Publié par Jean-Patrick Grumberg le 19 juillet 2021

« Jean-Patrick Grumberg, quel effet cela vous fait d’avoir été le seul journaliste francophone à avoir suspecté, analysé et démontré la fraude des instituts de sondage pour l’élection présidentielle américaine de 2020, maintenant qu’une étude montre que vous aviez raison ? »

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Ca me déplaît. Ca me déçoit beaucoup. Ca me rend triste même, parce que ça apporte la confirmation indépendante, au-delà de mon opinion subjective dont j’essaye constamment de me méfier, de l’état déplorable dans lequel est tombée ma profession. Cela me rappelle les propos d’un de mes filleuls, qui me disait : « dans mon milieu, on te pardonne d’avoir tort en citant Le Monde, pas d’avoir raison en citant Dreuz ». Cela m’attriste parce que les journalistes étaient le dernier rempart de la démocratie. Il est tombé. Tous les abus, toutes les tromperies sont maintenant possibles, sont devenus la norme.


Un nouveau rapport (1) de l’Association américaine pour la recherche sur l’opinion publique a révélé que les sondages nationaux ont surestimé l’avance du président Joe Biden sur Trump de 3,9 points lors des élections de novembre dernier. Dans les sondages au niveau des États, l’erreur était pire encore, et est montée jusqu’à 4,3 points.

  • En 2016, les sondeurs ont fortement favorisé Hillary Clinton contre Trump. Quelques jours avant l’élection, ils lui donnaient plus de 90 % de chances de gagner.
  • Mais même si certains ont dit avoir corrigé leur copie, la marge d’erreur de 2020 a été beaucoup plus importante.

La marge de victoire annoncée pour Biden a été la plus grande erreur des sondeurs depuis 1980 révèle l’étude. Et deux élections présidentielles de suite, avec un biais en faveur des démocrates, et un biais qui augmente, inquiètent les sondeurs – c’est ce qu’ils disent.

Pourquoi rien ne changera

J’ai analysé les raisons invoquées dans le rapport pour expliquer leur monumentale erreur, et elles me permettent de prédire que rien ne changera, ce sera même pire, pour les prochaines élections. Les raisons invoquées sont cohérentes, mais elles occultent les vraies raisons, les raisons profondes.

Et il existe un moyen infaillible pour échouer à solutionner un problème, c’est de ne pas aborder les vraies causes.

Ce qu’ils disent

Le rapport a identifié les raisons principales de l’erreur des sondages – et vous allez voir qu’elles s’inscrivent naturellement dans ce travers commun de la nature humaine : « ce n’est pas ma faute, c’est la faute des autres ».

  1. Des partisans de Trump ont refusé de répondre aux sondages,
  2. Un afflux de nouveaux électeurs n’ont pas été pris en compte dans les enquêtes,
  3. Les électeurs qui se décident tardivement,
  4. Trop peu d’électeurs n’ont pas fait d’études supérieures,
  5. Et les partisans de Trump qui se déclareraient indécis dans les sondages.

Contrairement aux électeurs « timides » traditionnels, qui répondaient aux sondages, mais prétendaient être indécis malgré leur soutien à un candidat, ces électeurs [pro-Trump] ne répondent pas du tout – ce qui rend l’ajustement plus difficile pour les sondeurs.

Ils ajoutent :

« Trump a fourni des indices explicites à ses partisans selon lesquels les sondages étaient « faux » et destinés à supprimer les votes », indique le rapport. « Ces déclarations de Trump pourraient avoir transformé la participation aux sondages en un acte politique par lequel ses plus fervents partisans ont choisi de ne pas répondre aux sondages. »

Ce qu’ils ne disent pas et que j’ai découvert

  • Le diable est dans le détail, comme les contrats d’assurance. Il faut lire tout en bas, en petit, caché par un vocabulaire obscur, que les sondages sont faussés par la couleur politique des personnes sélectionnées : au lieu d’interroger autant de Républicains que de Démocrates, les sondeurs favorisent ces derniers, et incluent jusqu’à 8 à 10 % de Démocrates de plus que de Républicains dans leurs échantillons – tout en écrivant que c’est un échantillon représentatif.

