Publié par Gaia - Dreuz le 5 mai 2021

Source : Ripostelaique

Nous avions fait connaissance de Kakou Ernest Tigori à l’occasion des journées de Synthèse Nationale. Alors que Macron parle de déconstruire l’histoire de notre pays, il a paru intéressant de poursuivre la discussion avec cet Africain qui appelle les Européens à cesser de se morfondre dans la repentance, et les Africains à cesser de pleurer…

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Bien comprendre ce qui a généré la repentance suicidaire de l’Europe : USA et URSS…

Riposte Laïque : Vous avez publié, il y a quelque temps, un livre au titre évocateur, « Désintoxiquer l’Afrique, sortir l’Europe de la repentance ». Et vous nous aviez accordé cet entretien.

https://ripostelaique.com/desintoxiquer-lafrique-sortir-leurope-de-la-repentance.html

Pourtant, depuis, l’Europe, et particulièrement la France, paraissent se complaire de plus en plus dans cette repentance que vous dénonciez. Comment expliquez-vous cette tendance mortifère de ses dirigeants ?  

Kakou Ernest Tigori : Pour bien comprendre ce qui a généré cette repentance suicidaire de l’Europe, il faut revenir sur les grands bouleversements dans les rapports internationaux au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les germes de la plupart des causes actuelles de la ruine de l’Afrique noire et de l’Europe datent de cette époque.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les États européens, qui ont dominé l’humanité sans partage pendant plus de quatre siècles, sont ruinés, en agonie. Les États-Unis d’Amérique entreprennent de se les subjuguer tout en les affaiblissant. Faut-il rappeler qu’un grand pays comme la France, n’eut été la sagacité d’un homme de la trempe de De Gaulle, se serait retrouvé sous un gouvernement militaire allié, c’est-à-dire sous administration américaine. Les Américains, dès 1944, sont donc à l’initiative et à la manœuvre pour la mise en place d’un nouvel ordre mondial qui doit consacrer l’affaiblissement de l’Europe occidentale… en leur faveur.

Le démantèlement des empires coloniaux européens s’inscrit alors comme une exigence prioritaire de cet objectif. Pour ne pas froisser trop tôt leur allié britannique, les Américains cachent leurs intentions jusqu’à la Conférence plénière des Nations unies de San Francisco qui s’ouvre le 25 avril 1945. Jamais auparavant, au cours d’importantes conversations diplomatiques [à Atlantic City, à Hot Springs, à Bretton Woods, et, finalement, en août et septembre 1944, à Dumbarton Oaks] qui, avant même l’écroulement de l’Allemagne et la capitulation du Japon avaient réuni les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’URSS et la Chine, il n’avait été question du « Problème colonial ». En réalité, toutes ces conversations étaient de pure forme, le scénario en ayant été écrit par les Américains, les nouveaux maîtres du monde. La France, qui n’avait pas encore retrouvé sa place parmi les grandes puissances, n’avait pas été de ces réunions préparatoires de la Conférence plénière de San Francisco.

L’attitude américaine est d’autant plus mesquine que les États-Unis ont participé, 60 ans plus tôt, à la Conférence de Berlin qui a fixé les règles de partage de l’Afrique noire. Il n’est pas superflu de noter que, comme les autres signataires du Traité de Berlin, ils ont reconnu la souveraineté de l’État indépendant du Congo (EIC), précisément le 26 novembre 1885. Entre-temps, l’EIC est devenu le Congo belge en 1908, et y ont été découvertes d’importantes richesses minières, dont l’uranium qui a servi à produire la première bombe atomique américaine. Les Américains ne veulent plus de souveraineté européenne en Afrique qui limiterait leur appétit des matières premières…

En janvier 1946, aux assises des Nations unies de Londres, les États-Unis d’Amérique peuvent apprécier la réussite de leurs manœuvres, comme le rapporte quelques mois plus tard Pierre Horts, un membre de la délégation belge : « La première assemblée générale des Nations unies. réunissait cinquante-et-un États ; de ce nombre, quatre puissances coloniales seulement : la Belgique, la Grande-Bretagne, la France et les Pays-Bas. En face de cette infime minorité se dressent trente-cinq membres résolument anti-coloniaux pour des raisons diverses.

