Publié par Guy Millière le 30 juin 2021

Le premier tour des élections régionales françaises a vu les électeurs s’abstenir massivement, le deuxième tour a confirmé cette abstention massive.

De multiples explications ont été données au phénomène.

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L’explication majeure me semble être que les électeurs français ont le sentiment croissant (et légitime) que voter ne sert à rien, et ne change pas grand-chose à la façon dont le pays est gouverné.

Et c’est un fait, il est difficile de penser qu’en France, voter sert à quelque chose. Depuis des années, des décennies sans doute, ceux qui se succèdent au pouvoir régissent le pays en adoptant la position du chien crevé glissant au fil de l’eau, et montrent essentiellement une force d’inertie. Les problèmes du pays restent les mêmes, et ils s’aggravent. Des tendances lourdes sont à l’œuvre et suivent leur cours. La croissance est absente, le chômage et la pauvreté croissent, tout comme l’insécurité, l’immigration, l’islamisation. Un nombre croissant de décisions sont prises au niveau européen où la prise de décision est à l’abri du suffrage universel, et s’opère sur un mode strictement technocratique.

Désigner des gens inertes qui parlent pour ne rien dire, bougent pour ne rien faire, font semblant de décider tandis que les décisions majeures sont prises au-dessus d’eux, peut paraitre superflu et conduire à penser que la démocratie est désormais un simulacre auquel participer est inutile.

Une explication complémentaire est que l’offre politique ne permet pas de penser que des dirigeants quels qu’ils soient sont à même de rétablir la démocratie et de prendre les décisions qui s’imposent.

Il y a beaucoup de candidats, mais ils n’incarnent rien, ou pas grand-chose.

La gauche ne séduit plus qu’une minorité, et l’idée que le socialisme peut permettre d’avancer vers un avenir radieux est désormais fanée : le socialisme commence toujours par des promesses de multiplication des pains et s’achève toujours par la réalité de la multiplication des pauvres. Ceux qui croient aux promesses de départ s’amenuisent.

L’extrême gauche attire encore ceux qui rêvent de grand soir et de révolution, mais ils ne sont plus très nombreux, et ils n’ont plus de modèle pour les inspirer : la Chine a un régime de type fasciste s’appuyant sur un capitalisme d’Etat, Kim Jong-un n’est ni attirant ni présentable, Fidel Castro et Hugo Chavez sont morts. Le temps des manifestations ou des excités rêvant de participer à un crime contre l’humanité en brandissant un portrait de Lénine, de Trotsky ou de Mao est passé.

Il reste pour l’extrême gauche l’écologisme fondamentaliste, qui fait encore un peu recette, et les Verts pastèque réussissent à attirer ceux qui pensent que le ciel va leur tomber sur la tête, que les océans vont bouillir, que la planète exploser à cause des activités humaines, et que, comme dit la grande scientifique Greta Thunberg, la fin du monde approche.

Le macronisme incarné par La république en marche est désormais un repoussoir dirigé par un homme arrogant, cynique et incapable.

La droite dite “modérée” (et très peu à droite) semble se redresser un peu, mais elle est un produit aussi avarié que le macronisme, ressemble au macronisme sans Macron, et a le dynamisme d’un lent écoulement d’eau tiède. Elle ne peut susciter aucun enthousiasme. Elle ne peut parvenir à aucun résultat. Elle n’a cessé de le montrer.  

Il aurait pu rester le Rassemblement National, mais, confrontée à la diabolisation, Marine Le Pen a voulu se dédiaboliser, ce qui l’a conduite à adopter un discours aussi insipide et vide que celui tenu par la droite dite “modérée”, et les électeurs qui auraient pu être attirés par de fermes promesses de défense de la souveraineté nationale, de lutte contre l’immigration et l’islamisation du pays, de retour à la sécurité ne trouvent plus leur compte dans ce qu’ils entendent. Je les comprends. Et si j’évoquais les propos économiques de Marine Le Pen, je pourrais devenir très sévère.

Une troisième explication, complémentaire des deux premières, tient à la stérilisation intellectuelle qui gagne le pays, et à laquelle les grands médias contribuent fortement. Quiconque en France pense s’informer par le biais de ces derniers n’est en réalité pas informé du tout, et n’a quasiment plus aucun repère économique et géopolitique permettant de comprendre le monde. Tous les jours, je parcours, pour faire mon travail, la presse du monde entier, en plusieurs langues. Je termine par la presse française : non pas parce que j’espère y apprendre quelque chose, mais pour voir à quel point des informations disponibles ailleurs sont déformées ou totalement omises. Je le dis avec tristesse : il y a une sorte de syndrome français en matière de médias. La chaine C News apporte partiellement quelques lueurs. Deux ou trois chroniques du Figaro restent lisibles dans un journal devenu, sans cela, illisible. Quelques articles de Causeur et de Valeurs Actuelles peuvent s’ajouter à l’ensemble, quelques billets sur Boulevard Voltaire (pas tous, loin de là) et sur Riposte Laïque. C’est à peu près tout. En économie, Nicolas Lecaussin, sur le site de l’IREF tente d’expliquer encore des principes qui sont bien connus dans les pays moins contaminés par le marxisme, mais qui en France poussent quiconque les affirme vers la marge.   

L’élection présidentielle française a lieu dans un an.

Il reste possible que le second tour oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron, et dans ce cas, celui-ci sera réélu, par défaut, pas du tout par adhésion à ce qu’il incarne, et la France alors continuera à sombrer. (Je suis persuadé que si Marine Le Pen était élue, la France continuerait à sombrer aussi. Pour employer une expression américaine : She doesn’t have the right stuff. C’est évident.)

Si Xavier Bertrand ou un membre des Républicains parvenait à se hisser au second tour, le choix serait entre Macron et un clone de Macron, et Macron pourrait en ce cas être battu, mais celui qui serait élu le serait aussi par défaut. Et alors aussi, j’en suis, hélas persuadé, la France continuera à sombrer.

La candidature d’Éric Zemmour, en laquelle certains veulent voir un recours, me semble toujours improbable, mais si elle devait se concrétiser, je persiste à penser qu’Éric Zemmour n’aurait aucune chance. J’ai déjà expliqué pourquoi dans un récent article.

Je dois le répéter, avec tristesse : l’avenir de la France me semble sombre, la France me semble enlisée dans un lent déclin, sans véritable issue. La population française me semble morose et très désabusée. Elle sait que la France n’est plus une démocratie. Voir des gens se féliciter de leur “victoire” parce qu’ils ont obtenu quinze ou seize pour cent des voix d’électeurs inscrits est ubuesque. Les élections régionales qui viennent d’avoir lieu n’ont aucun vainqueur.  Il n’y a pas de vainqueur quand les deux tiers des électeurs s’abstiennent.

Il y a néanmoins des gens au pouvoir, et attendez-vous, si un vaste soulèvement faisait suite à celui des gilets jaunes, à ce que la répression soit féroce. Attendez-vous, si des émeutes de grande ampleur avaient lieu dans les banlieues, à ce que la répression soit bien moins féroce.

Je pense qu’il n’y aura ni vaste soulèvement de type “gilets jaunes” ni émeutes de grande ampleur dans les banlieues. Les anciens gilets jaunes sont amers, résignés, parfois mutilés. Les islamistes des banlieues savent qu’ils avancent et n’ont pas besoin d’émeutes de grande ampleur.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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