Publié par Jean-Patrick Grumberg le 21 avril 2021

Loin de moi l’idée de faire sur internet le procès de Derek Chauvin. Ce n’est pas dans les médias ou depuis son salon qu’on fait un procès et qu’on rend un verdict. Ce n’est pas pour autant qu’il faille fermer les yeux devant cette mascarade de justice.

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Le panel des jurés, menacé, sous haute protection, vient de conclure à la culpabilité de Derek Chauvin, l’ancien officier de police de Minneapolis qui a vu sa vie basculer le jour où, le genou sur la nuque de George Floyd, les passants ont filmé la scène difficile à regarder, 8 longues minutes où Floyd a perdu la vie.

Les jurés ont retenu les trois chefs d’accusation contre Chauvin. Je vous passe les détails – ce sont des technicalités juridiques et ce n’est pas l’objet de cet article. Pour faire simple, et si le procès avait été honnêtement mené, l’affaire se résumait à deux questions clés : Floyd est-il mort des actions de Chauvin ou de la drogue dont il était imbibé, et les actions de Chauvin étaient-elles raisonnables ou excessives.

Coupable sur toute la ligne

Les fascistes d’Antifa et les émeutiers de BLM faisant la fête en prenant connaissance du verdict

Les jurés ont conclu :

  • au meurtre intentionnel au deuxième degré,
  • au meurtre au troisième degré et,
  • à l’homicide involontaire au deuxième degré.

Sa caution a été révoquée et il a été emmené en prison, menottes aux mains. Des acclamations et des klaxons ont été entendus à l’extérieur du palais de justice lors de la lecture du verdict. Et l’on nous dit que justice a pu être rendue.

Nous saurons dans deux mois environ à quelle peine Chauvin sera condamné. Quelle que soit la gravité de la condamnation, sa vie est finie. Il a suffit de 8 minutes. Celle de Floyd aussi.

Pour protéger leur futur, les jurés ont décidé de celui de Chauvin.

Un jury menacé et sous pression

  • Les jurés ont été séquestrés pour leur sécurité, leurs allées et venues étant tenues secrètes et ils étaient protégés.
  • Le palais de justice était entouré de barrières en béton et de fils barbelés.
  • La Garde nationale et les forces de l’ordre étaient sur place.
  • Les commerces étaient barricadés.
  • A Washington, le Congrès a de nouveau fait appel à la Garde nationale.

Malgré cela, ignorant cela devrais-je dire, le juge du comté de Hennepin, Peter Cahill, a expliqué aux jurés qu’ils ne doivent tenir compte que des preuves présentées lors du procès et rien d’autre. Quelle blague.

Il leur a expliqué que Chauvin est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit prouvée « au-delà du doute raisonnable ».

Et il leur a expliqué ce que l’on doit entendre par « doute raisonnable » : il est « basé sur la raison et le bon sens » et sur la façon dont « des hommes et des femmes ordinairement prudents se comporteraient dans les situations les plus graves ». Il leur a expliqué qu’il ne faut pas tenir compte d’un doute fantaisiste ou irrationnel, ni chercher à évacuer le doute le plus minuscule possible.

« Décider des faits est votre responsabilité exclusive », a expliqué le juge. « Ce faisant, vous devez prendre en compte toutes les preuves que vous avez entendues et vues dans ce procès, et vous devez ignorer tout ce que vous avez pu entendre ou voir ailleurs dans cette affaire. »

Et là réside tout le problème.

Des jurés partiaux et sous influence

  1. Les jurés ont été tout sauf impartiaux, car le système judiciaire de l’Etat démocrate a dès le début du procès tout mis en œuvre pour qu’un jury impartial ne soit pas désigné.

    Pour dépassionner autant que possible l’affaire, pour rendre une justice aussi sereine que possible, pour déconnecter les habitants de la ville où le drame s’est produit, il fallait délocaliser le procès. Mais le délocaliser vers le nord, plus conservateur, était un risque que l’extrême gauche n’aurait pas toléré, et que les Démocrates ne voulaient pas prendre. Les jeux étaient pipés dès le premier jour.
  2. Cette affaire a été mondialement hyper-médiatisée parce que la victime était noire et pas le policier. La gauche médiatique a fabriqué l’illusion que nous vivons dans un climat de racisme extrême, dans le but que la gauche politique prenne le pouvoir, en proposant de régler le problème du racisme – qu’elle a fabriqué. C’est un classique. La gauche a déclenché des émeutes, des destructions et des morts dans tout le pays, et Minneapolis s’en souvient.
  3. Le président Biden a mis son poids dans la balance, tout comme la députée Maxine Waters qui a explicitement appelé BLM à plus de violence, à monter la pression – et aucune condamnation verbale, aucune sanction au Congrès n’effaceront ce qu’elle a dit : les mots ne s’effacent pas lorsqu’ils ont été prononcés.
  4. La plupart des journalistes et commentateurs ont condamné Chauvin sans procès. Ils ont fait ce que je me refuse à faire – parce que je suis un journaliste et qu’ils sont des militants : condamner devant la caméra, juger sans vouloir entendre les preuves en défense, refuser d’entendre les rapports d’expertise.
  5. Les médias et les nouveaux fascistes ont fait comprendre à mots souvent à peine couverts aux jurés qu’eux et leurs familles avaient intérêt à bien voter s’ils voulaient rester en vie.
  6. Et si les jurés conservaient la moindre envie de juger en leur âme et conscience, Black Lives Matter était là, à deux pas, dans les rues voisines et les quartiers, devant le tribunal, et il sème la terreur pour leur rappeler qu’ils ne sont pas là pour rendre la justice, mais pour condamner Chauvin. Ce qu’ils ont fait. Le choix n’existait pas.
  7. Et si tout cela ne suffisait encore pas assez pour teinter la justice et en faire une mascarade, les médias, leurs médias – car les jurés sont plus que probablement Démocrates, habitant la région de Minneapolis – ont clairement expliqué que rien d’autre qu’une décision de culpabilité totale, ne permettrait d’éviter que la terreur, le chaos, les destructions et les morts ne s’abattent sur le pays ; et cette terreur, ce chaos, ces destructions et ces morts seraient sans commune mesure avec les scènes terribles, traumatisantes de l’été 2020. Et les jurés les auraient sur la conscience. C’était le message.

