Publié par Abbé Alain Arbez le 9 mai 2021

Le soir du jeudi saint, Jésus réunit ses disciples pour célébrer avec eux la Pâque, et résumer par un mémorial le sens de son engagement. Avec des paroles et des gestes simples, il récapitule ce dont il a témoigné depuis qu’ils ont commencé à annoncer ensemble le Royaume de Dieu. Les disciples sont à l’écoute, mais ils sont inquiets : Jésus leur fait comprendre qu’il va au-devant de sa passion pour témoigner de la vérité jusqu’au bout. Et Jésus présente sa mort non pas comme la fin, mais comme un passage vers la vie en plénitude, c’est une Pâque libératrice. Alors, il leur transmet sa dernière recommandation : elle se résume en un mot : AIMER…

Seulement, pour nous au 21ème s., c’est un mot qui a pris des significations multiples et contradictoires dans notre société : à travers la littérature, les chansons, la télé, le mot AMOUR est dévalué, utilisé dans tous les sens…Aimer, ce n’est pas une question d’émotion passagère, ce n’est pas une attirance vers un objet narcissique… aimer, c’est respecter, apprécier, encourager, se dépasser, il faudrait utiliser beaucoup de mots pour traduire le sens réel de AIMER tel qu’on le découvre dans la Bible.

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Tous les débats actuels qui s’agitent autour de l’amour, (dans le couple, dans la famille, dans l’altruisme), démontrent à quel point on retrouve là toute la complexité et l’ambivalence humaines. Mais l’évangile de St Jean nous donne son approche originale de l’AMOUR : « aimez-vous les uns les autres » aimez, certes, mais : «  comme » je vous ai aimés…Cet amour, de profondeur inédite, nous renvoie au témoignage personnel de Jésus, et donc à la révélation, qu’il a réalisée dans sa chair, d’un amour vécu totalement au service de tous par fidélité au Père.

Aimez-vous  « Les uns les autres », et non pas « les uns les uns »…ce qui suppose l’altérité. Altérité dans les relations humaines, altérité dans le couple, dans les familles, dans l’Eglise (qui est une unité de diversités)…Ainsi, la tradition biblique valorise l’autre et l’altérité, c’est cette ouverture bienveillante qui permet de donner un sens à la fois personnel et collectif au mot aimer. Lorsqu’il parle des brebis du troupeau, l’immense peuple de Dieu, Jésus dit : « j’ai encore d’autres bergeries, il faut que je les rassemble dans la paix… »

En effet, Jésus reprend à son compte et accomplit un enseignement déjà dispensé antérieurement dans les générations précédentes, (nous le voyons au livre du Lévitique : « aime ton prochain comme toi-même ») mais Jésus relie définitivement amour de Dieu et amour du prochain, et en vertu de cela, il ira jusqu’au don total de sa personne. C’est précisément dans cet événement chargé de sens que St Jean voit la manifestation de la gloire de Dieu. Une gloire dont le rayonnement se prolonge dans les relations fraternelles et communautaires. Aimer, au sens global, c’est dépasser son ego, faire de l’autre son prochain, parfois renoncer à rejeter ceux avec qui nous n’avons pas d’affinités, et même prendre en compte nos adversaires… ce qui va évidemment à l’encontre de nos réflexes naturels. Jésus n’est pas naïf : connaissant l’être humain, il offre une nouvelle manière de vivre avec les autres qui annonce un avenir selon la logique divine, et cela retentit comme une provocation!

Dans provocation, il y a vocation. Car c’est la vocation du disciple de Jésus, que de chercher comment imiter le maître… Jésus remet au premier plan le commandement de l’amour. Lui qui est un observant attentionné de la loi de Moïse, il veut avant tout nous faire ressentir – par une façon novatrice de se comporter – un reflet exact de l’attitude même de Dieu notre Père envers nous. Jésus le rappelle souvent : Dieu est source de toute vie ; il est, de ce fait, la générosité même car il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants. Toute l’Ecriture Sainte le répète : il est à la fois un Père juste avec ses enfants, mais aussi un Père miséricordieux, plein de bienveillance envers nous, le Dieu « lent à la colère et riche de tendresse » des psaumes!

Cet appel de Jésus à aimer nous situe évidemment à un autre registre que l’enchaînement habituel de réactions nocives et violentes qui font obstacle à l’avènement du Règne de Dieu. Aimer, c’est se décentrer de soi-même pour s’ouvrir à plus grand que soi. Un petit enfant commence à s’exprimer par des caprices, il se croit le centre du monde. C’est l’amour qui l’entoure et l’éducation affectueuse par son entourage qui le guident et le font évoluer vers l’ouverture aux autres : il apprend peu à peu à vivre avec eux et comprend qu’il y a des règles nécessaires pour vivre ensemble. C’est la pédagogie de Dieu avec son peuple et avec nous. Dieu nous a aimé le premier, et notre amour n’est qu’une réponse au sien. Cet amour divin – comme le dit l’évangile de Jean – est infiniment plus grand que notre cœur. Et s’il nous relie à Dieu, il doit aussi grandir pour nous relier les uns aux autres! « Aimez-vous comme je vous ai aimés »

Ce mouvement de l’intelligence et du cœur qui nous est proposé, nous le retrouvons résumé dans la belle prière de François d’Assise : Mettre la bienveillance à la place de la haine, la dignité à la place des agressions, la patience à la place de l’incorrection, l’espérance à la place de l’accablement, le souci des autres à la place de l’indifférence…Dans certaines situations, c’est donc tout un engrenage qu’il faut maîtriser pour ne pas se laisser entraîner à reproduire indéfiniment les mêmes comportements négatifs. Nous retrouverons ainsi la capacité qui nous est donnée de construire, de manifester  considération et respect, de créer des liens, de pardonner, innover, ce qui rendra peu à peu le monde plus habitable…

Si nous ne réagissons pas, les contraintes de la vie avec les autres risquent de nous désenchanter et de nous désengager de tout progrès. Ce repli stérile aboutirait en fin de compte à donner encore plus de champ libre aux situations désespérantes du monde que – précisément – nous dénonçons !

Nous savons combien St Jean a particulièrement élaboré dans sa réflexion ce dynamisme de l’amour qui vient du Père par le Christ et que nous allons ensuite, dans l’Esprit, répercuter au monde. Nous savons que nous ne parvenons pas, par nos seules forces, à exprimer dans nos paroles et dans nos actes cette force de l’amour venue de Dieu. Pour l’accueillir, il est nécessaire de redire à Dieu notre confiance et notre reconnaissance, dans la prière par l’intercession du Christ : le Fils bien-aimé du Père a été vainqueur du mal en se donnant totalement pour nous sauver de la fatalité, et il continue de nous inspirer – à contre-courant si nécessaire – comment être fils et filles de Dieu.

Car nous croyons en un Dieu amour qui nous engendre à la vie, un Dieu qui désire la paix, la concorde entre les personnes et entre les peuples. Si – malgré les difficultés – nous parvenons à poser quelques jalons vers cet avenir, alors – modestement mais réellement – et dans la puissance de l’Esprit, nous commençons à changer la face de la terre.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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