Publié par Jean-Patrick Grumberg le 3 mai 2021
Centre de vaccination COVID-19 à Duque de Caxias, près de Rio de Janeiro

J’ai longuement parlé avec une des trois personnes contaminées en même temps qu’Albert Elbaz, le couturier franco-israélien qui est décédé la semaine dernière du coronavirus. Sa sœur, mon amie, m’a donné des explications sur les raisons de son décès – alors qu’il était vacciné. C’est préoccupant, et très triste.

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Il a 40 ans. Il est vacciné. Il était dans un restaurant fin mars avec le couturier Albert Elbaz et Alex, son compagnon. Tous les trois étaient vaccinés. Albert est mort. Il avait reçu les deux doses du vaccin Pfizer. Lui, 40 ans, également vacciné Pfizer, pas de comorbidité, en très bonne santé, sans aucun problème de santé sous-jacent, a été infecté et a été malade comme un chien. Il a eu des douleurs, il a perdu l’odorat, et un mois plus tard, il s’en remet à peine. Alex n’avait encore reçu qu’une dose quand il a été infecté, et c’était l’AstraZeneca. Lui aussi a été très malade.

Cela s’est passé de manière très banale : ils marchaient dans les rues de Paris, et devant un restaurant fermé, le patron a reconnu Albert et les a invités à entrer par-derrière pour leur donner des plats à emporter. A l’intérieur, le restaurant était vide, sauf une table. Le lendemain soir, les trois commençaient à ressentir les symptômes. Albert Elbaz, on le découvrira plus tard, n’avait pas d’anticorps. Hospitalisé il y a 5 ans, il était devenu immunodéficient. Quelle ironie du sort, pour une personne hypocondriaque !

C’est un variant du coronavirus sud-africain qui a emporté Albert et rendu les deux autres malades.

Variant indien

Le PDG de BioNTech, Ugur Sahin, a déclaré jeudi dernier sur CNBC (1) qu’il était « confiant » dans l’efficacité du vaccin Covid-19 qu’il a développé en partenariat avec l’américain Pfizer, contre le variant du coronavirus identifié pour la première fois en Inde.

La souche indienne, connue sous le nom de B.1.617, contient deux mutations clés qui ont été trouvées séparément dans d’autres variantes de coronavirus. La variante, également appelée « double mutant », a été repérée pour la première fois en Inde, où certains pensent qu’elle est à l’origine d’une récente augmentation dramatique des nouveaux cas de Covid-19 dans le pays.

Selon M. Sahin, le fabricant allemand de médicaments a testé son vaccin à deux doses, qui n’est actuellement pas disponible en Inde, contre des « doubles mutants » similaires (notez-bien : « similaire » pas « identique »). Sur la base de ces données, M. Sahin a déclaré qu’il était convaincu (notez-bien : « convaincu », pas « assuré avec certitude ») que le vaccin serait toujours protecteur.

« Nous évaluons [la souche]… et les données seront disponibles dans les semaines à venir », a-t-il déclaré à CNBC. Notez-bien : nous « évaluons », ce qui veut dire que nous n’avons pas encore de résultats de leurs recherches.

Moralité : on patauge à nouveau dans l’inconnu, alors qu’Israël, champion de la vaccination et de la liberté qu’elle procure, semble être à un cheveu de tourner définitivement la page et pourrait revenir à des mesures plus strictes – de nouveau.

  • Le 20 avril dernier, et pour la première fois depuis plus d’un an, les Israéliens n’étaient plus obligés de porter un masque lorsqu’ils sont à l’extérieur.

Mais Albert est décédé du variant sud-africain, pas indien

Et nous l’avons appris le 12 avril dernier : le variant d’Afrique du Sud est capable d’échapper à une partie de la protection offerte par le vaccin Pfizer-BioNTech, selon une étude israélienne réalisée par des chercheurs de l’Université de Tel-Aviv et de Clalit, la première organisation de soins de santé en Israël.

Ils ont examiné près de 400 personnes qui avaient été testées positives pour le Covid-19 après avoir reçu au moins une dose du vaccin. Ils les ont comparées au même nombre de personnes infectées et non vaccinées.

  • Ils ont constaté que la prévalence de la variante d’Afrique du Sud, connue sous le nom de B.1.351, était environ huit fois plus élevée chez les patients ayant reçu deux doses de vaccin que chez ceux qui n’avaient pas été vaccinés du tout !
  • Les données suggèrent que la souche B.1.351 est mieux à même de « percer » la protection du vaccin que la souche originale, écrivent les chercheurs dans leur étude.
  • Les auteurs de l’étude ont cependant souligné que celle-ci a été menée sur un échantillon faible de personnes infectées par le variant sud-africain en raison de la rareté de celui-ci dans le pays.

« Nous avons trouvé un taux supérieur de manière disproportionnée du variant sud-africain parmi les personnes vaccinées avec une seconde dose par comparaison au groupe non-vacciné. Cela signifie que le variant sud-africain est capable, dans une certaine mesure, de franchir la protection vaccinale », a déclaré Adi Stern, chercheur à l’université de Tel-Aviv.