Il y a tout d’abord le groupe des anciennes colonies émancipées, formé des vingt États de l’Amérique latine, de l’Éthiopie et des Philippines auxquels s’ajoute tout le poids des États-Unis, chez lesquels le préjugé anti-colonial a survécu à cent-soixante-dix année d’indépendance.

Quoique n’ayant pas passé par le stade colonial, les cinq États arabes – l’Égypte, l’Irak, le Liban, la Syrie, l’Arabie saoudienne – s’affirment comme tout aussi anticoloniaux, apparemment parce qu’ils voient dans la façon dont se pose désormais le problème colonial une occasion de contrarier la Grande-Bretagne et la France auxquelles ils croient avoir des raisons de ne point vouloir du bien.

Vient ensuite l’URSS, hostile à la colonisation comme à tout ce dont est fait l’ordre de chose établi, et derrière l’URSS se rangent les deux républiques soviétiques de Biélorussie et d’Ukraine ainsi que les pays dont la politique extérieure est soumise à son inspiration : la Pologne, la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie.

Les Nations unies dans leur très grande majorité sont nettement anticoloniales. À leurs yeux, la colonisation constitue une survivance de temps disparus, une spoliation à laquelle le progrès des mœurs oblige de mettre fin sans délai. »
Les Américains croient la partie facile, mais c’est compter sans l’URSS de Staline qui ne s’attendait pas à cette aubaine : après que les nations occidentales se sont affaiblies toutes seules par cette guerre, voilà que leur chef de fil américain ouvre une brèche pour démanteler leurs empires coloniaux… un véritable deus ex machina !

Alors, Staline engage ses troupes dans le combat en vue d’exploiter les nouvelles lois internationales au profit de la Révolution mondiale. Et les troupes, Staline n’en manque pas ! Il dispose même d’une cinquième colonne en Europe occidentale, composée des partis communistes staliniens, avec à leur tête le Parti communiste français, et d’intellectuels de gauche, tel que Jean-Paul Sartre, en pâmoison devant le tombeur d’Hitler. La stratégie mise en place doit permettre, entre autres, de rendre l’entreprise coloniale impopulaire dans l’opinion européenne, et de pousser, au nom du tout nouveau « droit des peuples à l’autodétermination », les indigènes des territoires coloniaux à la rébellion en vue de l’accession à l’indépendance dans les meilleurs délais. Il faut achever les vieilles nations occidentales !

Depuis cette date, pour l’Afrique noire, cette gauche révolutionnaire européenne, partisane ou intellectuelle, va montrer un engagement sans relâche à la tâche de dénigrement systématique de la colonisation, sans s’embarrasser de vérités, avec une grande influence sur les opinions européennes et africaines :
On ne parle plus de colonisation, mais de colonialisme, terme qui de façon idéologique rend l’entreprise coloniale inacceptable, car elle ne serait qu’une exploitation honteuse fondée sur des préjugés racistes ;
On salit moralement l’Occident en le tenant pour l’unique responsable de l’esclavage et la traite négrière.
Comme je le montre dans mon livre, ce ne sont que des inexactitudes. Pire, des mensonges !
Pour quelles raisons des mensonges aussi gros ont pu tenir jusqu’à nos jours ? Tout simplement parce qu’ils n’ont jamais été démentis ! Pourtant, ce ne sont pas les faits contradictoires qui manquent : quand Kankan Moussa, roi du Mali, part à la Mecque en 1324 avec près de 10 000 esclaves à vendre, aucun Européen n’a encore mis les pieds en Afrique noire. Avant le Mali, la vente d’esclaves fit la fortune du Ghana du VIIIe au XIe siècle de notre ère. Après le Mali, le Songhaï prend le relai de la traite négrière du XVe à la fin du XVIe siècle. Tous les grands États africains du XVIIe à la fin du XIXe siècle sont des acteurs majeurs de la traite négrière atlantique. La généralisation de la colonisation de l’Afrique noire, à la fin du XIXe siècle, se fait avec une adhésion majoritaire des populations africaines. Je pourrais donner mille autres faits du genre …