Et avec ça, le juge Cahill leur dit « vous devez ignorer tout ce que vous avez pu entendre ou voir ailleurs dans cette affaire ». Quelle farce, quelle tragique comédie humaine.

L’erreur fatale de Chauvin

Derek Chauvin – ou ses avocats, on ne le sait pas encore – a fait une erreur terrible : il a refusé de prendre personnellement la parole et de plaider sa cause auprès du jury. Il a invoqué le 5e amendement. Je n’en connais pas les raisons. On ne les connaîtra peut-être jamais, encore que je ne désespère pas que des journalistes d’investigation honnêtes cherchent à faire toute la lumière. Ne comptez pas sur moi pour spéculer et avancer des hypothèses qui ne reposent sur rien, ou sur des interprétations et des bruits qui courent.

Ce que je peux dire en revanche, c’est qu’en refusant de témoigner, Chauvin a aggravé son cas. Il a signé sa condamnation. Il a raté la possibilité de plaider sa cause, de s’expliquer, de s’amender, que sais-je. Si une petite chance d’acquittement existait, c’était là qu’il devait la saisir, dans la dimension humaine. Cela ne veut pas dire qu’il aurait eu gain de cause. Mais en refusant de s’exprimer devant les jurés, il perdait.

Conclusion

C’est là que je demande à mes lecteurs les plus émotionnellement impliqués de prêter bien attention à ce que je m’apprête à écrire.

1 Oui, j’affirme que la justice n’a pas été rendue parce que le jury a été fortement menacé. Chaque membre du jury savait que si Chauvin était innocenté, il serait médiatiquement et méthodiquement lynché, socialement rejeté, civilement détruit, exclus professionnellement, et que les fascistes de Black Lives Matter et Antifa auraient leur peau. Chaque membre du jury savait que sa famille ne serait pas en sécurité. Leurs noms et adresses seraient publiés sur internet. Des fanatiques viendraient les harceler, les violenter, ou pire. Ils n’auraient d’autre choix que fuir la région. Et rien ne permet de penser qu’ils aient les moyens ou le désir de fuir. Aucun membre du jury ne pouvait ignorer l’immense danger qu’il faisait courir à sa famille si le verdict n’était pas une condamnation.

2 Mais tout ce que je viens de détailler n’innocente pas Chauvin pour autant. Je l’ai dit, je ne suis pas ces journalistes malhonnêtes, minables militants, qui méprisent les droits de l’homme, le droit à un procès juste équitable, la présomption d’innocence, et ont condamné Chauvin selon leur ligne politique. Ces journalistes malhonnêtes, on les rencontre des deux bords politiques. Les journalistes de droite diront que Chauvin est innocent parce que les jurés étaient menacés. Les journalistes de gauche nieront la réalité, ils affirmeront sans la moindre honte de mentir qu’ils n’ont pas subi de menaces, et que les juges n’ont pas été influencés. Les deux sont partisans, ce ne sont pas des journalistes, mais des activistes de la pire espèce.

3 Aucune des raisons ci-dessus ne disculpe Chauvin. Elles démontrent non pas son innocence, mais que la justice n’a pas été rendue. Et justement, lorsque je dis que la justice n’a pas été rendue, c’est que l’on n’a pas assisté à un procès, mais à un règlement de compte, à une opération de soumission totale à la gauche fasciste. On ne sait pas, on ne peut pas savoir quel verdict un jury neutre et indépendant – aussi neutre et indépendant que possible – aurait décidé.

Je ne sais pas si Derek Chauvin est coupable ou innocent. Si mon émotion dicte mon jugement, le fait que mon émotion soit authentique, sincère et réelle ne la rend pas plus juste. Je n’étais pas dans la salle au tribunal, face au procureur, face aux avocats, face aux experts, face aux témoins, et vous voudriez que je sache, sans aucun élément factuel pour décider, si Chauvin est coupable ou innocent ? Ne comptez pas sur moi pour ça.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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