Publié par Magali Marc le 31 mai 2021

La vice-présidente Kamala Harris n’a rien trouvé de plus intelligent à proposer, pour tenter de régler la crise frontalière causée par l’afflux de migrants clandestins, que de demander aux entreprises américaines d’aller créer des emplois en Amérique centrale. Comme s’il n’y avait pas assez de chômage aux États-Unis !

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit l’article de Monica Showalter, paru sur le site d’American Thinker, le 30 mai.

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Le risible projet de Kamala Harris : créer des emplois en Amérique centrale

Dans sa quête pour régler les principales causes de l’afflux actuel de migrants aux États-Unis, Kamala Harris a décidé de se concentrer sur l’Amérique centrale*, d’où proviennent les deux tiers des clandestins qui traversent notre frontière.

Comme on pouvait s’y attendre, au lieu de se rendre à la frontière et d’interroger des migrants, ou même de passer par la voie diplomatique, ce qu’elle prétendait faire, elle a conçu le grand projet d’y envoyer d’énormes entreprises et ONG, un peu comme la United Fruit Company**, dont les gauchistes se plaignaient par le passé.

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C’est tout simplement ridicule. Voici son communiqué de presse :

« Dans le cadre du lancement de cet appel à l’action, 12 entreprises et organisations ont annoncé qu’elles s’engageaient à soutenir un développement économique inclusif dans le Triangle Nord, notamment : Accion, Bancolombia, Chobani, Davivienda, Duolingo, la Harvard T.H. Chan School of Public Health, Mastercard, Microsoft, Nespresso, Pro Mujer, le Tent Partnership for Refugees et le Forum économique mondial.
Notre stratégie globale visant à s’attaquer aux causes profondes de la migration impliquera des engagements importants de la part du gouvernement américain pour soutenir le développement à long terme de la région, y compris les efforts visant à favoriser les opportunités économiques, à renforcer la gouvernance, à combattre la corruption et à améliorer la sécurité. Cette approche s’appuiera sur les engagements et les ressources des gouvernements du Triangle Nord, ainsi que sur des partenariats avec les banques multilatérales de développement et les institutions financières internationales.
Le soutien au développement à long terme de la région, et plus largement de l’hémisphère occidental, nécessitera davantage que les seules ressources du gouvernement américain. C’est pourquoi la vice-présidente Harris demande au secteur privé à tirer parti de ses ressources et de son expertise uniques pour s’engager à soutenir une croissance économique inclusive dans le Triangle Nord. Ensemble, nous pouvons travailler pour surmonter les obstacles à l’investissement, promouvoir les opportunités économiques et soutenir le développement à long terme de la région

Les « 12 » qui ont «répondu» à son «appel à l’action» ne sont en fait que quatre sociétés dignes d’intérêt, plus une startup : Mastercard, Chobani, Microsoft, Nespresso et DuoLingo (une startup d’applications comptant plus de 200 employés).

Les autres ne sont que des ONG bienveillantes ou de grandes banques colombiennes déjà présentes en Amérique centrale, et non de véritables nouveaux venus.

Disons simplement que la liste des entreprises du secteur privé qui cherchent à s’impliquer en Amérique centrale est en fait assez mince.

Il n’est pas surprenant que toutes ces entreprises aient des liens de longue date avec les Démocrates qui les appuient, en particulier Joe Biden et Kamala Harris. Il semble qu’il y ait eu du tordage de bras, des appels téléphoniques de la part de l’équipe de Kamala, plutôt qu’un attrait réel pour l’Amérique centrale en tant que destination d’investissement basé sur des considérations de marché. C’est assez évident, étant donné qu’aucune de ces entreprises, (à l’exception peut-être de Nespresso qui dit qu’il va « investir » 150 millions de dollars pour acheter du café), n’a l’intention de s’installer pour créer des emplois. Certaines ONG, telles que le Forum économique mondial, prévoient d’exhorter d’autres entreprises à créer des emplois, sans pour autant mettre de l’argent à leur disposition, mais en demandant à d’autres de le faire.

Certaines d’entre elles, comme le Grupo Bancolombia (une banque colombienne très respectée, je suis désolée de le dire), prévoient se concentrer sur les envois de fonds, c’est-à-dire d’exploiter, d’encourager et d’ancrer le commerce d’étrangers illégaux comme source d’argent – tous ces envois de fonds nouveaux mais abandonnés, comme cela s’est produit au Mexique, seront le modèle.

