Publié par Manuel Gomez le 15 avril 2021

Je me vois forcé de reconnaître que ce sont les socialistes et l’extrême droite qui ont le mieux défendu l’Algérie Française et la colonisation, et qui ont combattu ceux qui la combattaient, et que c’est la droite, les communistes et l’extrême gauche qui l’ont abandonné et offerte à ses ennemis.

Quand je dis «la droite», il me faut tout de même préciser «pas toute la droite», uniquement la droite fidèle à De Gaulle, et surtout celle qui, à l’exemple de Michel Debré et de quelques autres, a trahi ses idéaux afin de conserver «ses privilèges».

D’autres, tels Jacques Soustelle, Georges Bidault et quelques d’autres «gaullistes» ont su s’opposer à la politique d’abandon de De Gaulle.

Je n’en veux pour preuves que ces discours :

Pierre Mendès France, Premier ministre :

«Qu’on n’attende de nous aucun ménagement à l’égard de la sédition, aucun compromis avec elle. On ne transige pas lorsqu’il s’agit de défendre la paix intérieure de la nation, l’unité et l’intégrité de la République française. Les départements d’Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et de manière irrévocable. Leur population, qui jouit de la citoyenneté et est représentée au Parlement, a donné assez de preuves de son attachement à la France pour que la France ne laisse pas mettre en cause son unité. Entre elle et la métropole, il n’est pas de sécession concevable. Jamais la France, jamais aucun Parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental.»

Quelques semaines plus tard, dans L’Express, Pierre Mendès France n’hésitait pas à affirmer que

«Les pieds-noirs ne sauraient envisager de vivre ailleurs que sur cette terre à laquelle leurs parents et eux-mêmes ont donné un visage nouveau. Il est impératif de «sauver, alors qu’il est temps encore, ces petits colons isolés courageusement dans leurs fermes, qui subissent le contrecoup du terrorisme et de la répression, de sauver ces ouvriers, fonctionnaires ou cadres qui peinent dans les villes, de sauver ces professeurs, médecins, instituteurs, missionnaires qui se sont acharnés à montrer aux Algériens le visage de la France civilisatrice et bienfaisante».

Position totalement partagée par le ministre de l’Intérieur, François Mitterrand :

«Tous ceux qui essayeront, d’une manière ou d’une autre, de créer le désordre et qui tendront à la sécession seront frappés par tous les moyens mis à notre disposition par la loi. Nous frapperons également tous ceux qui y contribueront, même indirectement. Il n’est pas supportable que, par voie de presse, d’écrits, de discours ou sous quelque forme que ce soit, à plus forte raison par les armes, un citoyen s’oppose à la nation, au risque de la déchirer. En tout cas, s’il le fait, le gouvernement n’a qu’un devoir, et vous pouvez compter sur le ministre chargé de cette mission, au nom de ce gouvernement, pour décider les mesures qui s’imposeront. Il y a dans l’histoire de la République assez d’exemples, de grands exemples, vers lesquels notre volonté doit se reporter dans les moments difficiles. L’Algérie, c’est la France.»

Albert Camus, que l’on ne pouvait certainement pas considérer de «droite», affirmait dans L’Express du 21 octobre 1955 :

«À lire une certaine presse, il semblerait vraiment que l’Algérie soit peuplée d’un million de colons à cravache et cigare, montés sur Cadillac.»

Et en 1957, l’ethnologue Germaine Tillion, très nettement gauchiste, résistante dès 1940, déportée à Ravensbrück, et interlocutrice de Yacef Saadi, le responsable FLN des «tueurs de la Casbah d’Alger», n’hésitera pas à affirmer :

«Des «vrais» colons, il y en a douze mille environ, dont trois cents sont riches et une dizaine est excessivement riche. Avec leurs familles, les douze mille colons constituent une population d’environ quarante-cinq mille personnes. Les autres «colons», un million d’êtres humains, sont des ouvriers spécialisés, des fonctionnaires, des employés, des chauffeurs de taxi, des garagistes, des chefs de gare, des infirmières, des médecins, des enseignants, des standardistes, des manœuvres, des ingénieurs, des commerçants, des chefs d’entreprise. D’ailleurs, 72 % de ces Français d’Algérie ont un revenu de 15 % à 20 % inférieur à celui de leurs compatriotes de la métropole».

