Publié par Abbé Alain Arbez le 18 juillet 2021

On nous a souvent dit que les premières bibles en langue vernaculaire n’ont été éditées qu’après la Réforme protestante du 16ème siècle, ou encore que la Bible était réservée aux clercs et que le peuple n’y avait jamais accès, c’est une contre-vérité historique !

En effet, l’impasse a trop souvent eu lieu sur le fait que depuis le 11ème siècle, la Bible était vulgarisée dans le peuple sous forme de vers en français de l’époque. De ce fait étaient popularisés les récits bibliques essentiels, en parallèle des sculptures thématiques exposées au public sur les chapiteaux d’églises, et des scènes bibliques peintes sur les vitraux (comme des bandes dessinées).

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Comme l’a souvent rappelé Régine Pernoud, le Moyen-Age n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on en a dit après la Révolution française ! (Voir son ouvrage : « pour en finir avec le Moyen-Age »)

Au 13ème siècle, Guyard des Moulins publie une Bible intégrale illustrée d’enluminures très artistiques et cette Bible est accessible aux familles. Cette bible fut commandée par un archevêque, ce qui infirme l’idée que l’Eglise aurait verrouillé l’accès au texte sacré. On la trouvait ainsi dans de nombreuses maisons populaires, ce qui confirme également que la Parole n’était pas réservée à une élite.

Sa diffusion était intense dans toute la France et dans d’autres régions d’Europe. On peut dire qu’elle avait été destinée aux laïcs et aux familles. On n’a donc pas commencé à lire la Bible seulement après Luther dans les années 1520, après la rupture entre catholiques et protestants.

La vraie position de l’Eglise catholique était qu’il faut lire la bible en s’aidant d’explications et de commentaires afin de ne pas se fourvoyer sur le sens des Ecritures. La Bible de Guyard était encouragée par l’Eglise précisément parce qu’elle était accompagnée pédagogiquement de clés de compréhension, tandis que plus tard, les Réformés estimeront au contraire que chacun peut se faire sa propre interprétation sans enseignement et sans guidage extérieur.

Cela montre encore que le latin n’était pas le seul moyen de communication dans l’Eglise. Il est vrai que le christianisme n’est pas une « religion du Livre », c’est le culte de la Parole vivante – présence d’un Dieu transcendant – qu’on ne peut enfermer dans des formulations littérales. L’approche des textes sacrés ne peut se réduire à une démarche purement individuelle, et encore moins à un littéralisme simpliste. L’Esprit accompagne la lettre pour en dévoiler la portée aujourd’hui, mais on a besoin pour cela de ne pas se laisser enfermer dans le subjectivisme.

Ce qui illustre bien le fait que dans l’Eglise, « tradition » signifie « transmission » et non pas concepts figés. Cette Bible s’accompagnait de méditations de St Augustin, dont l’une d’elles précise : « Christianus ullus, christianus nullus ! » (Un chrétien isolé est un chrétien nul !).

La Bible de Guyard des Moulins a été un témoignage fascinant qui révèle au 13ème s. une culture spirituelle vivante, avec le souci d’atteindre le peuple croyant pour l’éclairer, le guider vers les plus hautes valeurs, malgré les aléas d’une époque tourmentée.

Actes 8,30 : « Philippe entendit l’Ethiopien lire le prophète Isaïe. Il lui demanda : comprends-tu ce que tu lis ? Celui-ci répondit : comment le pourrais-je si personne ne me l’explique ? »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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