Publié par Gaia - Dreuz le 4 avril 2021

Source : Causeur

Certains professeurs américains sont persuadés que notre façon d’étudier l’Antiquité nous rend racistes…

Trop dominatrices, trop misogynes, trop racistes, trop blanches – des universitaires américains appellent à s’en débarrasser.

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Nous savions qu’il existait une caste d’étudiants analphabètes qui faisait régner la terreur sur les campus américains au nom d’un antiracisme de carnaval et d’une théorie sur la “blanchité” récupérée dans les caniveaux de la sociologie la plus minable. Mais nous ne pouvions pas imaginer que des universitaires, des professeurs, allaient eux aussi participer à la curée de l’homme-blanc-occidental-cause-de-tous-les-maux, et, littéralement, se suicider. L’agrégé de lettres classiques Raphaël Doan a écrit récemment un article dans le Figaro qui nous l’apprend.

J’espère que la matière va mourir, et le plus tôt possible

Lors d’une conférence, Dan-el Padilla Peralta, professeur d’histoire romaine à Stanford, après avoir incendié la matière qu’il enseigne – coupable de trop de “blanchité” – s’est carrément fait hara-kiri devant une assemblée acquise à la cause : « J’espère que la matière va mourir, et le plus tôt possible. » Johanna Haninck, professeur de lettres classiques de Brown, dit voir dans sa discipline « un produit et un complice de la suprématie blanche. » Enfin, Donna Zuckerberg, spécialiste de la Rome antique et diplômée de la prestigieuse université de Princeton, a dénigré une « discipline qui a été historiquement impliquée dans le racisme et le colonialisme, et qui continue d’être liée à la suprématie blanche et à sa misogynie. » S’immolant avec l’ensemble des travaux universitaires d’histoire et de littérature dans un autodafé qui en rappelle d’autres, elle appelle à « tout détruire par les flammes. »

La folie déconstructiviste ravage tout, y compris les cerveaux qu’on croyait les mieux protégés contre elle. Dans le genre délirant et profondément atteint, on se souviendra qu’il y a quelques mois France Culture twittait des propos stupéfiants pour promouvoir une émission à venir: « On vous ment. Depuis 2000 ans : non, les statues grecques n’étaient pas blanches, mais de toutes les couleurs. L’Histoire nous l’a caché pour promouvoir le blanc comme idéal d’un Occident fantasmé, contre les couleurs symboles d’altérité et de métissage ». Un historien de l’art, Philippe Jockey, y défendait l’idée que la blancheur des statues grecques reflétait en réalité l’expression d’un racisme occidental. Selon lui, la polychromie originelle de ces statues aurait été intentionnellement effacée des mémoires par les Blancs pour valoriser leur couleur de peau. De là à parler d’une “créolisation” statuaire présente depuis la plus haute Antiquité mais volontairement oubliée par des Occidentaux racistes, il n’y avait que la moitié d’un pas qui fut rapidement franchi : « C’est le résultat de 2000 ans d’une histoire réactionnaire, qui place le blanc au cœur de ses valeurs et rejette l’impur, le bigarré, le métissage des couleurs. » Mélenchon et Boucheron, sortez de ce corps !

Complicités avec « la suprématie blanche » dénoncées

Dans son article, Raphaël Doan nous apprend que l’université de Wake Forest, en Caroline du Nord, a annoncé que tous les étudiants du département devront désormais suivre un cours intitulé « les classiques au-delà de la blanchité. » Ce cours de redressement culturel portera sur « les préjugés selon lesquels les Grecs et les Romains étaient blancs, la race dans les sociétés gréco-romaines, le rôle des classiques dans les politiques raciales modernes, et les approches non-blanches des lettres classiques.» Au train où vont les délires, soyons fous, rions un peu et imaginons les sujets des prochains cours: “la misogynie (ou le validisme) dans le théâtre grec”, “le validisme (ou la misogynie) dans les arènes romaines” , ou… “la culture du viol dans le théâtre grec et les arènes romaines”.

Cette folie est hautement contagieuse, et chaque jour qui passe apporte de nouvelles informations qui le prouvent. L’antépénultième : les chiffres romains doivent disparaître des cartels des musées. L’avant-dernière : les Blancs peuvent assister à certaines réunions mais doivent se taire. La dernière: à l’université d’Oxford, des professeurs en musicologie accusent l’ensemble des programmes de musique de « complicité avec la suprématie blanche. » Schubert et Guillaume de Machaut (musicien français du XIVe siècle) vont par conséquent devoir céder la place aux “musiques mondiales”, aux “musiques africaines et diasporiques africaines”, à la musique populaire et au rap. La confusion mentale est à son comble : les programmes feraient la part belle à « la musique européenne blanche de la période de l’esclavage », ce qui serait l’objet d’une « grande détresse pour les élèves de couleur. » La notation musicale, quant à elle, est qualifiée de colonialiste par les enseignants d’Oxford. C’est vrai que « une blanche vaut deux noires » c’est presque aussi stigmatisant et traumatisant que « le masculin l’emporte sur le féminin » de notre grammaire.

« Pour acquérir une culture générale, il faut lire certains textes classiques de valeur reconnue », écrivait Allan Bloom dans L’âme désarmée. À quoi, disait-il, il faut bien entendu ajouter un minimum de connaissances historiques. Les artisans du déboulonnage et de la “cancel culture”, activistes politiques qui avaient pour principale excuse leur inculture, voient affluer dans leurs rangs des universitaires, spécialistes dans leurs domaines, prêts à pulvériser d’un dernier coup de révolver l’histoire antique et la littérature classique en même temps que le peu de cerveau qui leur restait. Il est difficile de faire un portrait précis et complet de ce nouveau type d’universitaire désireux de « décoloniser son esprit ». Repentant pathologique, bête, masochiste, opportuniste, suicidaire, crétinoïdal ou « complètement défoncé », comme me le suggère un ami, qui est-il réellement ? On peut commencer par piocher dans ce stock. Ajoutons que ce type d’individus a souvent été à l’avant-garde des totalitarismes qui prétendaient contrôler le passé aussi bien que l’avenir en modifiant le premier au gré de leurs idéologies et en modélisant le second au nom d’un projet “libérateur” et d’une “glorieuse marche vers le futur”, qui se sont toujours avérés être une voie de garage dans le meilleur des cas, une sanglante catastrophe humaine dans le pire. L’histoire, quand on ne l’efface pas, peut encore nous apprendre bien des choses.

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