Publié par Manuel Gomez le 8 avril 2021

En France on imagine quoi : Que l’Algérie a été une grande fête après l’indépendance, en juillet 1962, que tout le monde était heureux, que tout « baignait dans l’huile », que c’était la joie d’avoir triomphé de l’horrible colonisation, le bonheur retrouvé, la liberté enfin, etc.

Comme on se trompe lourdement et pourtant on devrait se souvenir de la « Grande fête » après la libération de la France et la défaite des nazis : l’épuration, des dizaines de milliers d’exécutions, d’arrestations, de condamnations, l’apparition de dizaines de milliers de « résistants » bien « camouflés » durant les cinq années de l’occupation et pour un bon nombre collaborateurs et profiteurs. 

Ce fut identique en Algérie où « l’Armée des Frontières » ces militaires bien armés qui n’avaient pas participé à la vraie guerre, aux combats meurtriers, à l’abri derrière les frontières de la Tunisie et du Maroc, ne réalisant que de brèves incursions en « territoire ennemi » et se retranchant aussitôt et dont l’objectif prioritaire était « de se valoriser » aux yeux de la population, ne tarda guère à se mettre en évidence : 

Dans un premier temps, dès le 25 juillet 1962, l’Armée Nationale Algérienne et la Wilaya 1 s’emparèrent des villes de Constantine, Annaba et Skikda, qui étaient occupées par l’armée extérieure : bilan une cinquantaine de morts et plus de cent blessés et, le 30 juillet de cette même année 62, Mohamed Boudiaf, membre fondateur du FLN et ministre du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne), été arrêté à M’Sila par les militaires de la Wilaya 1. 

L’Armée des Frontières n’apprécia pas et le fit savoir entre les 20 et 29 août 1962 en s’opposant à la Wilaya 4, à Alger, laissant plusieurs morts et blessés sur le terrain. 

Poursuivant son offensif de conquête du pouvoir, l’Armée des Frontières s’opposa sur plusieurs fronts, entre le 1er septembre et jusqu’au 8 de ce même mois, à différentes Wilayas, notamment à Boghari, Masséna, Sour El Ghozlane, Sidi-Aïssa, El Asram, dans la vallée du Chélif Ce fut un véritable carnage, plus d’un millier de morts entre civils et militaires. 

Enfin, après deux mois de rudes accrochages et plus de 1500 morts, le 9 septembre 62, l’Armée des Frontières fit son entrée dans Alger, la capitale. 

Les hommes politiques ne furent pas épargnés non plus dans ces prises de pouvoir. L’un des premiers sur la liste fut Mohamed Khemisti, ministre des Affaires Etrangères de Ben Bella, sera abattu le 11 avril 1963 et décèdera le 5 mai suite à ses blessures. 

Le 13 juin 63, Mansour Youcef, secrétaire général de l’organisation, sera kidnappé par la police politique, mise en place dès l’indépendance, alors qu’il se trouvait à la terrasse du Café de Strasbourg, à Alger. 

Arrêté une première fois fin juillet 62, Mohamed Boudiaf est, à son tour, kidnappé puis déporté à Tsabit, dans le sud algérien durant 5 mois. 

Le 29 septembre ce sera au tour du député Saïd Gherib d’être enlevé par cette même police politique et décèdera sous la torture (Cette torture que l’on a tant reproché à l’armée française !) 

Le 7 juillet 1964, c’est l’ex président du GPRA et député de l’Assemblée Constituante, Abderrahmane Farès, l’un des principaux responsables du FLN et favorable à la présence des Pieds Noirs, qui est enlevé, séquestré, torturé et, enfin, déporté à Béchar, dans le sud saharien. 

Un mois plus tard, le 19 août, Ferhat Abbas, 65 ans, le premier président du GPRA et de l’Assemblée Constituante, l’une des figures les plus emblématiques des mouvements indépendantistes, également partisan de l’association avec les Pieds Noirs, est arrêté par la police politique et déporté à Adrar, dans le sud du pays, où il sera retenu durant une année. 

L’Armée des Frontières poursuit son « nettoyage » : deux officiers de l’ALN, le colonel Chabani, ex-chef de la Wilaya VI, et le colonel Chemmame, sont fusillés début septembre 1964. 

Le 12 avril 1965, c’est un autre membre fondateur du FLN, également député, Aït Ahmed, qui est condamné à mort par un tribunal d’exception. Sa peine sera commuée en détention à perpétuité par Ben Bella. 

Premier coup d’Etat, le 19 juin 1965, organisé par le colonel Boukharouba, contre Ben Bella. Il sera séquestré, sans jugement, durant 14 années. 

Mohamed Khider, membre fondateur du FLN et ex ministre du GPRA, assassiné par la police politique le 4 janvier 1967 à Madrid, en Espagne. 

Le 16 décembre 1967, c’est au tour du colonel Saïd Abid « d’être suicidé » dans son propre QG à Blida. Sa tête est retrouvée à des dizaines de kilomètres, près de Cherchell. 

Nouvelle tentative de coup d’Etat en Algérie, en mai 1968, le colonel Abbès est « liquidé » sur la route entre Cherchell et Alger, les frères d’armes du colonel Zbiri font le ménage. 

Le premier septembre 1968, c’est au tour d’Ahmed Francis, ex ministre des finances en 1962 et député, qui est retrouvé mort à Genève, en Suisse. On s’interroge ? 

En revanche aucune interrogation sur la tentative d’assassinat sur le colonel Boukharouba, en avril 68, en plein Palais du gouvernement, une fois encore par les « compagnons » du colonel Zbiri. 

Au mois de juillet 1969, un tribunal d’exception condamne à mort « par contumace » Krim Belkacem, membre fondateur du FLN et signataire principal des « Accords d’Evian ». Ce haut responsable qui a osé reconnaître ouvertement le rôle positif des « Pieds Noirs » dans la construction de l’Algérie. 

Il n’est pas présent à Alger mais qu’importe, le 18 octobre 1970 il est retrouvé étranglé « et pendu » dans un hôtel de Francfort, en Allemagne, par la police politique algérienne. 

Voilà ce que l’on sait, ce qui a été dit, mais il y a ce que l’on ne sait pas, ce que l’on ne saura jamais, ce qui jamais ne sera dit. Qu’en pensez-vous messieurs les responsables algériens, l’expliquerez-vous à Benjamin Stora, afin qu’il en informe le président Macron ? 

Et certains se posent la question : Pourquoi les Pieds Noirs ne sont pas restés en Algérie « républicaine » qui pourtant, mais vous venez de le constater, était bien moins « criminelle » que la colonisation ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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