Publié par Manuel Gomez le 3 juillet 2021

Chaque année nous nous faisons un devoir de rappeler à la France ce qui s’est passé le 5 juillet 1962 à Oran (Algérie).

Nous rappelons à l’armée française comment elle s’est déshonorée ce 5 juillet 1962 lorsqu’elle a obéi aux ordres du général Katz «de rester l’arme au pied» alors que des civils innocents y compris des enfants et des femmes, européens, se faisaient enlever et égorger.

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Plus tard, lors d’une biographie, Katz tentera d’expliquer sa lâcheté par obéissance aux ordres du chef de l’Etat, De Gaulle.

Et pour justifier son ignominieuse conduite, il déclara que le nombre des disparus était exagéré et que l’OAS avait provoqué les incidents en tirant sur les Arabes… Or à ce moment-là l’OAS avait cessé d’exister. Les derniers partisans avaient quitté Oran le 27 juin pour se diriger vers Alicante, en Espagne, à bord de deux navires de guerre envoyés par Franco.

On peut affirmer haut et fort que l’armée française s’est totalement déshonorée au cours de ces quelques jours. Son effectif s’élevait, pour la seule ville d’Oran, à 18.000 hommes qui demeurèrent l’arme au pied face à ce massacre.

Les centaines d’officiers présents obtempérèrent sans état d’âme aux ordres indignes de leur hiérarchie.

Malgré les appels au secours, les gendarmes mobiles refusèrent de se diriger vers les quartiers arabes où ils auraient pu libérer sans difficulté des centaines d’innocents retenus captifs.

Le nouveau préfet d’Oran lui-même, M. Saouiah, un membre influent du FLN, déclarait cependant : «Nous ne pouvons tolérer de pareils actes criminels à un moment où il est demandé une mobilisation générale de toutes les énergies saines». Il donna l’ordre de désarmement aux éléments incontrôlés, annonçant des mesures très sévères à cet effet.

Donc le préfet en personne, un chef de la rébellion, confirmait devant la presse internationale que les responsabilités se dirigeaient vers des «éléments de la rébellion algérienne » et non pas le fait d’irréductibles de l’OAS comme on tentait de le faire croire dans la version officielle émanant de l’armée française.

Un officier, un sous-officier, un soldat, n’a pas pour devoir l’obéissance à un gouvernement ou à un chef d’Etat quand il doit perdre son honneur et que la vie de milliers de Français est menacée par l’ennemi.

Ce 5 juillet, un jeune appelé qui montait la garde, dans une guérite d’une caserne oranaise, vit venir à lui un groupe de Français affolés, hommes, femmes et enfants, tous terrorisés, qui le suppliaient d’ouvrir les grilles fermées. Il n’avait pas les clés. Il a appelé, supplié qu’on ouvre les grilles d’urgence… Mais déjà les tueurs avaient rejoint le groupe. Ces gens, hommes, femmes, enfants ont été égorgés sous ses yeux, alors qu’ils s’agrippaient aux grilles fermées à double tour. Il n’a pas pu utiliser son fusil non chargé pour leur porter secours. Cet homme a témoigné et fait ce récit horrible en pleurant… «Depuis je ne peux plus passer une nuit sans me réveiller en tremblant, avec les cris et les râles de ces pauvres gens dans les oreilles».

La «petite histoire» nous révèle uniquement la décision du lieutenant Rabah Kheliff, du 30eBPC, qui, refusant justement de «rester l’arme au pied», selon les ordres de sa hiérarchie, s’était précipité, avec ses soldats, jusqu’à la préfecture d’Oran, ce 5 juillet, et obligé les responsables du FLN à libéré plus d’une centaine de civils européens promis à une mort certaine.

«Le 5 juillet 1962, des renseignements alarmants me parviennent de la ville d’ORAN, me disant qu’on est en train de ramasser les Pieds-Noirs, les musulmans francophiles et c’est effectif. On les embarquait dans des camions, on les emmenait vers ce que l’on appelait « le petit lac », qui se trouvait entre ORAN et l’aéroport et là, on les fusillait comme faisaient les SS, puis on les jetait dans le petit lac.

Je demande donc des ordres à mon chef de bataillon, le général KATZ qui commandait à ce moment-là en Oranie, et qui avait donné des ordres pour que les troupes françaises, quoi qu’il arrive, ne sortent pas des cantonnements.

C’était un ordre écrit (que nous avions d’ailleurs, tous émargé). L’adjoint du commandant me dit : « Mon garçon tu connais les ordres, le général KATZ a dit de ne pas bouger.»

J’étais le seul officier musulman commandant de compagnie à l’intérieur du bataillon. Je téléphone à mes camarades commandants de compagnies, tous européens, je leur explique ce que j’ai appris, ils me disent avoir les mêmes renseignements, mais qu’ils ne peuvent pas bouger vu les ordres.

