’amiral Neal.

Toutes ces expéditions, entreprises contre un ennemi bien implanté et bien protégé, furent des échecs cuisants, et il fallut attendre 1830 pour qu’enfin une armée prenne pied sur ces vastes territoires, y chasse les ottomans (avec l’aide d’une partie des Arabes) et s’y installe pour 132 années et, après plusieurs années de guerre contre les tribus indigènes, grâce à la colonisation, y construire un pays civilisé et prospère avec des infrastructures, des bâtiments, une agriculture, qui en firent «la vitrine» de toutes les cités méditeranéennes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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