    Si vous demandez à 40 % de Démocrates et à 32 % de Républicains s’ils apprécient le programme de Biden. Si la réponse est 52 % oui, la vraie réponse est 52 % moins les 8 % d’écart, soit 44 % : de positif, cela passe à négatif.
  • Les « indépendants ». Les sondages interrogent un gros tiers de Démocrates, un petit tiers de GOP, et ce qui reste, d’indépendants. Sans autre précision.

    Cependant, il existe des indépendants qui votent Démocrates, et des indépendants qui votent Républicain. Les indépendants de San Francisco, inutile de vous faire un dessin, votent tous ou presque pour Biden. Ceux d’Oklahoma City, une ville résolument républicaine, c’est très probablement l’inverse. Comme les sondeurs ne disent pas si les indépendants qu’ils ont interrogés penchent à gauche ou à droite, qu’ils ne disent pas si ce sont des indépendants de Californie ou de l’Utah, il n’est pas possible de juger de la qualité de leur réponse. Et pourtant, ils pèsent plus de 30 % dans les réponses : c’est un monde de différence.
  • Le biais racial et de la représentation des âges. Plus on avance en âge, plus on a tendance à devenir conservateur. Les sondeurs le savent mieux que personne, et il n’est pas rare qu’ils incluent un pourcentage plus élevé de jeunes que la moyenne nationale – tout en rappelant fièrement que leur sondage représente un échantillon fidèle de la population. Ainsi, il est facile de biaiser les résultats de quelques points au profit de la gauche, ni vu ni connu. Pareil pour la race : incluez plus de Noirs et d’Hispaniques que la moyenne, et vous donnez un avantage aux Démocrates : ceux deux races votent Démocrate.
  • Les sondeurs ne peuvent pas le dire, mais s’ils donnaient des chiffres qui défavorisent les Démocrates, les médias, qui sont de gauche, qui travaillent inlassablement pour faire élire les Démocrates, qui sont en fait devenus explicitement, sans plus le cacher, les publics relations du parti Démocrate, ne feraient pas appel à eux. C’est aussi simple que ça : si les sondeurs veulent mettre un repas sur la table de leur famille, ils doivent livrer aux médias des sondages qui leur plaisent.

Voilà pourquoi rien ne changera. Et je pense que l’on doit s’attendre à un raidissement même, les médias étant déjà sur la défensive, et le parti Démocrate à l’attaque : ils craignent tous le retour de Donald Trump, craignent ne pas pouvoir l’arrêter, et ils serrent les fesses et les dents en voyant la catastrophe que représente leur président Biden.

Les effets 

Imaginez-vous que lorsqu’on habite à 1 heure et demie de son bureau de vote – c’est le cas dans 90% de l’Amérique en dehors des grande villes (où l’on vote pour Trump), et que les sondages disent que Trump va perdre, beaucoup de couples âgés qui ne sont pas militants se découragent. C’est : « Roy, tu as vu les sondages, ils disent que Trump va perdre. A quoi ça sert qu’on aille voter ? ». « Tu as raison Tracy, on est mieux à la maison ».

Beaucoup restent chez eux. On appelle cela un sondage de suppression : seuls les activistes réagissent fortement aux sondages négatifs, mais les activistes, ils votent quoi qu’il en soit…

Un denier mot et je vous laisse : beaucoup d’entre vous savent que les sondages sont truqués. Comprenez qu’il existe une différence importante, tout un monde, entre le fait de savoir, d’avoir la certitude, d’être convaincu, et le fait d’avoir une validation officielle, solide, sur laquelle s’appuyer de manière non partisane et indépendante. C’est toute la différence entre un fait et une opinion.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. https://www.aapor.org/Education-Resources/Reports/2020-Pre-Election-Polling-An-Evaluation-of-the-202.aspx

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