Mais enfin, ce n’est pas possible leur ai-je dit, on ne va pas laisser les gens se faire trucider comme ça sans lever le petit doigt. Moi, je ne peux pas, ma conscience me l’interdit.

Je téléphone à l’échelon supérieur, au colonel commandant le secteur. Je tombe sur son adjoint et lui explique mon cas, il me répond : » Ecoutez mon garçon, nous avons les mêmes renseignements que vous, c’est affreux, faites selon votre conscience, quant à moi je ne vous ai rien dit ».

En clair, je n’étais pas couvert.

J’embarque l’équivalent de quelques sections dans les camions dont je pouvais disposer et je fonce, sans ordre, sur ORAN. J’arrive à la Préfecture : il y avait là une section de l’A.L.N. (Armée de Libération Nationale), des camions de l’A.L.N. et des colonnes de femmes, d’enfants et de vieillards dont je ne voyais pas le bout.

Plusieurs centaines en colonnes par 3 ou 4 qui attendaient là, avant de se faire zigouiller.
J’avise une espèce de planton devant la préfecture et lui demande où se trouve le préfet, il me dit : « Mon lieutenant regardez, c’est ce Monsieur qui monte « . En 4 ou 5 enjambées, je rattrape ce gros Monsieur avec une chéchia rouge.

Je crois lui avoir dit : » Monsieur le Préfet je vous donne cinq minutes pour libérer tous ces gens-là, sinon on fera tout sauter.» Il ne m’a pas répondu, il a descendu l’escalier, s’est dirigé vers le responsable de la section A.L.N. Ils ont discuté quelques minutes et la section ALN est partie. Le Préfet est venu et m’a dit : » C’est fait mon lieutenant », et a dit aux gens :

Mesdames, Messieurs vous êtes libres, vous pouvez rentrer chez vous.

Je reverrai toujours cette scène hallucinante de femmes d’enfants et de vieillards qui pleuraient, poussaient des cris hystériques, courant, tombant les uns sur les autres. Quelqu’un est venu me trouver et m’a signalé qu’il y avait des gens blessés, je les ai fait mettre à l’abri pour les faire soigner. Puis j’ai installé des patrouilles sur les axes routiers qui menaient au port ou à l’aéroport, car j’ai appris qu’on arrêtait les gens qui fuyaient, qu’ils soient musulmans ou européens d’ailleurs. C’était la population ou des gens armés ne faisant même pas partie de l’A.L.N., qui les arrêtaient, les volaient et les tuaient. J’ai donc mis des contrôles pour éviter cela et je les arrachais littéralement aux mains de la population. Au risque de ma vie, souvent, je les escortais jusqu’au port, parfois seul dans ma Jeep, ou avec simplement mon chauffeur et mon garde du corps. J’ai fait cela en ayant le sentiment de ne faire que mon devoir. »

Le général Katz m’a convoqué et sanctionné : «Si vous n’étiez pas un Arabe, je vous casserais».

Le lieutenant Khélif a été sur le champ muté et rapatrié en métropole parce qu’il avait désobéi aux ordres reçus du général Katz qui, lui-même (ce qui ne l’excuse pas), les avait reçus directement du chef de l’état, De Gaulle.

Rares ont été les officiers français qui ont eu, ce jour-là, le courage de désobéir aux ordres de leur hiérarchie.

La très grande majorité de ces officiers ont été complices des enlèvements et des assassinats de plusieurs centaines d’enfants, de femmes et d’hommes, français et musulmans

Fort heureusement le lieutenant Kheliff ne fut pas le seul à enfreindre les ordres.

Quelques rares officiers, considérant que leur honneur passait avant l’obéissance, ont eu le courage de se porter au secours de la population, livrée aux assassins.

Capitaine Croguennec, commandant la 2e compagnie du 2e zouave, à Oran, s’est dirigé avec ses hommes vers le commissariat central et fait libérer environ 400 civils retenus par l’ALN, les sauvant du massacre organisé.

Sous-lieutenant Doly-Linaudière, de la 12e compagnie du 43e RI. Malgré les ordres reçus est intervenu pour sauver quelques Européens, capturés par le FLN en centre-ville d’Oran.

Capitaine Bernard Gilles, à la tête des blindés du 5e RI est intervenu boulevard Clemenceau, à Oran, pour sauver quelques dizaines d’européens qui allaient être enlevés et dirigés vers le «Petit lac» pour être assassinés.

C’est vrai qu’ils ne furent pas nombreux à se montrer dignes, bien plus nombreux furent les couards.