C’est ce qui a emporté mon ami. A Paris. Et devrait inciter les Israéliens, bien qu’ils soient massivement vaccinés, à plus de prudence. Probablement à négliger les recommandations du ministère de la Santé, et continuer à porter le masque à l’extérieur et éviter l’intérieur des restaurants, réservés aux personnes vaccinées qui ont le passeport vaccin : le vaccin n’empêche pas une personne vaccinée d’être malade et de contaminer une autre personne vaccinée – et si elle n’a pas d’anticorps : ciao pantin.

Ils misent tout sur le vaccin

Malgré cela, le vaccin reste la seule solution efficace, puisque le traitement précoce, selon les recommandations faites par le professeur Raoult quand le vaccin n’existait pas, ne protège pas des séquelles, dont la liste s’allonge au point qu’un médecin me disait n’avoir jamais entendu parler d’une maladie qui, une fois qu’on en est soigné, laisse autant de traces et d’effets secondaires chez les personnes rétablies.

Inde : panique à bord, urgence vaccin

  • Début mars, le Premier ministre Narendra Modi recevait la première dose du vaccin Covaxin, développé par Bharat Biotech et le Conseil indien de la recherche médicale (ICMR), qui a été lié à l’hésitation du vaccin en raison de son statut d’essai clinique. Il a exhorté toutes les personnes éligibles à se faire vacciner, le pays ayant commencé à vacciner les personnes de plus de 60 ans et celles de plus de 45 ans qui sont malades.

« Ensemble, faisons de l’Inde un pays sans COVID-19 », a-t-il déclaré.

  • Le 8 avril, 37 jours après sa première injection – Modi a reçu sa deuxième dose de vaccin Covid et il a de nouveau exhorté toutes les personnes éligibles à se faire vacciner contre le virus mortel.

Mais le nombre de malades et de morts a explosé, le nombre de personnes vaccinées est très inférieur aux besoins, et Modi a été critiqué pour avoir continué à organiser des rassemblements de masse dans l’État alors que les infections augmentaient.

Le Vietnam, par exemple, qui compte parmi les pays d’Asie du Sud-Est où le nombre d’infections est le plus faible, a soudainement ordonné la fermeture des lieux « non essentiels » clubs, sites de jeux, salons de karaoké, etc. afin d’empêcher la propagation du coronavirus après l’apparition de nouveaux cas locaux la semaine dernière, pour la première fois en un mois. Et à l’inverse, la Californie où tout est largement bloqué depuis plus d’un an, voit le nombre de morts augmenter à nouveau.

Le nombre de décès quotidiens en Inde a atteint un record de 3 689 dimanche, tandis que le nombre de cas a légèrement ralenti après que le pays soit devenu le premier à franchir la barre des 400 000 cas en une journée.

Brésil : Bolsonaro change d’avis et cherche des vaccins à tout va

Les dirigeants les plus réticents, comme le président brésilien, le conservateur Jair Bolsonaro, sont revenus sur leurs premières certitudes.

  • En décembre, le président brésilien laissait entendre que le vaccin Pfizer avait des effets secondaires étranges, et qu’il pouvait transformer les gens en crocodiles ! (2).
  • Mi-mars il a signé trois mesures destinées à accélérer l’achat de vaccins et début mars, il a annoncé qu’il était en pourparlers avancés pour acheter des doses de vaccin à Pfizer et Johnson & Johnson. Pour dire les choses simplement : Bolsonaro est désormais à 100% pour le vaccin.
  • Trop tard. Le Brésil peine maintenant à trouver des vaccins pour faire face à l’une des pires crises du monde en matière de Covid-19. L’épidémie est repartie, et les pénuries d’approvisionnement ralentissent le rythme des livraisons et des vaccinations.

    Le ministre des Affaires étrangères, Carlos Franca, a déclaré mercredi dernier aux législateurs qu’il cherchait à obtenir des vaccins auprès de divers partenaires, dont 30 millions de doses de la société chinoise Sinopharm, plus 8 millions de doses du vaccin produit par AstraZeneca en Inde, ainsi que tout excédent américain.

    Le problème, a-t-il ajouté, est que la recrudescence de la pandémie en Inde et le resserrement de l’offre au niveau mondial ont fait prendre un retard considérable au Brésil dans la course aux doses.
  • Jeudi dernier, le Brésil est devenu le deuxième pays à dépasser les 400 000 décès dus au COVID-19, après les États-Unis.

Israël, en route vers l’éradication totale ?

Malgré les dernières inquiétudes exposées plus haut, Israël voit le taux de transmissions du virus (R) tomber à des niveaux jamais atteints : 0,56, bien en dessous du taux de développement de 1.

Si un seul indicateur fait sens de l’excellente affaire que représente le vaccin pour les citoyens, c’est bien celui-là, car il permet de se projeter dans un avenir proche sans coronavirus, alors que le nombre de cas et de morts peut très bien passer de très encourageant à démoralisant, puisqu’il peut rebondir presque du jour au lendemain, nous le voyons hélas bien trop.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. https://www.cnbc.com/2021/04/29/covid-vaccine-biontech-ceo-confident-shot-works-against-india-strain.html
  2. https://www.businessinsider.com/bolsonaro-claims-covid-19-vaccines-could-turn-people-into-crocodiles-2020-12

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