Publié par Abbé Alain Arbez le 12 juillet 2021

Parmi les catholiques de sensibilités différentes, la question des rites liturgiques revient souvent, et celle de l’opportunité de l’œcuménisme est fréquemment posée à la suite de célébrations communes entre catholiques et protestants.

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La publication romaine du motu proprio de Benoît XVI en 2007 sur la messe en latin, avait été suivie, quatre jours plus tard, par celle d’un document de la Congrégation de la Doctrine de la Foi sur des aspects fondamentaux de l’Eglise du Christ. 

Est-ce, comme certains l’ont ressenti, un nouveau pavé dans la vitrine de l’œcuménisme, lancé par une Eglise catholique arrogante?

Rappelons tout de même le contenu des deux textes.

1/ la messe en latin, patrimoine de l’Eglise :

On a accusé Benoît XVI de retour en arrière par concession aux intégristes. Pourtant, il ne faisait que réactualiser ce que le Concile Vatican II avait déjà énoncé : le rite latin issu des premiers siècles reste valable à côté du rituel conciliaire promulgué par Paul VI en 1969. Mais l’apport de Vatican II est aussi réaffirmé, et la messe en langue moderne reste la forme habituelle de la célébration eucharistique. Avec le rappel de repères précis à observer dans le déroulement des célébrations pour éviter les dérives fantaisistes.

Après la promulgation des textes du magistère, des associations juives se sont inquiétées d’un retour possible à l’ancien rituel préconciliaire où les juifs étaient injustement maltraités dans la liturgie. Or en 1962 déjà, Jean XXIII avait définitivement aboli les malencontreuses expressions « perfidis judaeis », et l’autorisation du rite latin ne permet aucunement d’y revenir. 

La prière pour les juifs, datée de 1969 dit désormais ceci : « prions pour les juifs à qui Dieu a parlé en premier ; qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son Alliance : Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de ta rédemption le premier peuple del’Alliance…» Rien ici d’insultant pour les fils d’Israël. Dans le fait de prier pour la teshuva – le retour vers Dieu – des enfants du peuple porteur de la Parole, il ne faut voir aucun prosélytisme chrétien. Ces prières demandent pacifiquement la conversion, le changement d’état d’esprit et de comportement, de tous ceux qui croient en l’alliance. Tournant définitivement la page des formulations antérieures empreintes d’antijudaïsme, il n’y a en réalité aucune intention récupératrice derrière ces expressions de foi bibliques familières aux prophètes d’Israël. Le souhait d’une plénitude finale dans la marche vers le monde à venir est une espérance commune à tous les croyants. 

2/ L’Eglise voulue par le Christ « subsiste » dans l’Eglise catholique :

C’est du côté protestant que sont venues les réactions critiques les plus radicales sur cette affirmation théologique, (subsistit) qui cependant n’est pas nouvelle puisqu’elle figure déjà dans Lumen gentium (1964). Du fait qu’aujourd’hui, au nom de la tolérance, le postulat le plus répandu est que toutes les croyances se valent, ce serait donc un crime de lèse-majesté sociologique que d’affirmer son identité et son affiliation à une tradition bimillénaire ? Exprimer la conviction que l’Eglise voulue par le Christ se retrouve de façon essentielle dans l’Eglise catholique, équivaut-il à disqualifier les autres ? Le document ne dit pourtant pas que l’Eglise du Christ se réduirait à l’Eglise romaine !

L’Eglise catholique romaine doit-elle solliciter un regard approbateur des autres confessions chrétiennes pour oser se définir dans ce qu’elle croit être fondamentalement, en lien avec ses origines? Si les Eglises de la Réforme ont fait le choix de se distinguer de l’Eglise romaine, sur des bases théologiques alternatives, qu’elles assument leur décision, pourquoi s’offusquent-elles de la différence qui en a résulté en matière d’ecclésiologie, de ministère, et d’éthique ? Sont-elles aussi sourcilleuses envers les positions de l’Eglise orthodoxe, membre avec elles du Conseil œcuménique des Eglises, lorsque celle-ci proclame dans sa charte qu’elle est la seule Eglise véritable ?

Dans ces communautés réformées séparées de Rome, il y a bien entendu des éléments de salut authentique reliés à l’Eglise-mère originelle, mais dans le protestantisme, la succession apostolique a été interrompue et la validité des ministères ordonnés a été abolie. Si messe et sainte cène, prêtres et pasteurs, étaient interchangeables, il n’y aurait déjà plus qu’une seule Eglise. Affirmer que l’unité est déjà faite, sous des prétextes prétendument prophétiques, ne fait que développer la confusion, c’est une posture déloyale envers les membres des différentes Eglises concernées. 

En résumé, deux conceptions de l’œcuménisme se révèlent inappropriées : la première qui consisterait à imaginer l’unité comme un retour mécanique de tous dans l’Eglise romaine. La seconde, qui concevrait l’unité comme une confédération passive de multiples communautés ecclésiales aux positions théologiques objectivement contradictoires.

Pour maintenir l’avenir ouvert, il est urgent que les chrétiens se respectent dans leurs affirmations de foi spécifiques, qu’ils renforcent les liens d’amitié, tout en progressant mutuellement, par un dialogue sincère, vers l’unité qui sera donnée d’en haut le jour venu. « Que tous soient un, afin que le monde croie ! » (Evangile de Jean). 

Le ressourcement des chrétiens aux racines communes toujours vivantes au cœur du judaïsme est en mesure de leur éviter de s’égarer sur des chemins divergents.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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