Publié par Abbé Alain Arbez le 2 mai 2021

Nous avançons dans le temps pascal. Dimanche dernier, l’évangile nous présentait Jésus comme le bon berger qui prend soin de toutes ses brebis avec un maximum d’affection. Cela, pour nous faire comprendre que en tant que peuple de Dieu – nous sommes le  troupeau rassemblé par le bon berger, c.a.d. une communauté où chaque membre bénéficie de la prévenance et de la tendresse de Dieu.

Aujourd’hui c’est une autre image, celle de la vigne, qui nous parle de l’enracinement spirituel indispensable à travers la personne vivante de Jésus le ressuscité. Pour saisir ce beau texte, il faut comprendre l’enseignement qui se dessine derrière cette poésie du vignoble, très présente dans la Bible.

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L’Ecriture nous parle de vigne pour la première fois dans le livre de la Genèse, et c’est déjà un contexte d’alliance, puisqu’après le  déluge, la création repart sur des bases nouvelles. Noé plante une vigne, et cette vigne devient le symbole même du peuple choisi et soigné par Dieu – un vignoble de 1er choix – dont Dieu le vigneron céleste attend des fruits magnifiques sur terre.

C’est le prophète Isaïe, dans son ch. 5, qui présente explicitement Israël comme la vigne de Dieu. Dieu a confié une mission difficile à son peuple, qui est entouré de nations païennes hostiles. Comparativement aux civilisations environnantes où la personne humaine n’est pas reconnue, le plant sélectionné appelé Israël doit donner les meilleurs fruits et le meilleur vin. C’est pourquoi d‘ailleurs, une sculpture en or massif représentant une magnifique grappe de raisin décorait le fronton du Temple de Jérusalem.

Dans le premier écrit liturgique de la période apostolique, appelé la Didachè, on peut lire cette oraison : « Nous te bénissons notre Père pour la sainte vigne de David que tu as révélée en Jésus ton serviteur »…

Et précisément, au cœur du rituel de la Pâque juive, repris ensuite dans la cène, il y a le vin, qui représente toute l’espérance des temps nouveaux. Le vin qui annonce la fête éternelle des justes accueillis autour d’un banquet fraternel. Les 4 coupes de vin bues au cours du repas pascal commémorent la sortie d’Egypte et elles évoquent la rédemption d’Israël ; et c’est pourquoi – en instituant l’eucharistie – Jésus élève la 5ème et dernière coupe, celle du prophète Elie qui habituellement était laissée de côté : « Je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’à ce que le Royaume de Dieu soit advenu ! » (Lc 22.18)

Le fil conducteur entre tous ces passages bibliques, c’est donc l’alliance, la relation d’amour entre Dieu et ses amis, et aussi le désir de Dieu de sauver le monde entier pour le rassembler dans la joie éternelle. C’est pourquoi Jésus invite ses disciples à demeurer en lui, à fonder en lui, à travers son enseignement, leur relation au Père. Il leur a communiqué l’Esprit qui en fait des témoins et qui rend le salut accessible à tous les hommes de bonne volonté.

Parmi les 4 évangiles, celui de Jean insiste très fortement sur l’enracinement de l’Eglise dans l’histoire sainte antérieure du peuple de Dieu. Nous nous souvenons de l’épisode de la Samaritaine au puits de Jacob, où Jésus s’exclame : « Le salut vient des Juifs ! » L’évangile d’aujourd’hui sur le cep et les sarments est aussi une affirmation théologique qui va dans le même sens. C’est le rappel d’une réalité fondamentale et fondatrice : si Jésus est identifié à la vigne d’Israël, c’est qu’il est en lui-même la plus belle expression de tout l’héritage biblique, la figure récapitulative du peuple de l’alliance. Et c’est à travers lui que des croyants venus du paganisme bénéficieront des bienfaits de la relation multiséculaire entre Dieu et son peuple.

Jésus a insisté pour dire qu’il n’était pas venu abolir l’alliance mais l’accomplir, la parfaire. C’est dans ce sens que nous comprenons l’expression : je suis le cep. Le cep fait circuler la sève de toute la vigne (c’est-à-dire l’amour du Père) et cette sève irrigue d’Esprit les sarments que sont les disciples, d’où qu’ils viennent. Cette sève entre le cep et les sarments est absolument vitale, car les sarments, s’ils sont coupés du cep qui les porte, vont se dessécher, et ils seront incapables de donner le moindre fruit.

Au cours de l’histoire, les exemples de ce dessèchement spirituel et théologique ne manquent pas, y compris à l’intérieur de l’Eglise. Si les sarments s’imaginent s’auto-alimenter par eux-mêmes sans être reliés au cep originel, ils deviennent secs et n’offrent plus de fruits.  L’absence de sève biblique dans le christianisme peut s’avérer mortelle et mortifère. Seule, cette circulation de l’Esprit de vie rend possible notre vocation de disciples de Jésus fils d’Israël, puisque nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection du Messie. Cela est mis en oeuvre par la Parole de Dieu (ancien et nouveau testaments), la prière, l’eucharistie, tout ce qui nous nourrit de nos racines qui plongent dans le terreau biblique où est plantée la vigne dont Jésus est le cep.

Si nous nous éloignons de cette réalité à la base de notre foi, nous devenons des sarments sans  racines, dépourvus de sève. Ces sarments dégénérés ne seront bons qu’à être brûlés. Or la gloire du Père, la fierté du vigneron, c’est que la vigne, Peuple de Dieu, = Israël et Eglise- portent beaucoup de fruits. Fruit de justice, de vérité, fruit d’humanité, tout un ensemble de valeurs éthiques dans ce monde soumis aux puissances idolâtriques envahissantes.

L’évangile de Jean nous le répète aujourd’hui : si nous voulons être des disciples du Christ, nous devons être enracinés. Sans cela, nous ne serions plus les sarments vivants greffés sur le cep de la vraie vigne. C’est le seul moyen de se prémunir contre ce terrible dessèchement de la mémoire et du cœur qui a tant affaibli le christianisme.

Dans un monde et une société traversés par des influences contradictoires, il est indispensable pour nous de savoir clairement d’où nous venons pour pouvoir préciser où nous allons. Nous comprenons ainsi à quel point la mise en garde de St Paul aux premières communautés reste d’actualité par rapport au message de l’évangile de la vigne et des sarments. Il écrivait ceci aux pagano-chrétiens : « Ne fais pas le fier ! Ce n’est pas toi qui portes la racine, mais c’est la racine qui te porte… »

En ce temps de Pâques, de renaissance de la vie spirituelle, en étant unis au Christ, nous chercherons à être des sarments vivants ; en bénéficiant au maximum de la sève de la Vigne, pour porter ensemble des fruits dépourvus d’amertume, des fruits mûris au soleil de Dieu.

Comme dans les vignobles au moment de la vendange, ils annoncent le vin généreux de la rédemption dans le Royaume éternel, c’est bien ce signe que nous revivons maintenant au cours de l’eucharistie, lorsque nous allons nous incliner devant la coupe de vin devenu sang du Christ, ce mémorial  du jeudi saint, rappel vivant de la transmission de vie offerte pour notre salut.

Amen !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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