Publié par H16 le 11 juin 2021

Lorsque Marlène Schiappa n’est pas au téléphone à répondre fébrilement aux milliers d’appels de Franciliens désireux de lui parler, elle cornaque avec brio des opérations mettant à l’honneur « la multiplicité d’initiatives solidaires » nées chez les jeunes au cours de la crise sanitaire. Et les enseignements qu’on peut en tirer sont… fort édifiants.

L’article de journalimse total, pondu à ce sujet par le Figaro – un papelard officiellement de droite, rappelons-le – est totalement intéressant.

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En quelques paragraphes, on y découvre les efforts réalisés lors de la pandémie par des milliers d’individus, poussés par l’envie ou le besoin de se rendre utile : fabrication de visières pour les personnels soignants, accompagnement de personnes en difficulté, musique pour les personnes âgées, les initiatives spontanées se sont multipliées notamment pendant le premier confinement lorsqu’il a fallu que chacun s’adapte à une situation inédite.

Ainsi donc, alors que, selon les médias, des centaines de milliers de Français semblaient prêts à en découdre pour se procurer la dernière palette de rouleaux de papier toilette et que le pays semblait s’enfoncer dans une sorte de dystopie basée sur la peur et l’épuisement, des douzaines d’autres Français relevaient le défi de fournir quelques services – ici, bénévoles de surcroît – pour améliorer le sort de leurs semblables.

Incroyablement et comme ne le souligne absolument pas l’article, ces initiatives n’ont eu besoin d’aucun cerfa en triplicata. Aucun coup de tampon administratif salvateur ne fut délivré et les individus semblent s’être organisés en l’absence quasi-totale de cadre officiel dûment déclaré en préfecture avec timbre fiscal à l’appui. Et pourtant, ces opérations ont été couronnées de succès, au moins suffisamment pour qu’on en parle au niveau local puis national et que les politiciens, jamais en retard d’une récupération plus ou moins grossière, n’en fassent l’occasion d’une cérémonie avec remise de prix, de chèques d’argent des autres et de petits fours dans le respect évident des gestes barbants et de la distanciation socialiste.

Qu’il est intéressant (et pas du tout mentionné par la fière journaliste du Figaro), ce contraste entre ces petits actes individuels spontanés du quotidien, exemples répétés d’un dynamisme naturel chez les gens normaux, et la lenteur cadavérique de toute l’administration sur la même période qui, d’obstructions en procédures ubuesques et plusieurs semaines après que ces citoyens s’adaptaient aux nouvelles contraintes, en était encore à se demander si on aurait assez de masques, où les commander, où trouver du réactif pour des tests qu’on n’avait surtout pas encore le droit de réaliser en laboratoires vétérinaires pourtant compétents, rapides et volontaires.

Qu’il est notable (et oublié de toute analyse journalistique qui pourrait déplaire aux subventionneurs), ce différentiel flagrant entre ces initiatives issues de la société civile et d’entreprises privées et les plans procéduriers mis en place par l’État, ses administrations et la myriade de sbires voués corps et âmes à son omniprésence ! D’un côté, on observe ceux qui n’ont pas hésité à mettre leurs ressources en temps, matériels et moyens financiers pour aider leurs prochains, et de l’autre, ceux qui ont hésité, à chaque étape, chaque minute de chaque heure, à mettre quelque ressource et quelque moyen que ce soit à disposition de ceux qui en avait besoin, y compris lorsqu’il s’agit de l’argent des autres, à faire preuve d’adaptabilité et de souplesse devant une situation totalement nouvelle…

Qu’il est évident, devant ces exemples, que la charité existerait donc, que l’appât du gain et la motivation financière ne seraient donc pas l’unique moteur de l’activité humaine contrairement à ce que nous serinent sans cesse les tenants du tout-État et de cette vision pénible qui ne voit dans les individus libres que des sources de problèmes et de machinations pour extorquer d’autres richesses et ressources.

On en profitera pour se demander si une telle conclusion a effleuré, même vaguement, le folliculaire en charge de l’article, et si elle a traversé le crâne probablement un peu vide de la politicienne qui a récupéré l’ensemble de ces opérations avec gourmandise. Quant à imaginer qu’on pourrait en déduire un comportement global (d’ailleurs observé dans d’autres pays), qu’on pourrait même mettre à profit ce comportement par défaut pour améliorer certaines pratiques et enlever certains carcans qui pèsent sur l’initiative entrepreneuriale française, ce serait un pas à la fois hardi et qui garantirait à son auteur une chute dans le ravin médiatique de l’ultralibéralisme, celui duquel on ne sort jamais qu’en s’étant roulé dans la fange de l’humiliation et l’autoflagellation en avouant sa faute et en prêtant allégeance au collectif (qu’il soit étatique, syndicaliste ou politique).

En pratique, tout l’article démontre que la France, laissée à elle-même, s’en sortirait fort bien : sortis de l’empêtrement mortifère de ses administrations folles, les Français redécouvriraient le bonheur de se lancer dans l’une ou l’autre activité, rémunérée ou non, en ne dépendant ultimement que de leur capacité à répondre à des besoins exprimés ou soupçonnés, en prenant directement les responsabilités, les risques mais aussi les bénéfices qui les accompagnent. Subitement, le peuple de Gaulois réfractaires redeviendrait ce peuple qui conquit le monde il y a quelques siècles, qui rayonna des décennies durant par son inventivité et sa capacité d’adaptation et sa créativité.

Heureusement, tout ceci n’arrivera pas car une telle audace, une telle prise de risque ne sont possibles qu’à toute petite échelle et seulement lorsque les administrations sont elles-mêmes débordées par leur propre importance et que tout le pays s’arrête sur ordre du Président. La prise de risque, déjà si fortement méprisée depuis quelques décennies que la « précaution » est maintenant un principe constitutionnel, est devenue absolument taboue en quelques mois à tel point que même une levée du couvre-feu semble une mesure presque délirante en ce mois de juin.

Moyennant quoi, les petits sous-ministres font mine de s’ébaubir du dynamisme et de l’inventivité de quelques uns de leurs compatriotes, leur distribuent quelques aimables sucettes républicaines avant de relancer l’un ou l’autre chantier de castration entrepreneuriale garantissant qu’enfin, le pays ne se risque plus jamais à quoi que ce soit.

On ne sait jamais, certains pourraient être moins malheureux que d’autres !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © H16. Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur (son site)

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