Publié par Abbé Alain Arbez le 8 avril 2021

Le mémorial d’Auschwitz Birkenau se dresse comme une évocation de l’insoutenable. Car ce qui s’est passé dans ces lieux infernaux ne peut pas, ne doit pas, se perdre dans une sorte d’amnésie de l’histoire du XXème siècle. Le lieu du silence n’est pas le lieu de l’oubli.

L’horizon quasi irréel du camp d’extermination, parsemé de miradors, de baraquements sinistres, entrecoupé de clôtures, évoque un espace d’inhumanité froidement et férocement infligée aux innombrables victimes qui, il y a quatre-vingts ans, ont été parquées, entassées, affamées, torturées et éliminées dans ces lieux d’anéantissement.

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En ce Yom Ha Shoah nous voulons honorer toutes les victimes des camps, visages humains souffrants et dépossédés de leur identité et de leur histoire.

Nous le devons, d’abord à la mémoire du peuple juif qui, pour les chrétiens, est le peuple de l’alliance, mais nous le devons aussi à la sauvegarde de notre humanité, qui dans les camps d’extermination a été, de manière absolument inédite, bafouée et intégralement foulée aux pieds par la barbarie nazie.

Dénonçons une fois de plus cette folie meurtrière de masse, cette industrie du massacre qui a transformé en cendres des centaines et des centaines de milliers d’êtres humains innocents pour le seul fait qu’ils étaient juifs. Ces petits enfants, ces femmes, ces jeunes gens, ces personnes âgées, qui à peine descendus des trains de la mort étaient poussés vers les sombres salles où ils seraient asphyxiés pour être ensuite brûlés, nous leur devons cet hommage, quelles que soient nos appartenances, nos convictions.

Nous pouvons le faire au nom de notre foi en Dieu, nous pouvons le faire au nom de notre foi en l’homme et en sa dignité.

Minutieusement élaborée dans ses moindres détails par le régime hitlérien et sa conception inégalitaire des peuples, la « endlösung – solution finale » a trouvé dans ces sinistres lieux son expression la plus horrible et la plus inexorable.

Depuis la fin de la guerre, l’Eglise catholique a exprimé officiellement sa repentance pour les trop nombreuses compromissions de certains de ses membres dans les massacres de la Shoah, ou pour l’insuffisance de ses engagements dans la défense des juifs opprimés, malgré, il est vrai, de nombreux gestes de solidarité, connus ou encore méconnus.

Depuis Vatican II, en écho à la courageuse démarche de Jules Isaac auprès de Jean XXIII, l’enseignement de l’Eglise a clairement éliminé tout antijudaïsme de sa catéchèse et de sa prédication, et a réaffirmé, surtout sous l’impulsion du pape Jean Paul II, la fraternité profonde entre catholiques et juifs, les « frères aînés » d’une « alliance jamais révolue ».

La lutte contre tout antisémitisme reste bien entendu à poursuivre partout, à travers les médias, y compris dans les communautés chrétiennes, où les siècles passés ont laissé leur néfaste empreinte.

Comme l’a rappelé le pape Benoît XVI, tout est à construire ensemble sur des bases nouvelles, en tirant les leçons du passé, mais en s’enracinant dans le patrimoine originel commun qui est le nôtre entre chrétiens et juifs. Son successeur François a repris à son tour cette urgente recommandation.

C’est ensemble que nous devons témoigner du respect de la personne, dans ce monde tourmenté et traversé de violences multiples. C’est ensemble que nous pouvons défendre les valeurs du Décalogue dont s’est inspirée la civilisation. Ces valeurs spirituelles sont à la base de la conception de l’être humain et de la coexistence qui guide encore pour une part les sociétés démocratiques.

N’oublions jamais les malheureuses victimes d’Auschwitz et des autres lieux d’exécution, rendons-leur hommage aujourd’hui en rappelant leur mémoire, mais traçons sans relâche la route du respect mutuel et de la concorde entre les peuples en démasquant les idéologies mondiales qui blessent notre commune humanité. Le cri des martyrs d’hier nous incite avec force à défendre l’espérance d’un monde à visage humain pour demain.

La tentative démoniaque des nazis d’éliminer le peuple de l’alliance a creusé une profonde brèche sanguinaire dans l’histoire de l’humanité, mais la fête de Pessah et de Pâques viennent de nous redire la victoire de la vie sur la mort.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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