D’autres prévoient de distribuer des cadeaux, des articles gratuits, l’Internet gratuit, des cours de langue gratuits, à condition que les pauvres aient un ordinateur ou un téléphone portable. Les connexions Internet et les « services bancaires sans agence » pour les « non-bancarisés », comme certains le promettent, contribueront aux envois de fonds, et non à la prospérité du pays.

Plus probablement, elles inciteront davantage de Centraméricains à envoyer leurs jeunes de 17 ans dans le Nord afin qu’ils obtiennent un emploi aux États-Unis payé en dollars et transfèrent de l’argent liquide plus facilement dans leur pays.

Dans le cas de Nespresso, l’entreprise achètera des produits, mais pourra ou non verser de l’argent pour ouvrir un magasin et payer les locaux. J’ai le sentiment que si Nespresso avait eu l’intention d’embaucher des locaux avec son investissement de 150 millions de dollars, pour acheter du café d’Amérique centrale, elle l’aurait dit pour aider Kamala. Je soupçonne même que l’investissement était déjà prévu, étant donné la demande du marché pour cet excellent café. Mais si elle avait l’intention d’embaucher des locaux avec des emplois réels, il est difficile de penser qu’elle ne l’aurait pas dit dans son communiqué. Il n’y a aucune promesse, même de leur part, de créer de véritables emplois. Des formations professionnelles, bien sûr, mais pas d’emplois réels, disent plusieurs d’entre eux. Certains, comme Chobani, disent qu’ils vont encourager les startups. Mais y opérer eux-mêmes ? Non, merci.

Ce qui est logique.

L’Amérique centrale est qualifiée de misérable dans l’enquête annuelle 2020 de la Banque mondiale sur la facilité de faire des affaires, aucun pays d’Amérique latine ne figurant dans le top 50 mondial. La Banque mondiale a écrit dans son rapport :

« Un certain nombre de pays d’Amérique latine se sont distingués par leurs bonnes performances sur certains indicateurs du climat des affaires. Le Costa Rica, qui dispose d’un approvisionnement en électricité fiable et de tarifs transparents, se classe au 25e rang mondial pour cet indicateur, devant la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. De même, le Mexique, le Costa Rica, le Guatemala et la Colombie figurent parmi les 15 premières économies du monde pour l’obtention de crédits, grâce à leurs solides lois sur les garanties et les faillites. La région obtient également de bons résultats en ce qui concerne le temps et le coût nécessaires à la création d’une entreprise : le temps moyen de création a été divisé par deux, passant de 74 à 34 jours depuis 2003, et les coûts ont été réduits à 36 % du revenu par habitant, contre 66 % en 2003. Pourtant, malgré ces améliorations, la région continue d’avoir le temps moyen et le nombre de procédures les plus élevés au monde pour constituer une société. »

Elle est également en queue de peloton en matière d’éducation, et parmi les plus faibles au monde pour les compétences en anglais, selon l’enquête EF de cette année concernant les compétences en anglais dans les pays non anglophones.

Le PDG de DuoLingo, qui a grandi au Guatemala avant de réussir aux États-Unis, ne le reconnaît que trop bien dans une interview récente. Et le revenu par habitant, lire : le pouvoir d’achat, qui varie entre 1 000 et 3 000 dollars par an, ne laisse pas présager un marché de consommation important.

Tout cela, malgré les accords de libre-échange tant convoités avec les États-Unis et, dans le cas du Salvador, la dollarisation.

Faire en sorte que les entreprises investissent sans s’enraciner, en mettant leur argent là où se trouve le profit, c’est à peine mieux que de financer les ONG, ce que propose également Mme Harris avec son plan d’aide de 300 millions de dollars. Toutes ces aides gratuites persuaderont-elles les migrants illégaux de rester chez eux au lieu de se rendre aux États-Unis ?

Cela semble être une mauvaise affaire, compte tenu de l’aubaine qui les attend une fois qu’ils auront franchi la frontière.

Il y a quelque chose qui manque dans ce grand plan pour s’attaquer à toutes ces causes profondes, il y a une raison pour laquelle ces entreprises vantées ne se lancent pas à fond dans l’Amérique centrale. S’il était rentable de le faire, nous savons tous qu’elles l’auraient fait depuis longtemps.

Voici la vraie raison.

En 2001, l’économiste péruvien Hernando de Soto a écrit un livre à succès intitulé « Le mystère du capital : Pourquoi le Capitalisme prospère en Occident et échoue partout ailleurs » décrivant précisément pourquoi ces projets à la sauce Kamala ne fonctionnent jamais.