Pourquoi les mensonges communistes persistent-ils donc ? Il faut se souvenir qu’au sortir de la guerre, les élites européennes, politiques, intellectuelles et médiatiques, moralement à terre, se cherchaient, les uns derrière les États-Unis, les autres derrière l’Union soviétique. Les patriotes libres et indépendants comme de Gaulle, étaient plutôt très rares, et, surtout, n’osaient pas affronter le « sens de l’histoire ». Alors, les deux superpuissances ne voulant plus de la colonisation européenne de la planète, les détracteurs aux ordres de Staline avaient un boulevard pour dénigrer sans retenue, ni aucune contradiction. Du côté du monde noir, les nouvelles élites politiques et intellectuelles avaient toutes été adoubées par les communistes qui les cornaquaient. Houphouët-Boigny, Senghor, Césaire, Nkrumah et autres vont sacrifier la vérité historique de l’Afrique noire sur l’autel de leurs ambitions politiques. Les communistes européens avaient des réseaux en métropole et dans les colonies qui faisaient la promotion de leurs partenaires africains et, surtout, les encadraient dans leurs actions : en 1946, la création à Bamako du Rassemblement démocratique africain de Houphouët-Boigny est supervisé par Raymond Barbé, le responsable de la section coloniale du Parti communiste français. Césaire avouera à demi-mot, en 1956, que Le Discours sur le colonialisme lui a été dicté par ‘’la gent littéraire [communiste] qui à propos de tout et de rien dogmatise au nom du parti’’. Ce n’étaient donc pas ces élites noires qui allaient contredire tous les mensonges communistes sur la présence européenne en Afrique noire depuis le XVe siècle.

Pour revenir à votre question, je dirais que le mensonge a tellement duré qu’il passe pour la Vérité auprès de tous ceux qui sont soumis au politiquement correct et à la bien-pensance gauchiste depuis la décennie 1940. On entend même de grands hommes politiques dire que la colonisation de l’Afrique fut un crime. C’est malheureux ! Les mêmes sont pourtant fiers de la civilisation gallo-romaine.

Par ailleurs, les élites européennes qui se hasarderaient à revenir aujourd’hui sur les mensonges au sujet de l’Afrique noire seraient taxés de « révisionnisme raciste », de « refus d’assumer les méfaits de l’Occident », et que sais-je encore. Raison pour laquelle l’initiative du rétablissement de la vérité sur l’Afrique revient aujourd’hui aux Africains. Pourvu que ces derniers en comprennent les raisons : la motivation n’est pas de défendre l’Europe, mais de sauver l’Afrique noire, car cette amnésie dans laquelle elle se complait est une faute morale. Quand on a vendu ses propres enfants pendant tant de siècles, on doit faire son repentir pour espérer l’absolution spirituelle. Au lieu de cela, nous osons aujourd’hui exiger réparation. Quelle indignité ! L’esclavage et la traite négrière témoignent d’un manque d’humanisme ; il ne s’agit point d’accuser nos ancêtres de façon anachronique, mais il convient que l’Afrique reconnaisse ce mal pour le combattre. Sinon, les États africains actuels continueront d’évoluer dans l’inhumain et le non-droit, avec toute les conséquence que nous observons…

Bref, il faut dire à tous les Européens repentants que le temps est venu de se libérer de l’intoxication orchestrée par Staline depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La lutte des mouvements noirs est basée sur du faux et des mensonges

Riposte Laïque : Comment analysez-vous la percée de mouvements comme « Blacks Lives Matter », le Comité Adama Traoré, le Cran ou la Ligue de défense nord-africaine, et comment expliquez-vous la complaisance du gouvernement français à leur égard ?

Kakou Ernest Tigori : Tant que la vérité sur l’histoire de l’Afrique depuis le XVe siècle ne sera pas restituée, nous nous enfoncerons dans la tragédie que constituent les causes défendues par ces organisations de la diaspora noire. Ces mouvements, gavés aux mensonges de l’extrême gauche, croient avoir des raisons de se plaindre ou de revendiquer des réparations. Leurs militants, en majorité, croient de bonne foi avoir une facture à présenter à l’Occident ! Il faut les aider à retrouver la raison en leur faisant comprendre que toute leur lutte est basée sur du faux : non, l’Occident n’est pas responsable de l’esclavage et de la traite négrière ; non, la colonisation de l’Afrique ne fut pas un crime, bien au contraire ; non, l’Afrique, dans son incapacité à s’assumer depuis les indépendances, n’est pas une victime de l’Occident, mais subit la trahison des élites africaines qui manquent de sens de l’intérêt général ; non, les sociétés occidentales, les plus ouvertes à l’immigration du globe, ne sont pas racistes ; etc.

