Publié par Pierre Rehov le 3 mai 2021

« C’était à Tel-Aviv, en 1984. » Ce jour-là, Frédéric Lauze discute à la terrasse d’un café avec le père d’un ami Israélien. L’étudiant, aujourd’hui patron de la police du Val-d’Oise, avait déjà devisé avec « ce francophone d’origine égyptienne ».

Il multipliait à cette période les voyages au Proche-Orient. « La confiance s’était installée, se souvient-il. Et en parlant un soir de juifs séfarades partis de pays d’Afrique du Nord pour rejoindre l’État hébreu, cela a fait remonter chez lui une forte émotion. »

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L’échange convivial tourne à « la confidence ». L’homme, « fier d’être israélien, avait en même temps une certaine nostalgie de l’Égypte. En particulier d’Alexandrie, ville cosmopolite » que sa famille « avait dû quitter en 1956, parce que n’étant plus en sécurité en pleine crise du canal de Suez. Lui avait 17 ans. »

« Il avait laissé quelque chose là-bas… »

Si ses proches « ont assez vite mis leurs regrets de côté, lui a gardé une forme de nostalgie. Il avait laissé quelque chose là-bas. Je l’ai compris lors de cette conversation sur laquelle il n’a jamais voulu revenir. Mais qui m’a marqué », explique Frédéric Lauze. Trente-six ans après, il en a fait le point de départ d’un livre, Le Testament d’Alexandrie. Le quatrième de ce directeur départemental de la sécurité publique (DDSP).

Ce roman raconte l’histoire d’amour entre un juif, David Mizrahi, et une musulmane, Aïcha Qarawi, élèves dans la même classe du lycée français du grand port égyptien en 1956. « Ils s’aiment, malgré tous les interdits d’alors. Et rêvent de partir ensemble un jour pour vivre en France. » Mais la guerre éclate et David fuit le pays de nuit avec sa famille pour gagner Israël, sans pouvoir prévenir Aïcha.

Un « déchirement » pour ces jeunes gens. « Ne pouvant reprendre contact en raison des risques d’accusations d’intelligence avec l’ennemi, les deux cheminent, chacun de leur côté ». Quinze ans plus tard, Aïcha décide d’approcher un diplomate suisse en poste en Égypte pour les Nations unies, pour le convaincre de devenir son messager secret afin de renouer un lien avec David…

Hymne à la tolérance

« Le Testament d’Alexandrie », Fauves éditions, 252 pages, 22 €. | OUEST-FRANCE

Hymne à la tolérance, l’amour et la laïcité, cette saga s’intègre dans des faits historiques des années 1950 à nos jours. Faits qui passionnent l’auteur. Son intérêt pour cette région est né de son engagement dans l’armée : « J’avais 18 ans, un CAP de serveur en poche, et j’avais devancé mon appel au service militaire ». Engagé dans les paras, il est casque bleu au Liban en 1982. Vit « des moments forts », qui le « remuent ».

Cela « m’a donné envie de comprendre la situation dans cette région. Également de me reprendre en main, de me préparer un avenir ». De retour en France, Frédéric Lauze reprend ses études, « en cours du soir ». Lit beaucoup, s’intéresse à la géopolitique. Et repart « chaque année découvrir Israël, la Jordanie, l’Égypte… »

« Décrocheur » devenu « bon élève »

Il enchaîne la fac de droit et Science Po. « Je suis devenu bon élève », sourit celui qui a ensuite passé le concours de commissaire puis fini sa thèse sur les fondements de l’État d’Israël alors qu’il était en poste. Et a même enseigné la géopolitique à l’université. « Le premier cours que l’on donne en amphithéâtre quand on a été un décrocheur plus jeune, ça représente quelque chose », assure-t-il. Précisant que « pour y arriver, il faut de l’envie, des encouragements, asseoir la confiance en soi, trouver sa méthode de travail… Si ça peut donner de l’espoir à d’autres. »

Lui « n’arrête jamais d’apprendre ». Écrit aussi « entre midi et deux. Une bouffée d’oxygène importante » quand elle est possible dans une journée de « DDSP du Val-d’Oise », à la tête d’une administration de 2 200 fonctionnaires. Des femmes et des hommes dont « l’implication est constante et totale au service des autres », souligne Frédéric Lauze, qui a été médiateur interne de la police de 2013 à 2017. Connu pour son franc-parler, il défend une institution souvent visée par les critiques.

« Les policiers méritent d’être défendus »

La police a « toujours suscité la passion », selon lui. Elle doit « mieux communiquer sur ses missions (secours, lutte contre la délinquance, etc.), qu’elle remplit bien, dans un contexte de plus en plus difficile. Après, elle n’est pas parfaite. Et doit l’assumer, être peut-être moins crispée pour parler de problèmes de déontologie si des dérapages individuels surviennent. Parce qu’elle les traite avec sévérité, elle n’a pas à rougir. C’est une police républicaine. Les policiers doivent être défendus. »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Pierre Rehov pour Dreuz.info.

Source: https://www.ouest-france.fr/culture/livres/frederic-lauze-patron-des-policiers-du-val-d-oise-et-romancier-d6549e7c-a7f2-11eb-b152-ab3b087a49aa

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