Publié par H16 le 2 juillet 2021

Surprise, surprise, les règles d’Affelnet changent ! Youpi, il y aura davantage de diversité dans les lycées de notre grande et belle République du Bisounoursland ! Et surtout, youpi, cela concernera même Paris !

Oh là, oups, pas si vite, pardon quoi ?

Revenons un peu en arrière.

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Déjà, de quoi parlons-nous et qu’est-ce donc qu’Affelnet ?

Comme l’indique le site officiel du ministère en charge de ce bordel cet outil, ce « Affelnet » (pour « Affectation des élèves par le net ») est une procédure informatisée d’affectation déployée sur les académies depuis 2008 et remplace la sélection manuelle des élèves dans les établissements publics. Autrement dit, depuis quelques années, le placement des élèves dans les lycées à la suite de leur troisième au collège est réalisé non par des équipes de l’académie correspondante, mais par un logiciel finement ouvragé par l’administration française.

Or, on apprend dans un récent article du Figaro que, joie et bonheur, la méthode d’affectation des élèves va changer.

Mais pourquoi diable a-t-on choisi de modifier le comportement de cette application ?

Ici, encore une fois, la République des Algorithmes a de nouveau frappé.

D’une part, il ne faudrait pas que des adultes décident entre eux de ce qui est bon pour eux ou leur progéniture. La République veille : tout le monde sait que les adultes, laissés à eux mêmes, font rapidement n’importe quoi. Certains vont même jusqu’à faire des gouvernements et des administrations ! Et pardon, mais on voit le résultat. Un algorithme automatique, puissamment pensé par des informaticiens adultes chevronnés, permettra de contourner le problème. Bien sûr.

D’autre part, on va pouvoir attribuer d’intéressants objectifs à cet algorithme : non seulement il devra affecter des élèves dans des établissements en capacité de les recevoir, mais il pourra le faire en pensant printemps égalité et diversité, c’est-à-dire en saupoudrant un peu d’élèves en provenance de quartiers dits défavorisés dans des lycées dits favorisés.

Et ça, c’est véritablement une opportunité à ne pas manquer et une vraie nouveauté puisqu’elle va permettre d’inclure tendrement tous les lycées d’exception de la capitale française dans le grand mixeur social de l’Édulcoration nationale française.

Jusqu’à présent en effet, ces établissements avaient été épargnés par certaines des « réformes » les plus emblématiques que tous les autres lycées avaient, eux, subies de plein fouet.

On se souvient par exemple de l’évaporation complète des classes « bilangue » lorsque Najat Vallaud-Belkacem punissait l’Ednat de sa présence : suite à de fortes pressions, elle avait cependant dû renoncer à la disparition de ces classes d’excellence dans la capitale et à Marseille ce qui avait permis à la réforme de passer sans trop faire ruer les classes influentes dans les brancards, leur progéniture étant alors épargnée. Lorsque la classe jacassante n’est pas concernée, elle n’en fait pas tout un plat et les choses se déroulent donc comme prévu.

Mais avec ce dernier changement, il semble que le sursis dont bénéficiaient ces établissements d’exception soit arrivé à son terme : avec la nouvelle version, plus question de petits arrangements exclusivement basés sur le dossier scolaire et/ou les accointances des parents avec la direction du lycée désiré. Non. Fini tout ça : on va se baser sur l’IPS, un « indice de positionnement social » qui mesure le « profil sociologique » des collèges d’origine et attribue donc une « note » aux élèves essentiellement basée sur leur localisation. Le classement obtenu permet alors de déterminer le lycée de destination, en tenant compte bien sûr des nouveaux impératifs idéologiques du ministère.

Avec un tel système, même le petit Gontran qui se décarcasse depuis la Sixième ne pourra pas forcément accéder à Condorcet… Voilà qui va faire grincer des dents dans les sphères informées de la République et promettre quelques petites humeurs de parents d’élèves concernés.

Quelque part, ces grincements promettent d’être intéressants précisément parce qu’ils touchent tout le monde, y compris les plus privilégiés au sein du système scolaire français, au contraire des précédentes réformes scolaires accumulées depuis des décennies et qui ont lentement mais sûrement érodé de façon durable et profonde la qualité de l’enseignement en France au point que le pays descend progressivement dans les abysses des classements internationaux. Cette fois-ci, les habitués des arrangements tactiques avec la carte scolaire, les pratiquants chevronnés du réseau social et de l’entre-soi bien compris seront à leur tour confrontés à cette diversité et cette mixité qu’ils entendent promulguer partout, dont ils font la publicité à chaque fois qu’ils le peuvent, mais qu’ils se gardaient bien de pratiquer pour eux-mêmes jusqu’à présent. On peut se demander si l’expérience sera aussi prometteuse qu’ils nous l’assurent depuis des années, et surtout, s’ils la prendront avec la même résignation que le reste des Français.

On peut raisonnablement en douter, et quoi qu’il en soit, on ne peut finalement pas trop se réjouir de constater qu’une fois encore, l’idéologie aura pris le pas sur l’efficacité : regrouper ceux qui montrent une volonté d’excellence semble insoutenablement inégalitaire pour l’administration française qui va donc entériner un système certes égalitariste, socialement mixte et plein de diversité youpi tralala mais qui ne sera certainement pas capable de produire l’excellence dont le pays a actuellement le plus grand besoin.

Ceci est d’autant plus vrai que si assurer mixité et diversité permettait effectivement d’augmenter le niveau global des élèves, la France et tous les autres pays lancés dans cette même course idiote auraient déjà constaté des résultats clairement positifs, ce qui n’est pas le cas : la discrimination positive, basée sur la sélection d’élèves par quota d’origine ethnique, d’origine sociale ou géographique n’a nullement permis d’améliorer le niveau des établissements où elle a été appliquée avec gourmandise et il a même plutôt été constaté le contraire avec par exemple une dévalorisation progressive des diplômes obtenus.

Rappelons de surcroît que plus l’école française s’est piquée d’égalitarisme au cours des dernières décennies, plus la reproduction sociale y a été forte : alors que, dans les années 60, il n’était pas rare de voir des fils d’ouvriers parmi les élèves des grandes écoles, le cas est devenu quasiment introuvable de nos jours. Si un mouvement devait être mis en place basé sur ce constat, ce serait clairement pour un retour vers les méthodes du passé et non vers les lubies du présent qui n’ont jamais démontré leur efficacité.

En définitive, les dernières modifications d’Affelnet promettent de passer les derniers bastions de sélection française au rasoir républicain après lequel aucune tête ne dépasse. Ce sera confortable, politiquement très correct et on pourra facilement faire taire les petits couinements des parents concernés en leur administrant une bonne dose de moraline égalitariste républicaine. Pan.

Ainsi, l’idéologie sera sauve et le pays pourra continuer de s’enfoncer dans la vase de la médiocrité dans un petit soupir de contentement.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © H16. Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur (son site)

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