Ces mouvements continueront de percer tant que l’ignorance permettra à l’abrutissement de gagner toujours du terrain dans l’opinion. Quant à la plupart des dirigeants français, ils demeurent sous l’influence de la doxa bien-pensante dominante. Vous n’avez qu’à écouter les médias et intellectuels pour voir l’ampleur du mal qui paralyse la France. J’ai eu à échanger avec des universitaires historiens français, et je puis vous dire qu’en privé certains avouent l’inexactitude générale à propos de l’histoire de l’Afrique noire. J’ai compris aussi qu’il est très risqué, dans ces milieux-là, de vouloir rétablir la vérité. C’est très grave !

La classe politique française est nuisible à l’Europe et à l’Afrique

Riposte Laïque : Le président de la République française, Emmanuel Macron, dans un entretien accordé à une chaîne américaine, a expliqué qu’il fallait « déconstruire » l’Histoire de France, sur le racisme et le colonialisme. Connaissez-vous un autre exemple, dans le monde, où un chef d’État ait pu tenir de tels propos, et comment les expliquez-vous ?

Kakou Ernest Tigori : Le candidat Macron ayant déjà dit en Algérie que « la colonisation fut un crime », j’ai peur que sa déconstruction n’aille pas dans le bon sens. Déjà, employer aujourd’hui le mot “colonialisme” en lieu et place de “colonisation” est un signe !

Dans tous les cas, je vous ai dit que les Africains doivent s’engager eux-mêmes dans la restitution de la vraie histoire de l’Afrique. Mon dernier livre est une contribution. Il y a aussi le Congolais Marcel Yabili qui fait un travail formidable. Nous avons été précédés par la Camerounaise Axelle Kabou au début des années 1990, et je pense que cette école de la vérité et du bon sens finira par vaincre tous les mensonges qui circulent depuis la décennie 1940. Cette réappropriation de l’univers intellectuel et politique est un préalable au redressement du continent. Ce ne sont pas ceux qui ne savent que se plaindre ou accuser l’Occident de tout qui vont redresser l’Afrique !

Il persiste malheureusement en Europe, particulièrement en France, une classe politique qui se réjouit de voir des Africains qui, aujourd’hui encore, attendent tout de l’ancienne puissance coloniale, n’ont à la bouche que des jérémiades ou des exigences de réparations. Cette classe politique est nuisible autant pour l’Europe que pour l’Afrique…

Que la France soit au Mali depuis huit ans est anormal

Riposte Laïque : Que pensez-vous de la présence française en Afrique, et pensez-vous que les militaires de notre pays, au Mali, contribuent à freiner l’avancée islamiste ? 

Kakou Ernest Tigori : Je ne suis pas contre le principe de la présence militaire d’un État ami dans un pays. Nous sommes dans un monde où les enjeux stratégiques sont complexes, donc je comprends que des États amis puissent s’entraider.

Ceci étant, la présence française au Mali est révélatrice d’une certaine complaisance envers les dirigeants africains. Que la France intervienne ponctuellement pour aider le Mali peut se comprendre, mais qu’elle soit obligée de s’y maintenir depuis huit ans, en vue de préserver l’intégrité territoriale de ce pays, est anormal. Si le Mali, après 60 ans d’indépendance, n’a pas été capable de renforcer sa cohésion nationale pour plus de sûreté de son État, combien de temps encore la France devra-t-elle rester pour pallier les insuffisances d’une classe dirigeante totalement plongée dans l’impéritie ?