Dans son livre, il a exposé le problème dans ce passage, souligné par moi :

« Imaginez un pays où personne ne peut identifier qui possède quoi, les adresses ne peuvent pas être facilement vérifiées, on ne peut pas obliger les gens à payer leurs dettes, les ressources ne peuvent pas être immédiatement transformées en argent, la propriété ne peut pas être divisée en parts, les descriptions des actifs ne sont pas standardisées et ne peuvent pas être facilement comparées, et les règles qui régissent la propriété varient d’un quartier à l’autre ou même d’une rue à l’autre. Vous venez de vous plonger dans la vie d’un pays en développement ou d’une ancienne nation communiste ; plus précisément, vous imaginez la vie de 80% de sa population, qui est aussi nettement séparée de son élite occidentalisée que les Sud-Africains noirs et blancs l’étaient autrefois par l’apartheid.
Cette majorité de 80% n’est pas, comme les Occidentaux l’imaginent souvent, désespérément appauvrie. En dépit de leur pauvreté évidente, même ceux qui vivent sous les régimes les plus grossièrement inégalitaires possèdent beaucoup plus que quiconque n’a jamais compris. Ce qu’ils possèdent, cependant, n’est pas représenté de manière à produire une valeur supplémentaire. Lorsque vous franchissez la porte du Nile Hilton, ce que vous laissez derrière vous n’est pas un monde de haute technologie fait de télécopieurs et de machines à glace, de télévision et d’antibiotiques. Les habitants du Caire ont accès à toutes ces choses.
Ce que vous laissez vraiment derrière vous, c’est le monde des transactions juridiquement exécutoires sur les droits de propriété. Les hypothèques et les adresses comptables permettant de générer des richesses supplémentaires ne sont pas disponibles, même pour les habitants du Caire qui vous sembleraient probablement très riches. En dehors du Caire, certains des plus pauvres parmi les pauvres vivent dans un quartier de vieilles tombes appelé «la ville des morts». Mais la quasi-totalité du Caire est une ville de morts – de capitaux morts, d’actifs qui ne peuvent pas être utilisés au maximum. Les institutions qui donnent vie au capital – qui permettent de garantir les intérêts des tiers par le travail et les actifs – n’existent pas ici.
»

Kamala Harris a bien parlé de mettre fin à la corruption en Amérique centrale, ce qui est le genre de chose qui s’envenime lorsque la population locale doit sauter à travers 10 000 cerceaux pour créer une entreprise, comme si dire aux sous-fifres du gouvernement de ne pas être corrompus est tout ce qu’il faut pour les faire cesser.

Mme Harris ne dit rien sur les droits de propriété, rien sur l’architecture invisible du capitalisme, qui est ce qui permet aux gens d’utiliser leur argent pour créer du capital afin de créer une véritable croissance économique. C’est le mystère du capital que de Soto a décrit.

Tout ce qu’elle offre dans son projet de s’attaquer aux causes premières, c’est une pluie de cadeaux et des faveurs d’entreprise, avec une bonne dose de mesures écolos en plus. Selon la logique de Kamala, si l’Amérique centrale pouvait devenir plus «verte» et avoir un réseau électrique comme celui de la Californie, les Centraméricains seraient bien heureux de rester chez eux.

C’est ridicule. C’est risible. Et comme tous les plans sur la comète des bureaucrates qui souhaitent la coopération des entreprises, c’est sûr que ça ne va pas marcher.

De l’argent qui rentre, de l’argent qui sort, du capital mort partout. En fait, il s’agit plutôt d’un projet pour davantage de migration, étant donné qu’il n’inclut aucun investissement réel dans la région.

Voilà comment solutionner les causes principales. C’est une fiesta de conséquences au petit bonheur la chance.

* L’Amérique centrale est composée de 6 pays soit: le Guatemala, le Honduras, le Salvador, le Nicaragua, le Costa Rica et le Panama

** La United Fruit Company est une entreprise bananière américaine qui a pris le nom de Chiquita. Symbole de l’impérialisme américain, l’entreprise, forte de son monopole sur l’acheminement et la production des fruits exotiques, notamment au Guatemala, est parvenue à influencer les gouvernements d’Amérique latine afin que ces derniers limitent les réformes et les redistributions de terres en faveur des paysans.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

Source : Americanthinker

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