Un entretien dans le magazine «Le Point» en février 2002, de Jean-Pierre Chevènement, en apporte témoignage : «A l’époque sous-lieutenant en Algérie, j’ai vécu un drame affreux en mars 1962. Plusieurs de mes moghaznis (supplétifs musulmans) ainsi que le chef du village de Saint-Denis-du-Sig, ont été tués dans des conditions atroces par un commando du FLN. J’ai retrouvé Miloud, mon aide de camp, égorgé.

J’ai appris que près de 20.000 personnes ont été torturées et égorgées dans le village Nègre (quartier d’Otan).

Par la suite il rectifiera à environ 3000 morts et 800 disparus.

3000 Européens massacrés sous les yeux du général Katz et sur ordre du chef de l’état français de l’époque de Gaulle.

Ce chiffre de plus de 3000 morts et disparus a été enregistré par Mme Sallaberry, militaire de carrière en poste au bureau des exactions.

Le colonel Fourcade a témoigné sous la foi du serment, déclarant avoir assisté en début de matinée, ce 5 juillet 1962, à l’entretien téléphonique entre le général Katz et de Gaulle.

«Katz informait le chef de l’état que dans toute la ville se perpétrait un massacre au «faciès blanc» et de Gaulle lui a donné l’ordre criminel le plus formel : «Surtout, ne bougez pas !»

Le général Katz a décidé dans la matinée de survoler la ville en hélicoptère. Voici le témoignage du pilote :

«Nous survolons la ville, partout des gens qui fuyaient et des cortèges de bras en l’air, escortés par des ATO (auxiliaires de l’Armée Nationale populaire) où des civils en armes. Nous avons survolé le Petit Lac, là aussi une foule compacte bras en l’air, des gens qu’on faisait entrer dans l’eau et qu’on abattait froidement. J’ai hurlé : mon général on abat des gens, je vois l’eau qui devient rouge de sang».

Le général m’a répondu : «Retour à la base».

Je ne sais pas qui est le plus à mépriser, celui qui donne les ordres ou celui qui les exécute sans état d’âme ? Mais les deux sont à honnir, à vomir !

Et ce n’est malheureusement pas uniquement ce 5 juillet 62 que la France et son gouvernement, et son armée se sont déshonorés. Nous ne vous avions pas tout révélé ! Il est vrai qu’il y a tellement de raisons non avouables pour ne pas «ouvrir» les archives de la «Guerre d’Algérie» ! De repousser cette date toujours un peu plus loin.

En voici une :

Des enfants français, orphelins, ont été abandonnés sur place, dans une Algérie indépendante, parce que personne n’a songé à eux, personne n’a songé à les ramener en France métropolitaine.

Ils ont été abandonnés dans un pays étranger.

Combien étaient-ils ? Que sont-ils devenus ?

Nous venons de parcourir le témoignage bouleversant de l’un d’eux, Robert Palmade.

Abandonné par sa mère (Oui, des mères abandonnaient leurs enfants en Algérie également !), abandonné par la France, devenu algérien et rebaptisé d’un nom algérien, il est revenu vers sa patrie des années plus tard.

Dans son récit il cite d’autres noms d’orphelins «oubliés» tout comme lui : Paulette Lignette, Julien Ruffet, René Tanguy, et combien d’autres ? Nous le saurons très certainement un jour prochain, patience !

Il y a pire, est-ce possible ? Oui, c’est possible.

Il y a les milliers de morts, il y a les «abandonnés», et il y a pire : des dizaines de femmes, parce qu’elles étaient jeunes, parce qu’elles étaient mignonnes, ont été livrées, dans des bordels militaires, à la bestialité des combattants de l’ALN, à subir l’horreur chaque jour, chaque nuit, durant des années, abandonnées par tous, dans leur pourriture de vie.

Parmi ces malheureuses femmes certaines sont-elles encore en vie ? On peut espérer que non, ce serait trop horrible !

Parmi ces jeunes femmes, certaines ont-elles eu des enfants ? On peut espérer que non car que sont-ils devenus ?

Il y a pire encore ! Oui, c’est possible.

Des centaines d’hommes, jeunes vigoureux, ont été acheminés vers des hôpitaux militaires du FLN et on leur a «tiré» leur sang, jusqu’à la dernière goutte, pour l’offrir à l’ennemi, aux criminels. Ils sont morts «desséchés», la peau sur les os ! Peut-on imaginer pire ?

Et la France dans «dans ces nombreux pires» ? Et les gouvernements successifs de la France, depuis ces «pires» ? Et l’armée française ? Et de Gaulle et Katz, ces deux assassins ?

On ne connaîtra jamais le nombre exact des morts, des blessés et des disparus. La France ne le dira probablement pas… en admettant qu’elle ne le connaisse jamais.

Quant à l’Algérie ? Je préfère m’abstenir de dire ce que j’en pense !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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