Publié par Guy Millière le 7 mai 2021

J’ai croisé plusieurs fois Raphaël Jerusalmy lorsque je me suis rendu en Israël pour rencontrer des amis et donner des conférences. C’était toujours dans les studios de la chaine de télévision i24 News. Je savais qu’il avait eu de hautes fonctions dans l’armée et dans les services de renseignement israéliens, et cela, en soi, me conduisait à le considérer comme un homme très respectable. Ses propos étaient abrupts, et ses analyses géopolitiques toujours pertinentes. Cela me conduisait à le respecter davantage encore.

 Je n’ai jamais respecté ceux qui usent de circonlocutions pour ne pas aller droit au but, et j’ai rencontré peu de gens qui pouvaient énoncer des analyses géopolitiques pertinentes.

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Je ne connaissais pas de manière précise ce qu’avaient été la carrière et le parcours de Raphaël Jerusalmy.  Je ne savais pas qu’il avait, outre ses autres qualités, un talent d’écrivain, et qu’il avait déjà beaucoup écrit.

Il a publié récemment aux éditions Balland un livre passionnant, appelé de manière énigmatique Des Sex Pistols à l’intifada.

Je ne peux qu’inciter vivement ceux qui me lisent à lire le livre.  

Ils découvriront, s’ils ne l’ont pas fait auparavant, un écrivain de talent qui affirme son amour des livres et de la haute littérature, et lire ce qu’il écrit est un plaisir de chaque instant.  

Ils apprendront aussi, car c’est un récit autobiographique, ce que sont l’armée et les services de renseignement israéliens, parcourront trente années de l’histoire d’Israël, découvriront les dessous de négociations essentielles : celles qui ont accompagné l’avancée vers les accords de paix avec l’Egypte et, plus tard, avec la Jordanie. Ils en apprendront beaucoup sur les désastreux accords d’Oslo, et Raphaël Jerusalmy ne cache par les désillusions qui se sont emparées de lui et de nombre de militaires et de diplomates israéliens quand ils ont été placés devant le fait accompli, et ont dû ensuite assumer le retour d’Arafat en Judée-Samarie et les conséquences qui en ont découlé, terrorisme et surcroits de violence meurtrière.

Ceux qui liront trouveront aussi, au fil des pages, des analyses très pertinentes sur ce que sont Israël et le peuple juif, sur les populations arabes du Proche-Orient, y compris les populations qu’on appelle “palestiniennes”, sur ce qu’est l’état d’esprit des militaires hauts gradés d’armées arabes, censées être ennemies d’Israël.

Ils partageront des aventures qui les conduiront  des coulisses du Palace, un music-hall parisien des années 1970 où se produisaient des groupes de punk rock, aux beautés arides du désert du Néguev, de  l’université de Berkeley en Californie au temps de la contre-culture à la Pologne et à Auschwitz, de la cote du Liban au temps de la guerre de 1982 à la forêt amazonienne et à ses guérilleros prisonniers de l’armée équatorienne au nord de Quito,  des hauteurs du Golan au souk du Caire, d’une soirée de Pessah à Bogota, en Colombie à une autre soirée à New York en compagnie de yordim, ceux qui descendent, des Israéliens qui ont quitté Israël,  d’une ile sur le Jourdain à l’aéroport de Kigali au Rwanda, du désert du Sinaï égyptien à un bref retour à Paris, un jour où un membre d’une organisation terroriste “palestinienne” est éliminé physiquement par d’autres terroristes “palestiniens” sur le sol français.

Ils découvriront des histoires vraies qui pourraient sembler relever de la fiction, tant elles sont émouvantes et presque improbables: celle d’Aïcha, une jeune femme égyptienne amoureuse d’un berger jordanien et qui traversa les frontières à pied, malgré le danger et les obstacles, le fit plusieurs fois, et finit par pouvoir épouser celui qu’elle aime, celle d’un cheval alezan, propriété du roi de Jordanie, qui s’échappe d’Aqaba, parcourt la plage d’Eilat et finit par retrouver son propriétaire après des négociations diplomatiques internationales de très haut niveau, celle du prince héritier de Thaïlande, heureux de trouver quelqu’un qui lui parle simplement, comme à un être humain et pas comme à un demi-dieu, celle, plus tragique, de réfugiés soudanais que le gouvernement israélien dut décider de ne pas garder sur son sol, pour des raisons diplomatiques, et qu’il fallut expulser, ce qui les condamna à un sort tragique.

Après qu’il ait, au terme d’un parcours extraordinaire, décidé de quitter l’armée, Raphaël Jerusalmy a eu des activités humanitaires destinées à sauver des Juifs menacés et persécutés. Dans les dernières lignes du livre, il tente de se définir : “artiste”, “soldat qui écrit”, “Juif qui tient un fusil”. Il ajoute que “les Juifs ont toujours combattu”. Il fait partie des combattants. Au plus haut niveau.

Ceux qui liront le livre se diront qu’ils ont rencontré par l’esprit un homme de courage et de lucidité, un homme simple, un grand homme. 

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Raphaël Jerusalmy, Des Sex Pistols à l’Intifada, Balland, 2021, 258p., 19 euros

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