À regarder de près, c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui est menacée par cette nébuleuse composée de groupes rebelles et de terroristes. Et tous ces pays africains sont incapables, depuis tant d’années, de s’organiser pour prendre le relais de la France. En plus, des pays dont les opinions semblent de plus en plus hostiles à la France ! Tout cela est tellement absurde, mais les dirigeants français semblent se complaire dans ce terrain marécageux. Au nom des liens qui unissent la France (ou l’Europe) et l’Afrique noire, il est urgent d’assainir leurs relations, en vue de faire de l’attelage Europe-Afrique un acteur qui retrouve, le plus rapidement possible, une place respectable dans le concert des nations. Cet assainissement nécessite, des deux côtés, des hommes politiques responsables, se disant la vérité, et capables d’assumer devant leurs opinions leurs positions et actes. Nous en sommes très loin aujourd’hui !
Pour ce qui est des islamistes, la France ferait mieux de les contrôler sur son petit territoire métropolitain que d’aller les pourchasser dans l’immense Sahara…

Riposte Laïque : On vient d’apprendre la mort du Président tchadien, Idriss Deby, qui venait d’être réélu. La version officielle évoque sa mort sur blessure, lors de combats contre des rebelles tchadiens. Cela vous paraît-il plausible ?

Kakou Ernest Tigori : Je ne suis pas bien renseigné sur ce qu’il se passe au Tchad, et je n’ai aucune raison de douter de la version officielle.

Aucun virus n’a pu freiner l’explosion démographique de l’Afrique, qui va vers les 2 milliards d’habitants

Riposte Laïque : Comment expliquez-vous, dans les pays africains, le faible impact de la crise sanitaire qui a frappé tous les pays du monde ?
Kakou Ernest Tigori : N’étant pas un spécialiste de la santé, je ne saurais expliquer ce faible impact de la crise sanitaire. Toutefois, nous pouvons noter que l’Afrique, depuis des décennies, a eu tant à faire avec le choléra, la fièvre jaune, le virus d’Ebola, la malaria, la maladie du sommeil, le sida, etc. Alors, citée comme le continent le plus susceptible de développer des épidémies – en raisons, entre autres, du climat chaud et humide propice à la multiplication des microbes, de la proximité d’animaux sauvages favorisant le passage des virus à l’humain, et de l’hygiène de vie non optimale – l’Afrique a probablement développé une grande résilience à toutes calamités, aucun virus n’ayant pu freiner son explosion démographique qui la projette à 2 milliards d’individus dans trois décennies. Rien qu’avec le paludisme, ne supporte-t-elle pas plusieurs centaines de milliers de morts par an ?

Par ailleurs, n’ayant pas les moyens de mettre leurs économies à l’arrêt, les Africains n’ont pas joué les difficiles avec les traitements proposés. Les professionnels de santé n’ont pas hésité à prescrire la vieille Nivaquine, connue depuis plus d’un demi-siècle, associée à des antibiotiques.
Résilience ? immunité générale ? traitements efficaces ? Probablement un peu de tout ça, même si les professionnels de santé appellent aujourd’hui à la prudence. En effet, au vu du faible impact de l’épidémie, il y a une tendance au relâchement général, le port du masque étant de moins en moins respecté, et les populations ne se bousculant pas pour profiter des doses de vaccin disponibles.
Avec ce qu’il se passe en Inde actuellement, je crois que les dirigeants doivent maintenir la campagne de sensibilisation des populations au respect des mesures barrières et d’incitation à la vaccination.

Pour préserver la paix en Occident et en France, une certaine remigration est souhaitable

Riposte Laïque : Dans le débat français, en vue des présidentielles de 2022, certains, devant l’ampleur de la submersion migratoire, commencent à évoquer une possible remigration. Que pensez-vous de cette proposition, la pensez-vous souhaitable, et surtout concrétisable ? 

Kakou Ernest Tigori : Il est indéniable que l’important flux migratoire posera de plus en plus de problèmes de cohésion à la société française. Avant de parler de remigration, il faut déjà arriver à arrêter, sinon à réduire considérablement l’immigration. Aucun pays ne peut préserver la paix sociale avec un tel niveau d’immigration, surtout quand une partie des nouveaux venus est nourrie à la haine du pays qui lui offre l’hospitalité.