Quant au général Salan, que l’on peut difficilement accuser d’être de droite (Il fut la cible, manquée fort heureusement et, hélas, malheureusement pour le commandant Rodier, d’un attentat commis justement par cette droite qui «supposait» qu’il avait été placé à ce commandement pour «larguer» l’Algérie Française), il adressait un télégramme, Le 9 mai 1958, au président de la République, René Coty :

«L’armée en Algérie est troublée par le sentiment de sa responsabilité à l’égard des hommes qui combattent et qui risquent un sacrifice inutile si la représentation nationale n’est pas décidée à maintenir l’Algérie française, comme le préambule de la loi-cadre le stipule, et à l’égard de la population française de l’intérieur qui se sent abandonnée et des Français musulmans qui, chaque jour plus nombreux, ont redonné leur confiance à la France, assurés de nos promesses réitérées de ne jamais les abandonner. L’armée française, d’une façon unanime, sentirait comme un outrage l’abandon de ce patrimoine national. On ne saurait préjuger de sa réaction de désespoir. Je vous demande de bien vouloir appeler l’attention du président de la République sur notre angoisse que seul un mouvement fermement décidé à maintenir notre drapeau en Algérie peut effacer.»

De Gaulle est arrivé, sans se presser, il a pris tout son temps et pour trahir les siens, ses partisans et les Français d’Algérie. Il avait «ses raisons» ! Ce sera à vous de juger si la suite des évènements lui a donné tort ou non :

1958 : sur la une du «Courrier de la colère» de Michel Debré, une photo du général de Gaulle et un éditorial titré «Unité et Union» :

«Qui peut douter désormais dans le monde de la volonté de l’Algérie de demeurer française ? Qui peut douter désormais de la foi patriotique non seulement de l’armée du peuple, mais également du peuple qui se retrouve dans son armée ? La France est en train de faire une révolution, qui est la révolution de l’honneur outragé contre le mensonge et la honte, la révolution de la nation jeune qui veut grandir contre un système qui l’étouffe jusqu’à la mort. Que sautent sans plus attendre les derniers vestiges, les dernières racines de la fausse démocratie, de la fausse République. C’est une vraie démocratie, c’est-à-dire une vraie liberté ; c’est une vraie République, c’est-à-dire une vraie nation qui doit sortir de la crise que traverse la France et que de malsains personnages, pour de malsains objectifs, souhaiteraient prolonger jusqu’à la guerre civile et l’intervention étrangère. Nous attendons le général de Gaulle. Il est le seul capable de rétablir, dans l’ordre, l’unité de la France et de refaire, dans la liberté, l’union de la nation.»

Le 6 juin 1958, à Oran : de Gaulle :

«Oui, oui, oui ! La France est ici pour toujours ! Vive Oran, ville que j’aime et que je salue, bonne, chère grande ville française.»

L’après-midi, à Mostaganem :

«Merci du fond du cœur, le cœur d’un homme qui sait qu’il porte une des plus lourdes responsabilités de l’Histoire. Merci d’avoir témoigné pour moi, en même temps que pour la France. Vive Mostaganem ! Vive l’Algérie ! Vive la République ! Vive la France ! Vive l’Algérie française !»

Qui pouvait douter, en ces instants, de la volonté du général de conserver l’Algérie à la France ?

Raymond Aron affirmait :

«Le monde doit prendre note que ni les colons, ni l’armée, ni le gouvernement de Paris ne seront jamais prêts à abandonner l’Algérie. Cela peut nous plaire ou nous déplaire, mais la décision semble définitive.»

Moins d’un an plus tard changement total de direction. De Gaulle estimait que la France était «avant tout, un peuple européen, de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne».

En mars 1959, il se confiait à Alain Peyrefitte, député UNR de Seine-et-Marne :

«Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allé les voir ? Vous les avez regardés, avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront à nouveau. Les Arabes sont des Arabes. Les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et les Berbères d’Algérie étaient considérés comme des Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées. Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq, puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Élysée ?

Qui pouvait ne pas le comprendre ? Mais un demi-siècle plus tard, il nous est permis d’affirmer «qu’il s’est manifestement trompé sur toute la ligne» : ils sont là, en France, les dix millions de musulmans, des députés sont musulmans, pas encore un président arabe à l’Elysée certes : moi je ne le verrais pas, mais vous, prenez-en bien garde !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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