Publié par Mauricette le 3 juin 2021

Source : Polemia

« Ce que le  jansénisme républicain  a peu à peu tué chez les Français, c’est la joie de vivre. ». L’auteur de cette phrase, Jean-François Chemain, est un brillant sujet, comme l’atteste son cursus honorum, qui a passé notamment une dizaine d’années à enseigner en ZEP (Zone d’éducation prioritaire), lieu d’observation privilégié des desseins et de la nature de la République. Celle-ci ne devrait être qu’un régime permettant l’expression de la souveraineté nationale, inévitable après la dissolution des légitimités dynastiques, mais elle s’ingénie à renforcer une idéologie dans laquelle l’auteur voit l’héritage du jansénisme. Au-delà de ces observations, M. Chemain a composé un livre réfléchi fort utile au débat contemporain : Non, la France ce n’est pas seulement la République.



Une morale sans repentance pour la République

Évidemment, la France n’est pas née en 1789, mais l’esprit républicain incrusté dans l’État affecte un substitut de sainteté qui la met à l’abri de tout regret, de tout remords et même de toute mémoire des actes de guerre civile perpétrés au nom de la République. La crypte du quartier des Brotteau, consacrée aux victimes de la Terreur qui frappa Lyon la girondine en 1793 est ignorée des officiels, comme les massacres de septembre 1792 ou des massacres tels celui des Lucs-sur-Boulogne ou périrent 564 Vendéens, essentiellement femmes, enfants (dont 109 de moins de 7 ans) et vieillards. Jean-François Chemain y voit un Oradour-sur-Glane. L’œuvre des fiers soldats de la Révolution dans un cas, les crimes impardonnables de la soldatesque dans l’autre… (Le 27 mai, le président Macron a reconnu la responsabilité de la France dans la tragédie rwandaise, mais pas celle de la République ! – le choix des mots est révélateur ).

Jean-François Chemain relève aussi que « Si la République n’a pas construit beaucoup de belles choses, elle en a en revanche beaucoup détruites », notamment avec la vente par ses « grands ancêtres » des bien nationaux où furent réduites à l’état de carrières des joyaux de l’architecture médiévales comme les abbayes de Cluny ou de Saint-Wandrille…

Et de nos jours l’enseignant, qui a connu l’expérience de la ZEP hier, des grandes Écoles ensuite, constate les dégâts, l’effondrement du niveau scolaire, puisque (morale oblige)  l’essentiel est de prêcher les droits de l’homme et la morale anti-discriminatoire. Il faut couper la jeunesse française de son héritage mystique, de son histoire, de ses gloires, de ses épopées et de ses œuvres. « L’évolution des exigences morales imposées aux élèves est à l’inverse de leur niveau d’instruction (…) Plus de propos jugés « racistes », « sexistes », « antisémites » ou « islamophobes » … » Il s’agit d’extirper « toutes les phobies » du cœur de chacun, comme l’exige l’ordre moral républicain.

Une morale de la repentance pour les Français

Le républicanisme contemporain se veut fidèle à celui de sa fondation de 1792, en ce sens que, selon Jean-François Chemain, il est toujours d’essence janséniste, à l’image des clercs défroqués qui participèrent à la Révolution. Esprit Janséniste et son idéal de pureté inaccessible, si proche de l’esprit puritain que dont nous importons les remugles des États-Unis, avec les pires délires, même dans un pays comme la France où le peuple n’est en rien puritain.

« Car…  quand on a la certitude quasi religieuse de promouvoir le Bien, alors on est soi-même le Bien, et ceux qui voient les choses différemment sont le Mal. A leur égard aucune compassion n’est envisageable, ni aucun remords. » Comme le postulait déjà Robespierre, « le ressort des républiques est la vertu … » ; comme le remarque l’auteur, « la vertu républicaine, maîtresse exigeante, n’est jamais satisfaite : elle en veut toujours plus. »

Et l’auteur n’a pas tort de voir dans la haine révolutionnaire, toujours présente contre l’Église, une concurrence moralisatrice janséniste historique : « Cette prétention de l’État d’obliger ses sujets à mettre en œuvre les principes évangéliques qui ne disent pas leur nom est devenu général. Mgr Hippolyte Simon, ancien archevêque de Clermont-Ferrand, a dit un jour que l’une des raisons de la déchristianisation, c’est que les thèses sociales de l’Église ont gagné, et que les lois ont assuré les services et les droits longtemps portés par elle seule. » Pour l’auteur, « force est de constater que les valeurs républicaines semblent, tout droit sorties de Évangile. » Aussi cite-t-il à bon escient le mot de Chesterton contre le monde moderne « plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles ». Jean-François Chemain voit chez beaucoup de gens de gauche « de parfaits chrétiens « anthropologiques ». » (après tout, les droits de l’homme ne seraient-ils pas les Béatitudes maçonniques ?).

Il constate que le républicanisme français constitue toujours un  « parti dévot », qui aspire à une nouvelle « cité de Dieu » progressiste (augustinisme politique janséniste ou puritain), mais sans Dieu, à l’instar du mouvement woke américain : « Le problème est que si l’acte de contrition du chrétien supplie Dieu de nous pardonner, la repentance sans Dieu n’emporte aucune espérance de miséricorde, et ceux à qui elle s’adresse n’ont pas forcément le pardon dans leur bagage culturel. » Et la République, étrangère à toute réconciliation nationale, ne pardonne jamais…

Pour une république littéralement  démocratique, laïque et française

Jean-François Chemain, plaide pour un retour au bon sens, au sens des mots et à l’esprit français, ravagés sous l’égide du républicanisme délétère, notamment par l’immigration de masse. Très frappé par l’assassinat et la décapitation de son collègue Samuel Paty, l’auteur ne rappelle pas que c’est le même supplice qui fut infligé à Dalaunay et Flesselle, le 14 juillet 1789 et que la République célèbre chaque année avec défilés et flons-flons… Mais l’idée y est, quand l’auteur demande : « Moins d’utopie, d’absolutisme, de dogmatisme, de puritanisme, de sermons, de pontifiements, de célébrations, de péroraisons… »

Laïcité ? « On assiste à ce paradoxe que plus l’État étouffe l’Église, sa conscience morale traditionnelle mais aussi l’instrument de contestation de sa toute puissance, plus il est lui-même entravé dans sa liberté d’action par cette morale évangélique qu’il a complètement intégré, et dont il fait une application fondamentaliste (…) Bien oubliée la leçon de Richelieu pour qui la mission de l’État n’est pas de faire de ses sujets des saints mais d’assurer la pérennité de la Nation, quitte à choquer l’Église, et les dévots. »

Pour notre malheur, le spectre de Robespierre hante toujours la France. « Ce que le jansénisme républicain a peu à peu tué chez les Français, c’est la joie de vivre. »

Il faut lire le livre de Jean-François Chemain et le faire lire.

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