Oui, pour préserver la paix en Occident et en France, une certaine remigration est souhaitable. Mais, il ne peut y avoir de retour volontaire que si les pays africains changent radicalement la donne de la gouvernance, pour mettre les États au service de l’intérêt général. Je vous assure qu’il n’y a absolument rien de compliqué à cela, pourvu que les Africains soient un peu plus exigeants envers eux-mêmes, au lieu de s’accommoder de la corruption et du népotisme.

Je sais que nombre d’Africains de la diaspora rêvent de sociétés africaines viables pour retourner. C’est en cela qu’il est utile d’éveiller les consciences aux impératifs de la bonne gouvernance. Sinon, ne sachant plus à quels saints se vouer, les Africains adhèrent majoritairement à l’alibi facile de l’Occident qui serait contre le développement de leurs pays. Je crois que des élites patriotes et responsables peuvent enclencher dans nos États africains une phase de redressement. Ce ne sont pas les compétences techniques qui manquent. Le problème est l’impéritie au sommet des États.

Maintenant, si vous parlez de remigration forcée, je crains que ça ne se fasse pas dans un climat de paix. Ce serait dommage d’en arriver là, et les immigrationnistes en porteraient la responsabilité, parce qu’on ne peut jamais reprocher à des autochtones d’exiger d’être maîtres chez eux. Dans tous les pays du monde, c’est ainsi ! Ceux qui, au nom d’une conception dévoyée de la République, croient autre chose, se trompent.

Un attelage Europe-Afrique aurait des potentialités énormes

Riposte Laïque : Comment verriez-vous une complémentarité entre l’Europe et l’Afrique ? Si vous étiez aux responsabilités, en France, que feriez-vous ?  

Kakou Ernest Tigori : Je suis de ceux qui croient aux potentialités énormes de l’attelage Europe-Afrique. En raison de l’histoire et de la proximité, nous avons intérêt à bâtir un partenariat responsable. Malheureusement, l’intoxication des opinions, par exemple au sujet de la colonisation ou de l’esclavage, engendre des complexes qui sont des freins à la mise en place de synergies positives. Il faut sortir de ces complexes en restituant la vérité historique.

Par ailleurs, il appartient aux Africains de mettre en place des institutions étatiques investies dans le service de l’intérêt général. Toute cette diaspora africaine en Europe est un potentiel énorme pour l’Afrique. Des milliers de jeunes Africains acquièrent de l’instruction et de l’expérience dans de nombreux domaines. Ils ne demandent qu’un cadre sain en Afrique pour pouvoir s’investir.

En outre, nous devons arriver à engager nos jeunes sur des sujets qui vaillent. Par exemple, au lieu de perdre leur temps en France à combattre un racisme imaginaire, ils devraient s’investir à bâtir la cohésion des sociétés africaines où, aujourd’hui encore, le tribalisme fait des ravages entre ethnies. Au lieu de demander réparations pour l’esclavage des siècles derniers, ils devraient s’investir pour plus de justice et d’humanisme dans l’Afrique d’aujourd’hui. L’Africain doit se préoccuper d’enlever la poutre de son œil plutôt que de chercher toujours de la paille dans celui de l’Européen. C’est une question de dignité !

Les dirigeants français devraient tisser des liens politiques avec des Africains qui ont une véritable réflexion et des ambitions pour leurs pays, plutôt que de limiter leurs relations à des corrompus qui leur envoient des mallettes pour financer leurs campagnes électorales. La France et l’Afrique perdent beaucoup à ce jeu malsain, et, si le chaos de l’Afrique devait perdurer, il finirait par obérer l’avenir de la France.

Le boulet d’une classe politique africaine inculte et médiocre

Riposte Laïque : Souhaitez-vous ajouter quelque chose, Ernest ?

Kakou Ernest Tigori : Nous recherchons des partenaires européens avec qui bâtir une régénération intellectuelle et politique des relations entre l’Europe et l’Afrique, avec pour objectif, entre autres, de sortir l’Europe de la repentance et l’Afrique de l’infantilisme. Dans ce monde interdépendant d’aujourd’hui, il est temps que les Européens comprennent qu’ils ne peuvent plus avancer en traînant au pied le boulet d’une classe politique africaine inculte et médiocre.

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